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Anglaises visitant un village shillouk en 1906, photo extraite du livre de De Guerville, A. B. "New Egypt." E.P. Dutton & Company, New York, 1906.
Épisode 5 :

Le roi Shilluk

59 min
À retrouver dans l'émission

Comment le roi Shilluk, au Sud Soudan apparaît-il comme l’incarnation vivante du roi sacré ? Quelle fonction ont les dignitaires à peau de léopard chez les Nuer et les les maîtres de la lance de pêche chez Dinka ? Pourquoi l’intervention d’un héros culturel ?

Anglaises visitant un village shillouk en 1906, photo extraite du livre de De Guerville, A. B. "New Egypt." E.P. Dutton & Company, New York, 1906.
Anglaises visitant un village shillouk en 1906, photo extraite du livre de De Guerville, A. B. "New Egypt." E.P. Dutton & Company, New York, 1906. Crédits : wikicommons

Philippe Descola, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire Anthropologie de la nature, nous entraîne dans une grande enquête sur les genres de rapports à la terre que chaque type de collectifs a développés, les animistes, dans un premier cycle et les analogistes dans un 2e cycle que nous découvrons depuis la semaine passée. Il nous propose donc de poursuivre l'exploration des "usages de la terre. Cosmopolitiques de la territorialité", initiée en 2016, et « dont l’objectif est, nous dit-il, de reconceptualiser certaines notions au moyen desquelles l’anthropologie décrit et analyse les modalités et les institutions du vivre ensemble dans les collectifs non modernes ». Depuis plusieurs cours, il reprend les travaux de grands anthropologues pour discuter le rapport qu’entretient la figure du roi sacré avec les territoires.

Philippe Descola, qui dirige un laboratoire mixte du Collège de France, de l'EHESS et du CNRS et qui a élaboré une anthropologie comparative des rapports entre humains et non-humains revient ce matin aux collectifs analogistes et s’attache en particulier aux Shiluk et à leurs voisins les Nuer et les Dinka. Il présente et discute en particulier les travaux de Luc de Heusch et de David Graeber.

« À quoi tient le processus de transcendantalisation, qui isole le roi sacré et le met en capacité de représenter le collectif en étant tout à la fois intérieur à lui et extérieur aux segments qui le composent ? » demande Philippe Descola qui explique qu’ « Il s’agit d’un mécanisme spatial dont on peut mieux saisir les caractéristiques en revenant au continuum Nuer–Dinka–Shilluk. Dans les trois cas, les spécialistes rituels servant de médiateur avec les forces cosmiques viennent d’un autre pays ou d’un autre milieu de vie. Chez les Nuer, le dignitaire à peau de léopard est un étranger ; chez les Dinka, les maîtres de la lance de pêche descendent d’une divinité des eaux qui leur donne leur caractère semi-divin ; le roi shilluk, enfin, est un étranger indépendant des clans. »

L’anthropologue souligne que « les Shilluk, voisins des Dinka et des Nuer, ont fait basculer le pouvoir rituel tout entier du côté du roi sacré. Mais le roi shilluk n’est pas à la tête d’un appareil d’État et il n’a aucun droit sur la terre. »

Comment le roi shilluk représente-t-il « un nouveau stade décisif dans la mise à l’écart d’une figure solitaire sacralisée incarnant la fécondité cosmique aux yeux de tous » ?

Et nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France, le 1er mars 2017, pour le Cours de Philippe Descola, « Les usages de la terre. Cosmopolitiques de la territorialité »

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