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Platon tient dans sa main, "le Timée" et désigne le ciel, tandis qu'Aristote tient "L'Éthique" et désigne la terre, détail de "L'Ecole d'Athènes, par Raphael.
Épisode 2 :

Du comparatisme et des grandes figures comparatistes

58 min
À retrouver dans l'émission

Peut-on comparer l'Iliade & l'Odyssée, le tramway & l'autobus? Qui compare et dans quel but? demande Philippe Descola. L'anthropologue analyse la différence entre la comparaison, comme opération rhétorique, héritée de l'Antiquité et le comparatisme moderne, comme exercice systématisé de comparaison.

Platon tient dans sa main, "le Timée" et désigne le ciel, tandis qu'Aristote tient "L'Éthique" et désigne la terre, détail de "L'Ecole d'Athènes, par Raphael.
Platon tient dans sa main, "le Timée" et désigne le ciel, tandis qu'Aristote tient "L'Éthique" et désigne la terre, détail de "L'Ecole d'Athènes, par Raphael. Crédits : Ted Spiegel/CORBIS/Corbis via Getty Images - Getty

Le comparatisme, en tant qu'exercice réflexif et systématisé de comparaison, s'avère une "une création moderne".

Philippe Descola, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire Anthropologie de la nature de 2000 à 2019, directeur d'études à l’EHESS, spécialiste des  Indiens Achuars en Haute Amazonie, n’a cessé de pratiquer le comparatisme dans ses enquêtes et dans son métier d’anthropologue. Pour son ultime série de cours au Collège de France, il s’interroge « Qu’est-ce que comparer? ».

Dans le cours précédent, Philippe Descola a notamment montré : 

"l'enquête ethnographique est "déjà comparatiste de part en part" : elle l'est du fait de la comparaison plus ou moins consciente auquel l'ethnographe se livre entre les usages et les pratiques dont il est le témoin et celles qui ont cours dans son milieu d'origine. Elle l'est aussi, poursuit-il, du fait, des comparaisons entre la façon dont il aborde ce qui lui paraît être des éléments clés de la société qu'il étudie et celle que d'autres ethnographes ont proposé de la même société, ou ont proposé de phénomènes analogues dans des sociétés différentes. Elle est enfin, du fait du tri que l'ethnographe opère dans ses observations afin de retenir celles qui lui paraissent les mieux aptes à représenter ce qu'on pourrait appeler un état moyen des phénomènes qu'il aspire à qualifier". 

Le cours s'est achevé sur l'ébauche d'un premier bilan autour des comparatismes ethnographique, ethnologique et anthropologique. Cette première synthèse ouvre le cours d'aujourd'hui avant d'explorer, la comparaison d'un point de vue plus général, de l'art rhétorique antique à l'anthropologie naissante à la fin du XIXe siècle. Pour ce faire, il applique bien sûr « la méthode comparatiste », en comparant les comparatismes entre eux. A côté des pratiques, les hommes émergent, les Grecs bien sûr, et de grandes figures, de Polydore Virgile,  dit « le plus exubérant des comparatistes de la Renaissance » à Claude Lévi-Strauss, comparatiste accompli. 

Philippe Descola cite le témoignage de Claude Lévi-Strauss dans Tristes Tropiques (chapitre 6), à propos de la grande leçon :

Claude Lévi-Strauss se faisait fort de mettre en dix minutes sur pied une conférence d'une heure, à solide charpente dialectique sur la supériorité respective des autobus et    
des tramways. Lévi-Strauss fut lui même un grand savant comparatiste. Il y a bien dès l'origine, dans la nature de l'exercice rhétorique de la comparaison, une question qui traverse tout l'entreprise comparatiste, à savoir si les deux blocs qui sont placés l'un à côté de l'autre, l'un au regard de l'autre, l'Iliade et l'Odyssée, Racine et Corneille, le tramway et l'autobus, se trouvent en parallèle l'un avec l'autre du fait de leurs ressemblances superficielles, qui sont en fait des différences véritables, ou l'inverse?

L'anthropologue poursuit :

"Chez Quintilien, les deux figures de la mise en parallèle sont bien, d'une part, la similitude et d'autre part, la dissimilitude, l'antithèse.  Ces deux possibilités qui renvoient, dès Aristote aux 2 des 4 "organa" ou instruments permettant d'ordonner les propositions, c'est à dire l'attention portée aux ressemblances et aux différences (c'est dans le livre 1, des Topiques), vont de fait orienter toutes les stratégies comparatives, lorsque la comparaison deviendra un véritable programme de recherche, au XIXème siècle, selon évidemment, que l'on cherche à mettre en évidence des ressemblances entre les phénomènes ou, au contraire, à systématiser leurs différences".

Philippe Descola au fil de son étude souhaite défendre, nous dit-il, "un comparatisme éclectique et prudent, un projet à la fois scientifique et politique". 

L'anthropoloque s'attache aux  précurseurs solides dans "des domaines comme le droit comparé, avec le pionnier Jean Bodin, et dans  l'histoire des religions  telles qu'elle se constitue au XVIIème siècle", avec "ces deux grandes figures que sont Gassendi et Bayle..."

Philippe Descola rappelle que Jean Bodin se fixe pour objectif, sur le fond des violences inimaginables déchaînées par les guerres de religion, de fonder la science politique et l'art du bon gouvernement sur des lois justes" :

"Jean Bodin invoque le précédent de Platon dans "Les Lois", qui fait un premier exercice de comparaison des constitutions pour asseoir l'autorité de l'enquête comparative comme une méthode afin de poser les fondations d'un État idéal. Et Bodin ne manque pas pourtant de signaler avec emphase à quel point, même s'il se réclame de l'autorité morale, en tout cas de Platon, à quel point l'ampleur de sa démarche le distingue de ses prédécesseurs, et notamment du fait de l'étendue considérable des sources qu'il a consultées, sa méthode pour faciliter la connaissance de l'histoire."

Mais avant d'ouvrir le dossier du comparatisme en général, quels sont les positions du grand anthropologue britanniques Evans Pritchard ?

Nous gagnons tout de suite l’amphithéâtre du Collège de France, le 6 février 2019, pour le cours de Philippe Descola, aujourd’hui "du comparatisme et des grandes figures comparatistes"
 

Pour prolonger : 

Philippe Descola a récemment  publié Une écologie des relations aux editons du CNRS et sa monographie La nature domestique : symbolisme et praxis dans l'écologie des Achuar fait l'objet d'une nouvelle publication aux Editions de la Maison des sciences de l'homme (MSH).

Nous rappelons aussi son ouvrage majeur Par-delà nature et culture publié  en 2005 chez Gallimard 

Il a préfacé la BD inspirée de ses travaux, Anent : nouvelles des Indiens Jivaros, sur un scénario et des dessins d'Alessandro Pignocchi (Steinkis, 2016).

Interview, donnée par Philippe Descola en 2019 pour le site indépendant "Le Vent se lève" (série "Les Armes de la transition"). Pierre Gilbert lui demande "ce que pourrait être une nouvelle ontologie, une nouvelle philosophie de notre rapport à la nature, conciliable avec la préservation de l’environnement?

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