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Le cinéaste Amos Gitai pose dans la cour du College de France, devant la statue de Guillaume Budé, Paris, 11 Sept. 2018.
Épisode 2 :

Ce n'est pas moi qui politise mes films, ce sont eux qui m'ont politisé

58 min
À retrouver dans l'émission

Comment filmer une abstraction ? Comment être politisé par son travail ? s'interroge le réalisateur, d’origine israélienne, Amos Gitai. Quels sont les rapports entre la mythologie, l’histoire et l'actualité? Quelle est la grande force du plan-séquence ?

Le cinéaste Amos Gitai pose dans la cour du College de France, devant la statue de Guillaume Budé, Paris, 11 Sept. 2018.
Le cinéaste Amos Gitai pose dans la cour du College de France, devant la statue de Guillaume Budé, Paris, 11 Sept. 2018. Crédits : Christophe ARCHAMBAULT / AFP - AFP

Cette semaine, nous "traversons les frontières" en compagnie du cinéaste, Amos Gitai. Nous vous proposons un voyage sonore, dans lequel il vous faudra vous représenter mentalement un certain nombre d’images, avant de les retrouver sur les pages du Collège de France, où le  cinéaste  a donné une série de cours en 2018. Amos Gitai, du fait de ses origines et de son parcours, défend l’idée de réaliser des films qui sont complexes et contradictoires.

Après avoir réalisé plusieurs documentaires, dont House (1980), censuré par la télévision israélienne, le cinéaste est parti en exil à Paris, avant de revenir en Israël en 1993 (année de la signature à Washington des accords de paix portés par Yitzhak Rabin). Il a éprouvé le besoin de revenir sur les lieux qu'il avait déjà filmés, comme pour House.

Amos Gitai explique :

"En fait, chaque film est pour moi comme un nouveau chapitre d’une chronique : j’enregistre différents états du territoire comme autant de couches archéologiques, parce qu’Israël se vit encore comme un État sans histoire, qui déploie des efforts surhumains pour excaver un petit morceau de mur de l’époque de Salomon et raser des quartiers entiers. On est toujours dans l’abstraction de la période sioniste. Avec House et Wadi, ce qui m’intéressait c’était d’enregistrer, grâce à ces films tournés à plusieurs années de distance, les transformations humaines à l’intérieur d’un même site.            
Pour Ananas, tout part d’une étiquette. Un jour, en ouvrant mon frigo, j’ai regardé de près une boîte d’ananas ; elle avait été fabriquée aux Philippines, mise en boîte à Honolulu, distribué à San Francisco, et l’étiquette « imprimé au Japon ». C’était une illustration concrète de l’économie des multinationales. Ananas, c’est un peu comme House : un microcosme".

Dans les larges extraits de cours que nous diffusons aujourd’hui, Amos Gitai revient sur son parcours personnel et il analyse les enjeux de son art face aux questions que posent les mutations de son pays, comme dans Journal de campagne (1982) ou les mutations liées à la mondialisation, comme dans le documentaire Ananas (1985).

A propos d’Ananas, David Lusted, écrit dans la revue Framework, en 1985 (n° 29), 

"la stratégie d’Amos Gitaï n’est ni de ridiculiser ni de sanctionner ses sujets. Il tente plutôt de miner la confiance du spectateur dans la transparence de ce qui est dit et de ce qui est vu. Il encourage à regarder ce qu’ils représentent plutôt qu’à juger ce qu’ils sont. En conséquence, les interviews mêmes, plus que les individus, apparaissent comme des symptômes de la relation inégalitaire et complexe de l’Occident vis-à-vis du tiers monde."

Comment prendre conscience des possibilités du cinéma avec le son ?  Comment le cadre de la caméra, choisi par le réalisateur peut-il permettre de "résister", de contourner une interdiction de montrer ? s'interroge Amos Gitai.

Il explique :

"Journal de Campagne" est un journal tourné dans les territoires occupés avant et pendant l’invasion du Liban en 1982. Il y arpente méthodiquement le même triangle de terre, filmant au jour le jour ce qu’il voit, le malaise des soldats israéliens devant la caméra, leur refus d’être filmés, l’état d’esprit des colons, les multiples formes du ressentiment des Palestiniens.

"Pour Journal de Campagne, écrit-il, nous avons commencé à suivre un parcours, de manière méthodique, en usant du plan-séquence pour filmer divers épisodes. Chaque plan-séquence devient un chapitre du journal de tournage. À cette époque, on voulait empêcher que cette réalité de l’occupation soit filmée, parce qu’elle n’existait pas « officiellement ». Il fallait donc, coûte que coûte, supprimer les images. L’occupation est une idée abstraite, et le travail qui intéresse à mon avis chaque cinéaste est le suivant : comment décrire une abstraction ? Journal de campagne s’est fait de cette manière, en accumulant une série de situations filmées. Dans le contrat tacite qui me lie au spectateur, je me devais d’inscrire cette obsession ou cette insistance de filmer à tout prix." 

Nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France, les 23 et 30 octobre 2018, pour le cours d’Amos Gitai, aujourd’hui « Ce n'est pas moi qui politise mes films, ce sont eux qui m'ont politisé »

Pour prolonger 

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Bibliographie

Amos Gitai. Architecte de la mémoire

Amos Gitai. Architecte de la mémoireGallimard - La Cinémathèque française, 2014

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