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Bantous, lithographie, Galerie histoire de tous les peuples, coutumes, religions, rituels, gouvernements de toute la terre), Volume II, Planche XLIII, publié par Giuseppe Antonelli, 1838, Venise.
Épisode 8 :

Du comparatisme ethnographique au comparatisme anthropologique

58 min
À retrouver dans l'émission

Quelles sont les formes de comparatismes ethnographiques fondées sur la généralisation inductive et quelles sont les comparatismes anthropologiques de nature déductive? s'interroge Philippe Descola.

Bantous, lithographie, Galerie histoire de tous les peuples, coutumes, religions, rituels, gouvernements de toute la terre), Volume II, Planche XLIII, publié par Giuseppe Antonelli, 1838, Venise.
Bantous, lithographie, Galerie histoire de tous les peuples, coutumes, religions, rituels, gouvernements de toute la terre), Volume II, Planche XLIII, publié par Giuseppe Antonelli, 1838, Venise. Crédits : Photo par Icas94 / Photothèque De Agostini via Getty Images - Getty

Qu’est-ce qui s’est joué autour de l’interprétation du Hau, du don ? Comment l'anthropologie missionnaire a-t-elle pu contribuer à transformer une pensée autochtone en un système de propositions, comme dans le cas de "la philosophie bantoue" de Placide Frans Tempels, texte publié en 1945 ?

Professeur au Collège de France, titulaire de la chaire Anthropologie de la nature de 2000 à 2019, directeur d'études à l’EHESS, spécialiste des  Indiens Achuars en Haute Amazonie, Philippe Descola, pour son ultime série de cours au Collège de France, s’interroge « Qu’est-ce que comparer? » Il nous entraîne dans un stimulant retour réflexif sur les disciplines de sa vie, des enquêtes ethnographiques et ethnologiques à l'anthropologie. 

Au fil de cette série, nous découvrons toute la complexité de la tâche de l’ethnographe-ethnologue-anthropologue, Philippe Descola pratiquant ces 3 disciplines. Dans une passionnante interview  donnée au site indépendant Le Vent se lève, il indique son profond attachement à mettre en valeur la diversité et à changer de perspective :

« la seule chose que je peux essayer de faire, en tant qu’anthropologue, en tant que quelqu’un dont la responsabilité est de penser, précisément, la diversité du monde et d’en comprendre les raisons, c’est d’essayer de suggérer à la fois que notre système est un système qui a eu son temps, probablement, mais qui ne permet plus le couplage de la production de richesse et de la production d’autonomie ou de liberté, qui était le sien au 18e siècle et qu’il faut, sans abandonner l’idée de l’émancipation et de l’autonomie, essayer de trouver une autre façon de s’accommoder avec le monde physique, qui ne soit plus celle du pillage invétéré. Pour cela, je pense qu’il faut être attentif aux expériences, politiques, sociales, qui sont menées un peu partout dans le monde, qui ne sont pas nécessairement transposables immédiatement, mais qui fournissent matière à l’imagination pour essayer de penser des formes politiques différentes de celles dans lesquelles nous sommes, à l’heure actuelle, engagés. »

Philippe Descola propose d’examiner depuis le cours précédent :

« quelques formes de comparatisme ethnographique fondées sur la généralisation inductive, soit de notions autochtones transformées en concept anthropologique, par l'extension arbitraire de leur champ sémantique ; comme pour les concepts de totem, tabou, chamanes, mana, ou le hau, soit de dispositions locales converties en schèmes analytiques par abstraction de leurs implications, comme l'enveloppement hiérarchique de Louis Dumont ».

Nous retrouvons aujourd’hui la suite de l’analyse du concept de « Hau », notion très riche par sa polysémie et qui s’avère un cas d'école pour comprendre comment deux grands savants comparatistes, Marcel Mauss et Claude Levi-Strauss bifurquent dans leur raisonnement. Philippe Descola a rappelé les multiples retour et débats autour de l’Essai sur le don de Marcel Mauss.

François Pouillon rappelle dans l’article sur "le don" dans l’_Encyclopaedia Universalis q_ue 

"Mauss s'appuie sur quelques-uns des grands dossiers de l'ethnographie, qu'il reprend dans sa perspective. Le premier, celui du hau maori, lui permet de répondre à sa question de départ : « Quelle est la règle de droit qui [...] fait que le présent reçu est obligatoirement rendu ? Quelle force y a-t-il dans la chose qu'on donne qui fait que le donataire la rend ? »."

François Pouillon souligne 

« la juste intuition qui 'inspire Marcel Mauss : le donateur acquiert bien un pouvoir sur le donataire ; et celui-ci n'a, pour s'en libérer, d'autre choix que de rendre. »

Nous gagnons le Collège de France les 13 et 20 mars 2019 pour le cours de Philippe Descola, aujourd'hui « du comparatisme ethnographique au comparatisme  anthropologique »

Pour prolonger : 

Philippe Descola a récemment  publié Une écologie des relations aux editons du CNRS et sa monographie La nature domestique : symbolisme et praxis dans l'écologie des Achuar fait l'objet d'une nouvelle publication aux Editions de la Maison des sciences de l'homme (MSH).

Interview, donnée par Philippe Descola en 2019 pour le site indépendant "Le Vent se lève" (série "Les Armes de la transition"). Pierre Gilbert lui demande "ce que pourrait être une nouvelle ontologie, une nouvelle philosophie de notre rapport à la nature, conciliable avec la préservation de l’environnement?

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