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Peinture de Johann Zoffany : le Colonel Antoine Polier, Claude Martin, John Wombwell, entourés de serviteurs indiens (juillet 1786)
Épisode 5 :

Entre conquête et représentation, 1750-1800

59 min
À retrouver dans l'émission

Comment un projet de conquête peut-il être aussi une façon de représenter l’Inde pour les Européens dans la 2e moitié du XVIIIe siècle ?

Peinture de Johann Zoffany : le Colonel Antoine Polier, Claude Martin, John Wombwell, entourés de serviteurs indiens (juillet 1786)
Peinture de Johann Zoffany : le Colonel Antoine Polier, Claude Martin, John Wombwell, entourés de serviteurs indiens (juillet 1786) Crédits : Peinture conservée au Victoria Museum de Calcutta

Aujourd’hui, l’historien Sanjay Subrahmanyam nous entraîne sur la côte de Coromandel avec les ports de Madras et de Pondichéry, à la suite des Français, Charles-Joseph de Bussy, qui a d’abord collaboré avec Joseph-François Dupleix et du Colonel Antoine Polier dans le cadre de son cours sur « l’Europe et l’Inde, Collections, représentations, projections, XVIᵉ-XVIIIᵉ siècles ».

Ce ne sont pas les activités militaires qui vont retenir Sanjay Subrahmanyam dans le contexte de rivalité avec les Anglais, mais la façon dont ces connaisseurs de l’Inde conçoivent les rapports entre l’Europe et cette partie de l’Asie. Ce qui l’intéresse, c’est comment ces hommes choisissent « de valoriser ou pas certains aspects culturels indiens » et comment ils peuvent pratiquer aussi un « double langage », se situer à deux niveaux, sur « ce qu’on est » et « ce qu’on trouve en face ». Ainsi Charles-Joseph de Bussy peut-il écrire au neveu de Madame Dupleix en 1753, pour se prémunir contre le caractère « fourbe » de la nation avec laquelle ils traitent :

« il faut un peu mettre à côté, les usages européens pour se conformer à ceux du pays »… 

« caressez les uns, menacez peu et faites beaucoup espérer à tout le monde ».

Si Antoine Polier pratique lui aussi le double langage, jouant sur une identité moghole et européenne, Sanjay Subrahmanyam met aussi en valeur le grand collectionneur, celui des « fameux albums Polier », nous dit-il, passeur pour l’Europe, entre les cultures persane et hindoue. Enfin, l’historien polyglotte note l’usage « distordu » du mot indien « nabab », à la fin du XVIIIe siècle, pour désigner les « gouverneurs plus ou moins indépendants », ces figures de « conquérants » qui deviennent des sortes de « princes » européens en Inde.

Sanjay Subrahmanyam qui est titulaire de la chaire d’Histoire globale de la première modernité au Collège de France, indique au Magazine Littéraire en 2016 qu’il « préfère parler d’« histoires connectées », « plutôt que d’histoire globale ».

« Il a fallu des années, dit-il, pour que l’on s’aperçoive à quel point un eurocentrisme naïf s’exprimait dans le prestige des « grandes découvertes » de Colomb, Vasco de Gama, Magellan... Comme si le reste de l’univers n’avait pas existé tant que l’Europe n’en avait pas pris la mesure! Je ne suis pas davantage multiculturaliste, car les cultures ne se juxtaposent pas. Il y a toujours un moment où elles interfèrent. Et je m’intéresse aux phénomènes qui connectent les histoires par-delà les cloisonnements intellectuels. Cela permet de ne pas s’enfermer dans le cadre national, avec ce que cela induit de particularités culturelles, religieuses, etc… »

Et c’est dans cet esprit que nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France pour le cours de Sanjay Subrahmanyam, sur « L'Europe et l'Inde dans la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle », le 6 juin 2016.

Pour prolonger :

Subrahmanyam Sanjay, « Par-delà l'incommensurabilité : pour une histoire connectée des empires aux temps modernes », Revue d’histoire moderne et contemporaine 5/2007 (n° 54-4 bis) , p. 34-53.

Intervenants
  • Professeur à l'université de Californie à Los Angeles, professeur au Collège de France, Chaire Histoire globale de la première modernité.
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