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La Joconde (détail des yeux) peinte vers 1503, et dont l’analyse par spectrométrie de fluorescence de RX des glacis a permis de comprendre les techniques utilisées par l'artiste.

Sur la palette de l'artiste : la physico-chimie dans la création artistique - Leçon inaugurale de Philippe Walter

59 min
À retrouver dans l'émission

Que nous apprennent la physique et la chimie sur le sourire de la Joconde ? Comment reconstituer la "trousse" d’un peintre d’il y a environ 32 000 ans ? S’interroge Philippe Walter, chimiste spécialisé dans l'étude des matériaux du patrimoine culturel.

La Joconde (détail des yeux) peinte vers 1503, et dont l’analyse par spectrométrie de fluorescence de RX des glacis a permis de comprendre les techniques utilisées par l'artiste.
La Joconde (détail des yeux) peinte vers 1503, et dont l’analyse par spectrométrie de fluorescence de RX des glacis a permis de comprendre les techniques utilisées par l'artiste. Crédits : Leonard de Vinci (Wikimedia)

Pourquoi certains artistes ont-ils pratiqué des innovations dans leur technique picturale et quel rôle a joué la chimie ?

"Comment l’innovation technologique a-t-elle conduit les artistes à inventer de nouvelles manières de peindre ? Mais aussi, inversement, comment la construction d’instruments scientifiques, actuellement et à l’avenir, bouleverse-t-elle notre capacité d’étude et rend-elle possible depuis quelques années des recherches interdisciplinaires très innovantes?" demande Philippe Walter, directeur du laboratoire d’archéologie moléculaire et structurale (LAMS : UPMC/CNRS) dans le cadre de sa leçon inaugurale au Collège de France.

Directeur de recherche CNRS au Centre de recherche et de restauration des musées de France jusqu’en 2011, le chimiste a créé le LAMS en 2012, unité de recherche associant l’Université Pierre et Marie Curie et le CNRS.  Il a été titulaire de la Chaire d'Innovation technologique Liliane Bettencourt  au Collège de France pour l'année 2013-2014.

A partir de demain, je vous invite à écouter Victor Stoichita dans le cadre de chaire sur l’Europe des images. Aussi ai-je souhaité vous proposer aujourd’hui de réécouter la leçon inaugurale de Philippe Walter qui avait été présentée et diffusée une première fois sur France Culture dans la cadre de l’Eloge du savoir de Christine Goémé, le 24 décembre 2014… 

Analyse par spectro­métrie de fluorescence des rayons X de La Joconde dans sa salle du Louvre (photo extraite de la leçon inaugurale de Philippe Walter)
Analyse par spectro­métrie de fluorescence des rayons X de La Joconde dans sa salle du Louvre (photo extraite de la leçon inaugurale de Philippe Walter) Crédits : Collège de France/Louvre
méthode d’analyse chimique et cristallographique pour comprendre la nature précise de la céruse. Document extrait de la leçon inaugurale de Ph. Walter
méthode d’analyse chimique et cristallographique pour comprendre la nature précise de la céruse. Document extrait de la leçon inaugurale de Ph. Walter Crédits : Collège de France

Détail du document ci-dessus : Structure cristalline de l’hydro­cérusite Pb3(CO3)2(OH)2 montrant une répétition de couches de carbonates et d’hydroxydes de plomb. Observation au microscope électronique à balayage des cristaux d’hydro­cérusite formés par synthèse en solution et modélisation de la forme des cristallites par l’étude des profils anisotropes des raies de diffraction par diffraction des rayons X.

Philippe Walter souligne l’intérêt qui existe à employer cette méthode d’analyse chimique et cristallographique pour comprendre la nature précise de la céruse, appelée aussi «blanc de plomb». 

"Il s’agit du pigment artificiel le plus employé de l’Antiquité jusqu’à la fin du xixe siècle. En fonction de sa méthode de préparation, qui consistait dans un premier temps à altérer du plomb métallique avec des vapeurs de vinaigre, il était composé de deux carbonates de plomb, l’hydro­cérusite et la cérusite, présents dans des proportions variables d’une peinture à une autre, et parfois même au sein d’une œuvre, d’une zone à l’autre. C’est le cas par exemple sur le tableau de Sainte Anne de Léonard de Vinci. La céruse employée pour les carnations n’a pas la même composition que celle des autres zones du tableau. Il peut s’agir d’un épiphénomène en relation avec la durée de réalisation de l’œuvre et l’approvisionnement chez différents apothicaires, à Florence, à Milan ou à Rome. On peut aussi penser que c’est un choix délibéré du Maître car l’apparence de l’hydro­cérusite, cristallisée sous forme de plaquettes très fines, n’est pas la même que celle de la cérusite, dont les cristaux sont de forme ovoïde (image ci-dessus). Cette différence de morphologie des grains est à mettre en relation avec la structure cristalline des deux phases, et elle peut être considérée comme étant à l’origine des différences de pouvoir couvrant de la matière, et ainsi, de l’attribution par les peintres d’une plus ou moins grande qualité intrinsèque aux pigments selon leur origine, et donc de leur méthode de préparation"

Pour prolonger :

Martin Van Heemskerck, Saint Luc peignant la Vierge (détail), 1532, huile sur bois, musée des Beaux-Arts de Rennes.Extrait leçon inaugurale de PH; Walter
Martin Van Heemskerck, Saint Luc peignant la Vierge (détail), 1532, huile sur bois, musée des Beaux-Arts de Rennes.Extrait leçon inaugurale de PH; Walter Crédits : Musée des Beaux-Arts de Rennes

Sur la palette de l’artiste. La physico-chimie dans la création artistique, Leçon inaugurale prononcée le jeudi 20 mars 2014, édition électronique 

Introduction de Marc Fontecave à la leçon inaugurale de Philippe Walter.

Walter Ph., Cardinali F., L'art-chimie, enquête dans le laboratoire des artistes. Éd. Fondation de la maison de la Chimie / Michel de Maule, mai 2013.

Intervenants
  • Chimiste spécialisé dans l'étude des matériaux du patrimoine culturel. Directeur de recherche CNRS au Centre de recherche et de restauration des musées de France jusqu’en 2011, il a créé le LAMS en 2012.
L'équipe
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