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Couverture de l’ouvrage de B.J  : Algériens en France : 1954-1962 : la guerre, l'exil, la vie (2012) / Carte de la Crise Migratoire en Europe en 2015.
Épisode 7 :

Parcours d’immigrations en France et en Europe, avec Benjamin Stora et François Héran

59 min
À retrouver dans l'émission

Quelle crise, aujourd’hui, pour l’Europe devenue un continent d’immigration ? Quelles identités de migrants ? Comment les Algériens − qui n’étaient pas encore les Algériens avant l’indépendance de l’Algérie, ont-ils pu être invisibles du point de vue juridique sur deux générations, pendant 50 ans ?

Couverture de l’ouvrage de B.J  : Algériens en France : 1954-1962 : la guerre, l'exil, la vie (2012) / Carte de la Crise Migratoire en Europe en 2015.
Couverture de l’ouvrage de B.J : Algériens en France : 1954-1962 : la guerre, l'exil, la vie (2012) / Carte de la Crise Migratoire en Europe en 2015. Crédits : Cité nationale de l'histoire de l'immigration / Maximilian Dörrbecker / CDF

Rediffusion 14/12/2016

Comment se nouent en plusieurs temps et sur plusieurs niveaux, la complexité, l’ambiguïté et la difficulté du rapport de la singulière immigration algérienne à la France ? Pourquoi distinguer aujourd'hui migrations ordinaires et migrations extraordinaires ?

Nous poursuivons notre exploration des mouvements de population, volontaires ou contraints, des figures d’exilés, des exodes passés ou contemporains dans le cadre du colloque du Collège de France « Migrations, réfugiés, Exil », que nous diffusons sur 2 semaines.

Benjamin Stora, professeur des Universités, président du conseil d'orientation du Musée de l'histoire de l'immigration, qui enseigne et explore, depuis plusieurs années, l’histoire du Maghreb contemporain, les guerres de décolonisations, et l’histoire de l’immigration maghrébine en Europe, nous propose « 3 questions » qu’il se pose depuis toujours.

Il interroge d’abord la longue invisibilité de ceux qui ne sont « ni Algériens », « ni Français, ni sujets coloniaux », ces indigènes Nord Africains, venus d’Algérie, hommes sans nom jusqu’en 1962. A cette invisibilité va répondre, pour exister, une appartenance politique enracinée dans le nationalisme. À priori, la relation à la France s’avère compliquée.

Puis, l’historien interroge l’enfermement spatial, celui des bidonvilles et la double violence dans le contexte de la guerre d’Algérie. Celle des répressions policières et celle, moins connue, secrète, de « la guerre dans la guerre », l’affrontement entre Algériens qui a fait 4.000 morts. L’identité mémorielle se complique encore.

Enfin, l’historien interroge le positionnement de cette immigration algérienne dans le modèle français de l’assimilation. Comment rester fidèle à l’Algérie, à la passion nationaliste, tout en étant Français et en se sentant français ? Benjamin Stora note que cette relation compliquée se transmet de génération en génération. Il rappelle la nécessité d’en faire l’histoire, pour se garder des mémoires dangereuses ou fantasmées. Il revient à la langue. Les Nord -Africains ne parlaient pas l’arabe mais le Berbère. Il s’agit de « comprendre l’histoire des autres », tel est l’enjeu.

En seconde partie, François Héran, directeur de recherche à l’INED (Institut national d’études démographiques), nous met face à la crise de l’Europe, celle de nos « propres divisions » sur le dossier des migrants. Prenant les catégories non scientifiques de « migrations ordinaires » et « extraordinaires », il nous montre les différentes situations pour la France, l’Allemagne, l’Espagne et le Royaume-Uni.

Dans un article donné à Libération en 2015, le démographe livrait une image et des chiffres éclairants :

entre 2005 et 2012, la France a accueilli, chaque année, 200 000 migrants non européens. L’asile représente moins de 10%, explique-t-il de l’ensemble (18 000 réfugiés par an), de même que la migration de travail «choisie». Les entrées liées à l’application des conventions internationales sont d'une tout autre ampleur. Elles garantissent le droit des Français d’épouser qui ils veulent (50 000 migrations matrimoniales par an) et le droit des étrangers de vivre en famille (40 000 entrées au titre du regroupement familial). S’y ajoutent 65 000 étudiants non européens, bénéficiant de facto du droit de s’inscrire dans une université étrangère. Or, la France compte 66,3 millions d’habitants.

Il faut imaginer un stade occupé par 10 000 personnes : les migrations des dernières années y ont fait entrer 30 personnes par an, dont 10 étudiants, 13 conjoints ou enfants, moins de 3 migrants au titre de l’asile et moins de 3 au titre du travail. De mars 2014 à mars 2015, la France a enregistré 64 000 demandes d’asile, soit le même nombre que les années précédentes, alors que l’Allemagne montait à 248 000.

Et nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France avec en première partie : Benjamin Stora, « Sur les histoires de trois immigrations en France au XXe siècle », et en seconde partie de François Héran : De la « crise des migrants » à la crise de l'Europe. Approches démographiques des politiques migratoires et des politiques d'accueil, le 14 octobre 2016.

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Benjamin Stora a publié la biographie de Messali Hadj (rééditée chez Hachette Littérature-poche, en 2004), plus récemment, La Guerre d'Algérie expliquée à tous (au Seuil, en 2012) et avec Linda Amiri, Algériens en France : 1954-1962 : la guerre, l'exil, la vie, (Autrement, en 2012), et cette année, il a publié Les clés retrouvées : une enfance juive à Constantine (Champs Flammarion, en 2016) et il a contribué à l’ouvrage collectif « Mouvements migratoires, une histoire française » qui vient de paraître aux Editions L’Age d’Homme.

François Héran a publié Parlons immigration : en 30 questions à la Documentation française en 2016

Intervenants
  • Historien, membre du conseil d'administration de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, et ancien président du conseil d'orientation de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration.
  • Sociologue et professeur au collège de France
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