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Une femme Africaine porte un mannequin sur sa tête à Guangzhou, Guangdong province, Chine, 15.11.2017 A partir des années 1990 et dans les années 2000, la communauté d'expatriés et de migrants a grandi formant  une "Petite Afrique"
Épisode 13 :

Premier ensemble de conclusions théoriques et pratiques

59 min
À retrouver dans l'émission

Comment les femmes sont-elles arrivées à constituer leurs propres réseaux pour migrer? Comment expliquer que le niveau d'éducation joue encore un rôle prépondérant dans la décision de migrer ? Comment réaliser des enquêtes binationales sur les migrations? s'interroge le démographe François Héran.

Une femme Africaine porte un mannequin sur sa tête à Guangzhou, Guangdong province, Chine, 15.11.2017 A partir des années 1990 et dans les années 2000, la communauté d'expatriés et de migrants a grandi formant  une "Petite Afrique"
Une femme Africaine porte un mannequin sur sa tête à Guangzhou, Guangdong province, Chine, 15.11.2017 A partir des années 1990 et dans les années 2000, la communauté d'expatriés et de migrants a grandi formant une "Petite Afrique" Crédits : ROMAN PILIPEY/EPA/Newscom/MaxPPP - Maxppp

Quelles sont les questions de méthodes et les grandes difficultés pour mettre en place des enquêtes binationales sur les migrations, c'est à dire à la fois à partir des données des pays de départ et des pays de destination? Dans quelles proportions les personnes qui ont migré restent-elles ? Comment la fermeture des frontières peut-elle bloquer les sans-papiers, dans les pays de destination, comme les Mexicains entrés illégalement aux Etats-Unis? Quelles sont les différences dans les retours des migrants selon les pays? Comment réévalue-t-on le rôle des Etats dans la régulation des flux migratoires, alors que ce rôle reste prépondérant comme l'a montré la crise de 2015 en Europe? 

Nous voici au terme de la grande série que François Héran a consacré à une lecture critique et bilan des grandes théories de la migration sous le titre "Pourquoi migrer?"

Titulaire de la chaire « Migrations et sociétés », François Héran se partage entre le Collège de France et la direction de l’Institut Convergences Migrations qui est porté par huit institutions sous la conduite du CNRS. Normalien, polyglotte, agrégé de philosophie, ses premiers travaux l’ont entrainé d’un continent à l’autre, avant de diriger de 1993 à 1998, la division des enquêtes et études démographiques de l'Insee (Institut national de la statistique et des études économiques), puis de 1999 à 2009, l'Ined (Institut national d'études démographiques).

Dans le cadre de cette grande série-enquête sur les facteurs déterminants de la migration, François Héran nous a confrontés à la réalité "mouvante" et vivante du phénomène migratoire, conçu comme un processus . 

Les différentes enquêtes qui sont mises en valeur permettent de renverser un certain nombre d'idées reçues, à commencer par l'approche "misérabiliste" des migrations. Le démographe-sociologue vient de donner une interview sur les "Migrations en France et en Europe", pour la revue _Études (_vol. avril 2019, no. 4, 201). Il revient sur la notion de "policy gap" évoquée dans les cours précédents et sur les droits des migrants qui se sont affirmés et que nous allons retrouver dans ce cours final:

Les politistes américains parlent aujourd’hui du policy gap, ce fossé qu’on observe immanquablement entre la politique officielle et les résultats obtenus. Il est flagrant dans le domaine des migrations : les démocraties libérales, sans exception, accueillent toujours plus de migrants que ne le voudraient les opinions publiques et les gouvernants eux-mêmes. Une partie du fossé tient au fait que le respect des droits universels ne peut se décider à la petite semaine ou même à l’occasion de telle ou telle campagne électorale. À partir du moment où nous intégrons le fait que le migrant n’est pas seulement une force de travail ou un porteur de capital humain mais un sujet de droits et que ce dernier est étroitement lié à sa famille, son conjoint, ses enfants, eux-mêmes titulaires de droits, nous ne pouvons plus jouer avec l’idée que la France pourrait résilier les conventions internationales à sa guise et saper le patrimoine juridique mondial auquel elle a puissamment contribué. La structure actuelle des flux migratoires que nous accueillons chaque année dépend largement de l’activation des droits. Pour ne citer qu’une mesure phare, l’interdiction du regroupement familial (sous ses multiples formes) nous ferait basculer sur un tout autre régime migratoire, analogue à celui qui règne dans les pays du Golfe ou qui prévalait dans les États communistes. Est-ce cela que nous voulons ? Le débat sur la politique migratoire est inséparable du débat sur l’État de droit.

François Héran a introduit les travaux du grand démographe américain, spécialiste de la migration mexicaine, Douglas Massey qui se distingue par le fait qu’il étudié en premier  le phénomène migratoire depuis le pays du départ et depuis le pays d’arrivée. Il poursuit l’exploration de son laboratoire novateur, qui a inspiré deux grandes enquêtes en Europe qui nous seront présentées aujourd'hui, notamment l'enquête MAFE.

"Le projet MAFE, (comme il est rappelé sur le site MAFE-Ined) est un projet de recherche collaboratif, qui a débuté en 2005, avec pour objectif de recueillir et d’analyser des données innovantes sur les migrations entre l’Afrique subsaharienne et l’Europe. La notion clé qui sous-tend le projet MAFE est que la migration ne doit pas seulement être considérée comme un flux unidirectionnel de l’Afrique vers l’Europe. La migration de retour, la circulation et les pratiques transnationales sont importantes et doivent être comprises afin de concevoir de meilleures politiques de migration." 

En fin de cours, hier, François Héran est revenu sur l’Ethno-enquête qui tente de combiner la méthode quantitative avec la méthode qualitative. Cette méthode « mixte » à partir du laboratoire Massey des migrations mexicaines s’avère très difficile à mettre en place. 

"Concrètement, explique François Héran, elle consiste à  échantillonner les aires urbaines et les aires rurales, entre 100 et 2.000 ménages selon la taille de l’agglomération. L’échantillonnage se fait de manière aléatoire mais il est réalisé selon une méthode ethnographique. » 

Cette enquête s’appuie donc sur les données statiques et les données dynamiques avec des questionnaires biographiques. 

Quels sont les atouts des ethno-enquêtes selon le démographe Douglas Massey et quelles lacunes permettent-elles de combler quand on aborde les migrations? 

Nous gagnons le Collège de France, le 21 février 2019, pour le cours de  François Héran, "Pourquoi migrer" Opus 13  Premier ensemble de conclusions théoriques et pratiques

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