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L'Osage, Paul Red Eagle, de Pawhuska, Territoire de l'Oklahoma, étudiant à l'A&M College, en 1895 pause avec une cuirasse en os, un gilet brodé et des ornements perlés 
Épisode 9 :

Les comparatismes anthropologiques de nature déductive et les classifications ethno-biologiques

58 min
À retrouver dans l'émission

S’il existe un prototype de la pomme, peut-on évoquer un prototype du fruit, quand la cerise est si différente de l’ananas? Philippe Descola analyse les méthodes déductives de l'anthropologie cognitive, grâce à une brève excursion dans l'analyse des classifications, notamment ethno-biologiques.

L'Osage, Paul Red Eagle, de Pawhuska, Territoire de l'Oklahoma, étudiant à l'A&M College, en 1895 pause avec une cuirasse en os, un gilet brodé et des ornements perlés 
L'Osage, Paul Red Eagle, de Pawhuska, Territoire de l'Oklahoma, étudiant à l'A&M College, en 1895 pause avec une cuirasse en os, un gilet brodé et des ornements perlés  Crédits : Photo de George W. Parsons / Oklahoma Historical Society / Getty Images - Getty

Comment traiter la diversité des fantômes, qui ont un grand succès comme représentations collectives ? Comment à partir des classifications taxinomiques et des classifications contrastives l'anthropologie déduit-elle des propriétés sociales ou des propriétés de phénomènes sociaux, à partir de lois psychologiques? s'interroge Philippe Descola. 

Professeur au Collège de France, titulaire de la chaire Anthropologie de la nature de 2000 à 2019, directeur d'études à l’EHESS, Philippe Descola est l’auteur d’une thèse d’ethnologie, sous la direction de Claude Lévi-Strauss, sur les Indiens Achuars en Haute Amazonie, qu’il a étudiés à la fin des années 1970 et dont il est devenu le spécialiste. Philippe Descola n’a cessé de pratiquer le comparatisme dans son métier d’ethnographe, ethnologue-anthropologue. Pour son ultime série de cours au Collège de France, il s’interroge « Qu’est-ce que comparer? »

Depuis la fin du cours précédent, Philippe Descola se penche sur "des formes de comparatisme non plus ethnographique, mais anthropologiques, c'est à dire de nature déductives, organisées selon une opération en trois étapes : induction de lois, de principes ou d'hypothèses, application de ces lois, principes ou hypothèse à des phénomènes, vérification de la légitimité de la déduction au moyen de la comparaison". Il s'attache, nous dit-il aux "expressions de la méthode déductive, dans l'anthropologie cognitive, en commençant par le traitement des classifications ethnobiologiques, c'est à dire les classifications portant sur les organismes ». 

S’interrogeant sur ce qu’on entend par classification. Il a rappelé, le rôle du savoir encyclopédique. 

"Par exemple, le Chêne n'est pas le même être selon que l'on est botaniste, forestier, menuisier ou éleveur de truffes". 

Il a indiqué que 

« le savoir ou les classifications symboliques, portent sur le monde, mais de façon indirecte, sous la forme de jugements synthétiques au sujet de propositions concernant le savoir encyclopédique. Ce sont donc des énoncés qui ne portent pas sur des mots ou qui ne portent pas sur des choses, mais qui expriment des croyances, formées à partir de ce que nous savons des choses. Par exemple, nous savons du chêne qu'il est le roi de la forêt, pour cela, il faut déjà connaître quelques propriétés du chêne, avoir déjà un savoir encyclopédique sur le chêne. »

Philippe Descola a montré que 

« c'est surtout dans l'élucidation des taxinomie hiérarchiques et accessoirement, dans celle des classifications par classes contrastives que peut se poser en anthropologie la question de l'application déductive de lois cognitives ou de principes cognitifs à des phénomènes sociaux ».

"En effet, les classifications cosmologiques sont le plus souvent abordées par les anthropologues en mode inductif, c'est-à-dire, traitées comme exprimant non pas des lois psychiques ou des principes cognitifs, mais des particularités culturelles, c'est à dire relevant d'un choix arbitraire, parfois contre intuitif, de privilégier certains traits d'un organisme aux dépens d'autres traits, à l'instar de l’exemple fameux qu'est la classification de l'aigle comme un être terrestre par les Osages, qui sont des Sioux méridionaux, que Lévi-Strauss évoque dans un passage de la pensée sauvage". 

"Je rappelle, nous dit-il, que cette catégorisation, la classification de l'aigle comme un animal terrestre, est motivée par le fait que les Osages associent l'aigle à l'éclair, qu’ils associent l'éclair au feu qu’ils associent le feu au charbon et que le charbon est assez logiquement associé à la terre. Donc prises individuellement, chacune de ces analogies est parfaitement plausible, à commencer évidemment par la première, qui repose sur une analogie dynamique entre l'aigle fondant sur sa proie et la chute de l'éclair."

Alors, quelles sont les conséquences concernant la méthode comparative que l'on peut tirer d’une brève excursion dans l'analyse des classifications, réputée reposer sur l'application déductive de principes cognitifs à des phénomènes culturels? S’interroge Philippe Descola.

Nous gagnons le Collège de France le 20 mars 2019 pour le cours de Philippe Descola, aujourd'hui « les comparatismes anthropologiques de nature déductive et les classifications ethno-biologiques »

Pour prolonger : 

Philippe Descola a récemment  publié Une écologie des relations aux editons du CNRS et sa monographie La nature domestique : symbolisme et praxis dans l'écologie des Achuar fait l'objet d'une nouvelle publication aux Editions de la Maison des sciences de l'homme (MSH).

Bibliographie

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La nature domestique. Symbolisme et praxis dans l’écologie des AchuarPhilippe DescolaÉditions de la Maison des sciences de l'homme, Paris, 2019

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