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Claude Levi-Strauss, lors de son terrain en Amazonie au Brésil, vers 1936. Il a réalisé sa 1re enquête auprès des Indiens Caduveo et Bororo.
Épisode 6 :

Induction et déduction

58 min
À retrouver dans l'émission

Quels sont les rapports complexes entre l’induction et la déduction dans les stratégies comparatives mises en œuvre par l’anthropologie sociale & culturelle au XXe siècle? s'interroge Philippe Descola. Dans son examen critique des comparatismes, il revient sur les enjeux de l’enquête ethnographique.

Claude Levi-Strauss, lors de son terrain en Amazonie au Brésil, vers 1936. Il a réalisé sa 1re enquête auprès des Indiens Caduveo et Bororo.
Claude Levi-Strauss, lors de son terrain en Amazonie au Brésil, vers 1936. Il a réalisé sa 1re enquête auprès des Indiens Caduveo et Bororo. Crédits : Photo by Apic/Getty Images - Getty

Professeur au Collège de France, titulaire de la chaire Anthropologie de la nature de 2000 à 2019, directeur d'études à l’EHESS, spécialiste des  Indiens Achuars en Haute Amazonie, Philippe Descola, pour son ultime série de cours au Collège de France, s’interroge « Qu’est-ce que comparer? »

Il nous entraîne dans un stimulant retour réflexif sur les disciplines de sa vie, des enquêtes ethnographiques et ethnologiques à l'anthropologie. Il nous explique comment l’anthropologie s’avère 

« une science de réformateurs, au sens où elle peut permettre de prendre du recul vis-à-vis de la société moderne et de mieux voir ses défauts ». 

Dans une passionnante interview, donnée en 2019 pour le site indépendant "Le Vent se lève" Philippe Descola explique :

"au fond l’anthropologie c’est, au moins, autant un art qu’une science… Sur le terrain, à vrai dire, il y a des choses qu’il faut faire et des choses que j’ai faites. Par exemple, il faut faire une collecte des végétaux pour savoir quelles sont les plantes qui sont utilisées par une population, les identifier, ce que j’ai fait aussi ; il faut mesurer les jardins, mesurer leur fertilité en faisant des carottages… Des choses très techniques, de ce type-là, mais il faut aussi écouter ce que les gens disent, une fois qu’on a appris leur langue, ce qui peut prendre pas mal de temps, et que l’on comprend ce qu’ils disent. 

En fait, on les écoute, et la recommandation que je fais à mes étudiants, parce que je pense que c’est la meilleure, c’est qu’au bout d’un certain temps, quand ils pensent qu’ils sont suffisamment à l’aise et qu’ils connaissent les éléments essentiels d’une société, c’est de ne plus poser de questions, mais d’écouter ce que les gens disent. Parce que lorsqu’on pose une question, on va pré-former la nature de la réponse qui va vous être apportée. C’est la méthodolgie de l’ethnographie, qu’on appelle « l’observation participante ». Tout simplement, ça veut dire partager la vie des gens". 

Il ajoute :

"Une grande partie du travail de l’anthropologue consiste aussi à lire de l’ethnographie, pas simplement celle qu’il a menée, mais celle que d’autres ont menée, à la fois sur les populations dont il est familier, pour moi c’est l’Amazonie, mais aussi sur d’autres (je suis très intéressé par ce qui s’écrit sur l’Asie du sud-est, par exemple). Cela consiste aussi à lire d’autres choses, écrire, diriger des thèses, faire des conférences, etc."

En ouverture de cours, Philippe Descola fait le point :

"Après plusieurs leçons consacrés à une mise en perspective du programme comparatiste de l'anthropologie sociale et culturelle, tel qu'il se dessine au moment de la naissance de cette nouvelle science, à la fin du 19ème siècle, j'avais commencé à examiner, lors de la dernière leçon, les différences dans les méthodes comparatives qu'elle met en œuvre, au 20ème siècle et les objections soulevées à l'encontre de ces méthodes."

Philippe Descola propose de revenir sur les "très nombreuses analyses comparatives du sacrifice depuis le XIXe siècle" avant de s'interroger sur "l’influence considérable du système logique de John Stuart Mill sur les sciences sociales et britanniques, jusque dans les années 1960.

L'anthropologue rappelle :

"Dans l'épistémologie de Mill, la méthode inductive et la méthode déductive forment un noyau problématique qui est beaucoup plus complexe que l'opposition classique entre induction et déduction, qui est jugée d'ailleurs assez spécieuse par certains philosophes. Dans ce noyau, on définit l'induction comme une opération mentale consistant à remonter de propositions singulières à une proposition générale, et dans lequel la déduction consiste à passer d'une proposition à une autre qui en est la conséquence logique et, la conséquence logique de la première proposition. Le succès de la méthode de l'épistémologie de John Stuart Mill auprès des praticiens des sciences sociales est d'abord imputable à deux méthodes inductives dont il a caractérisé le modus operandi la méthode des variations concomitantes et la méthode des concordances."

1867 : John Stuart Mill demande à John Bull indigné de laisser la place aux femmes pour voter. Mill, ardent défenseur de l'égalité des femmes, député de Westminster a proposé la modification du projet de loi de réforme de 1867 pour inclure les femmes
1867 : John Stuart Mill demande à John Bull indigné de laisser la place aux femmes pour voter. Mill, ardent défenseur de l'égalité des femmes, député de Westminster a proposé la modification du projet de loi de réforme de 1867 pour inclure les femmes Crédits : caricature de John Tenniel de Punch/Universal History Archive/Getty Images - Getty

Nous gagnons tout de suite l’amphithéâtre du Collège de France, le 6 mars 2019, pour le cours de Philippe Descola, aujourd’hui "Induction et déduction" 

Pour prolonger : 

Philippe Descola a récemment  publié Une écologie des relations aux editons du CNRS et sa monographie La nature domestique : symbolisme et praxis dans l'écologie des Achuar fait l'objet d'une nouvelle publication aux Editions de la Maison des sciences de l'homme (MSH).

Interview, donnée par Philippe Descola en 2019 pour le site indépendant "Le Vent se lève" (série "Les Armes de la transition"). Pierre Gilbert lui demande "ce que pourrait être une nouvelle ontologie, une nouvelle philosophie de notre rapport à la nature, conciliable avec la préservation de l’environnement?

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