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Destruction des cellules sanguines leucémiques, illustration de l'ordinateur. Image conceptuelle pour le traitement de la leucémie.

L'oncologie, de l'empirisme à la biologie intégrée, leçon inaugurale d'Hugues de Thé

59 min
À retrouver dans l'émission

Où en est la biologie du cancer? demande Hugues de Thé. La lutte contre cette maladie qui apparaît comme "un désordre au cœur du vivant" reste un des défis de nos sociétés. Le médecin oncologue s'interroge sur ce que permettent les approches génétiques, les "approches translationnelles".

Destruction des cellules sanguines leucémiques, illustration de l'ordinateur. Image conceptuelle pour le traitement de la leucémie.
Destruction des cellules sanguines leucémiques, illustration de l'ordinateur. Image conceptuelle pour le traitement de la leucémie. Crédits : KATERYNA KON/SCIENCE PHOTO LIBRARY/Via Getty

Nouvelle diffusion du 18 août 2016

L’oncologiste Hugues de Thé analyse la « véritable révolution » qui touche "la biologie du cancer". Au début de sa leçon inaugurale, il rappelle 

L’oncologie est l’approche scientifique du cancer. Il peut paraître étrange de consacrer une chaire à une maladie. Si Antoine Lacassagne consacra tout son travail au cancer, il intitula sa chaire « Radio-biologie expérimentale » avant de reprendre la chaire de Médecine expérimentale. Après le décès de Charles Oberling en 1960, la cancérologie n’était plus directement représentée au Collège de France. Il n’est malheureusement pas nécessaire de rappeler que la lutte contre les cancers représente l’un des défis sanitaires majeurs que nous devons relever. L’incidence des cancers augmente régulièrement, en partie à cause du vieillissement de la population.

Alors que la lutte contre les microbes, s'accomplit contre "les ennemis de l’extérieur", Hugues de Thé décrit le cancer comme un "ennemi de l’intérieur" :

Les « cellules cancéreuses se divisant trop et bouleversant l’architecture des tissus sains », le cancer est comme un « désordre au cœur du vivant, une forme de vie cellulaire débridée dont l’exubérante immortalité menace l’intégrité de l’organisme »

Le médecin explique :

« Les approches génétiques ont permis d’identifier les dérégulations cellulaires qui conduisent à une prolifération indéfinie. Dans certains cas, des traitements ciblant les chefs d’orchestre de la transformation cancéreuse permettent d’obtenir des guérisons. »

« À travers le modèle d’une leucémie, qu’il étudie depuis plus de 25 ans, il a voulu montrer que la destruction de la protéine maîtresse de la transformation permettait d’obtenir la guérison de cette maladie par l’association d’une hormone, l’acide rétinoïque et d’un toxique pro-oxydant, l’arsenic, qui se fixent tous deux sur la protéine. »

Ancien interne des Hôpitaux de Paris, chef de service à l'hôpital Saint-Louis, directeur de l'UMR «Pathologie et virologie moléculaire» et professeur de biologie moléculaire à l'université Paris-Diderot, Hugues de Thé, qui est Membre de l'Académie des sciences, revient sur sa vocation :

« A vrai dire, j’ai compris très tôt que je n’étais pas fait pour être clinicien. Par contre j’avais un vrai goût, et peut-être un certain talent, pour la modélisation scientifique de problèmes médicaux. Mon père était virologue à L’institut Pasteur, j’ai toujours baigné dans ce milieu à l’interface entre la médecine et la science expérimentale. J’avais décidé de faire médecine avant tout par passion pour la biologie et les interfaces avec la pharmacopée. Des professeurs comme Jean-Pierre Grünfeld, Claude Griscelli ou Laurent Degos, qui avaient une approche expérimentale et scientifique de la médecine, m’ont beaucoup influencé. »

Dans le cadre de la chaire "Oncologie cellulaire et moléculaire", Hugues de Thé s’attache en particulier aux approches « translationnelles », « ces interfaces entre études cliniques et biologiques qui ont permis des progrès spectaculaires, mais hélas encore trop restreints à des pathologies rares". 

Attaché à la liberté de la recherche, le médecin insiste sur le rôle du hasard dans les grandes découvertes et sur le fait qu’il est impossible de prévoir les ruptures.

Nous gagnons le grand amphithéâtre du Collège de France pour la leçon inaugurale de Hugues de Thé, "L'oncologie : de l'empirisme à la biologie intégrée", le 8 janvier 2015

Pour prolonger :

Le texte de cette leçon est publié chez Fayard en 2015. Il est également disponible en version numérique en open édition.

L’acide rétinoïque et l’arsenic ont une action synergique qui permet d’éliminer définitivement la maladie chez la souris. Document extrait de la leçon inaugurale d'Hugues de Thé
L’acide rétinoïque et l’arsenic ont une action synergique qui permet d’éliminer définitivement la maladie chez la souris. Document extrait de la leçon inaugurale d'Hugues de Thé Crédits : Collège de France

"A) Régression tumorale évaluée par imagerie non invasive. NT : non traitée, AR : acide rétinoïque, As : Arsenic. B) Survie démontrant l’éradication de la maladie chez des souris ayant bénéficié du traitement combiné (Lallemand-Breitenbach et al., 1999).

Rencontre avec Hugues de Thé, entretien publié sur le site de l'Université Paris-Diderot, 16 décembre 2014.

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