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Héraclès et le rassemblement des Argonautes (ou Héraclès à Marathon ?). Face A d'un cratère en calice attique à figures rouges, 460-450 av. J.-C. Provenance : Orvieto (Italie)
Épisode 7 :

Reconnaître et honorer les Dieux

59 min
À retrouver dans l'émission

Les Grecs croyaient-ils à leurs dieux ? Demande sans ironie l'historienne Vinciane Pirenne-Delforge. Comment se débarrasser des déterminants religieux, quand on aborde le polythéisme grec et alors que le terme 'croyant', appliqué aux Grecs n’a pas le sens moderne que nous lui attribuons ?

Héraclès et le rassemblement des Argonautes (ou Héraclès à Marathon ?). Face A d'un cratère en calice attique à figures rouges, 460-450 av. J.-C. Provenance : Orvieto (Italie)
Héraclès et le rassemblement des Argonautes (ou Héraclès à Marathon ?). Face A d'un cratère en calice attique à figures rouges, 460-450 av. J.-C. Provenance : Orvieto (Italie) Crédits : Universal History Archive/UIG - Getty

Comment comprendre le verbe nomizein en contexte religieux, employé par Hérodote et plus tard par Pausanias ?

Titulaire de la chaire « Religion, histoire et société dans le monde grec antique »,  Vinciane Pirenne Delforge, historienne-anthropologue, spécialiste d’Aphrodite et d’Héra, interroge le polythéisme grec pour sa première série de cours donnés au Collège de France. 

Dans sa leçon inaugurale présentée le 7 décembre 2018, elle soulignait que :

la religion grecque antique a bien quelque chose d’exotique… Elle est le caillou dans la chaussure de ceux qui, d’une manière ou d’une autre, continuent de penser le Ve siècle avant notre ère, comme l’irréversible point de basculement vers le logos, à savoir l’exercice d’une pensée rationnelle débarrassée du muthos, le mythe. L’image que le miroir de cette Grèce, tend à notre modernité a quelque chose d’irrésistible. Mais il est nécessaire de résister, et cela passe notamment par une meilleure compréhension des entrelacements inextricables de ces catégories que les chercheurs modernes ont érigé en principes d’opposition : le mythe, la raison, la raison du mythe, la raison des mythes, et les raisons ou non d'y croire.  (p. 43)

Plus loin, Vinciane Pirenne-Delforge notait encore : 

une certaine myopie risque de frapper notre regard d’Européens du XXIe siècle dès que l’on arrive en pays polythéiste. Car les dieux sont là et cette présence a de nombreuses conséquences dans toute une série de domaines où l’on n’est pas nécessairement préparé à les voir. 

Cette place des dieux ne peut se comprendre qu’en relation étroite avec la vision globale que les Grecs avaient du monde dont ils faisaient partie, en ses diverses composantes. Vous aurez peut-être remarqué mon instance à parler des figures supra-humaines que sont les dieux, et non de surnature et de surnaturel. Ce n'est évidemment pas un hasard.  Tant les dieux que les hommes participent d’un cosmos où ne se marque pas de coupure ontologique radicale.  

La frontière qui existe entre les humains et les Dieux, relève globalement d’une différence de qualité de l’être, d’intensité dans l’être plutôt que d’une incommensurable altérité. (p. 45)

Alors quel est l’arrière-plan partagé par les Grecs dans le registre de la représentation des dieux ? 

Nous gagnons tout de suite l’amphithéâtre du Collège de France, le 15 mars 2018, pour le cours de Vinciane Pirenne-Delforge, aujourd'hui "Νομίζειν τοὺς θεούς : reconnaître et honorer les dieux".

Pour prolonger :

Pour chaque cours, l'historienne a mis en ligne les supports (citations, images, références bibliographiques) qui accompagnent sa présentation.

Hérodote, II, 4 

Ils dirent que les Égyptiens, les premiers, firent usage de surnoms pour douze dieux et que les Grecs les ont adoptés d’eux (δυώδεκά τε θεῶν ἐπωνυμίας ἔλεγον πρώτους Αἰγυπτίους νομίσαι καὶ Ἕλληνας παρὰ σφέων ἀναλαβεῖν). cf. II, 51 : les usages dont nous avons parlé … sont venus aux Grecs des Égyptiens (ταῦτα μέν νυν … Ἕλληνες ἀπ’ Αἰγυπτίων νενομίκασι

Denys d’Halicarnasse, Antiquités romaines, I, 89, 4 

Bien d’autres en effet, vivant au milieu des barbares, ont en peu de temps désappris tout l’Hellenikon au point de ne plus parler grec, de ne plus suivre les habitudes des Grecs, de ne pas reconnaître les mêmes dieux qu’eux (μήτε θεοὺς τοὺς αὐτοὺς νομίζειν) …

Xénophon, Mémorables, I, 1-2 

L’accusation portée contre lui était formulée en ces termes : « Socrate est coupable de ne pas reconnaître les dieux reconnus par la cité, et d’introduire d’autres divinités, nouvelles ; il est aussi coupable de corrompre les jeunes gens. » (ἀδικεῖ Σωκράτης οὓς μὲν ἡ πόλις νομίζει θεοὺς οὐ νομίζων, ἕτερα δὲ καινὰ δαιμόνια εἰσφέρων· ἀδικεῖ δὲ καὶ τοὺς νέους διαφθείρων). Premièrement, pour ce qui est du fait qu’il ne reconnaissait pas les dieux reconnus par la cité (ὡς οὐκ ἐνόμιζεν οὓς ἡ πόλις νομίζει θεούς), de quelle preuve disposaient-ils donc ? Car on le voyait souvent faire des sacrifices à la maison, de même que sur les autels publics de la cité, et ce n’était pas non plus un secret qu’il avait recours à la divination. (trad. L.-A. Dorion)

Pausanias, I, 32, 4 … 

σέβονται δὲ οἱ Μαραθώνιοι … ῾Ηρακλέα, φάμενοι πρώτοις ῾Ελλήνων σφίσιν ῾Ηρακλέα θεὸν νομισθῆναι… … les gens de Marathon vénèrent Héraclès, disant qu’il fut reconnu comme dieu par eux, les premiers parmi les Grecs.

Intervenants
  • Historienne, professeur au Collège de France. Elle est titulaire de la Chaire Religion, Histoire et Société dans le Monde Grec Antique.
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