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Scène extraite du film d'Amos Gitai, "Kippour" (2000), inspirée des souvenirs du réalisateurs qui était dans une équipe de sauvetage, quand il a échappé à la mort en 1973, pendant la guerre de Kippour.
Épisode 3 :

Représenter la guerre

58 min
À retrouver dans l'émission

Comment Amos Gitai a-t-il frôlé la mort en 1973 pendnat la guerre de Kippour et comment a-t-il mis 27 ans pour faire son film intitulé "Kippour"? Comment représenter la guerre ? s’interrogent le réalisateur d’origine israélienne Amos Gitai et l’historien critique de cinéma Jean-Michel Frodon.

Scène extraite du film d'Amos Gitai, "Kippour" (2000), inspirée des souvenirs du réalisateurs qui était dans une équipe de sauvetage, quand il a échappé à la mort en 1973, pendant la guerre de Kippour.
Scène extraite du film d'Amos Gitai, "Kippour" (2000), inspirée des souvenirs du réalisateurs qui était dans une équipe de sauvetage, quand il a échappé à la mort en 1973, pendant la guerre de Kippour. Crédits : Amos Gitai

Quels sont les enjeux du "respect des plans-séquences", du changement de rythme du regard pour sortir des conventions de la présentation, pour filmer la guerre ?

Nous retrouvons Amos Gitai qui revient sur son parcours et sur ses films dans le cadre de la chaire de création artistique et de sa série de cours intitulée, "traverser les frontières".

Dans le cours précédent, il a expliqué :

"Chaque film devient une sorte de chapitre, à la fois de ma propre histoire, l’histoire de la famille, les gens proches, mais aussi la thématique qui m’a intéressé à l’époque."

Amos Gitaï est né en 1950 à Haïfa (Israël). Fils d’un architecte formé au Bauhaus, "Munio Weinraub, ayant fui le nazisme en 1933, et d’une intellectuelle et enseignante, Efratia Gitaï, spécialiste non religieuse des textes bibliques, née en Palestine au début du XXe siècle, il fait partie de la première génération, née après la fondation de l’État d’Israël, une génération également formée par les grands mouvements de la jeunesse contestataire des années soixante".

Il n’est encore qu’étudiant en architecture, raconte Amos Gitai, quand il est blessé au cours de la guerre de Kippour (1973), lorsque l’hélicoptère d’évacuation sanitaire dans lequel il se trouve est frappé par un missile syrien. 

"Ces éléments biographiques, familiaux et générationnels, de même que le traumatisme vécu pendant la guerre et un sentiment de vie victorieuse, l’inspirent, comme il le rappelle, et nourrissent son œuvre".

Aujourd’hui, il s’arrête en particulier sur son film Kippour qu’il analyse en compagnie de son invité Jean-Michel Frodon.

Professeur associé à Sciences-Po Paris, Jean-Michel Frodon a été directeur de la rédaction des Cahiers du cinéma de 2003 à 2009, après avoir été journaliste et critique au journal Le Monde. Il anime "Projection publique", le blog ciné de Slate

La revue canadienne Hors-Champs (mars / avril 2016)consacre un bel article au film Kippour. 

"La fortune critique de Kippour (Amos Gitai, 2000) est liée au succès rencontré par une séquence en particulier. Lors de celle-ci sept soldats survolent en silence le Golan dans un hélicoptère [1]. Au sol des chars désorientés, filmés en traveling depuis un point de vue zénithal, évoluent sur une terre meurtrie par les combats. Puis, une roquette atteint l’hélico. Depuis l’intérieur de celui-ci tout se disloque. Très rapidement, le paysage visible à l’arrière-plan tremble. Et, cette fois au ralenti, les corps disciplinés des soldats deviennent des corps ensanglantés. Le bruit assourdissant du choc, les éclats de verre et la dispersion des fluides corporels contrastent avec la lenteur, presque irénique, du traveling précédent. Cette séquence, comme le reste du film, a impressionné le public non seulement à cause de la virtuosité de sa réalisation, mais aussi car elle renvoie explicitement à la biographie du cinéaste." ("Trouver un geste pour filmer un territoire meurtri, Amos Gitai face à la guerre de Kippour" par  Claudia Polledri , Rémy Besson)

Amos Gitai rappelle :

"Durant la guerre de Kippour en 1973, je faisais partie d’une équipe de sauvetage. Pour nous, l’ennemi c’était la mort : il fallait sauver des gens. Lorsque notre hélicoptère a survolé le territoire syrien, j’ai vu des villages, des jeeps, des bases, et c’est à ce moment-là que le missile nous a touché et que notre hélicoptère s’est écrasé. De sauveteurs, nous sommes devenus des victimes. J’avais commencé à filmer avec une petite caméra Super 8 pendant la guerre, mais j’ai mis 27 ans avant de pouvoir réaliser un film de fiction sur cette expérience. En 27 ans, ce qui n’était qu’un traumatisme personnel a pris une dimension symbolique. Israël est un pays bizarre : à chaque fois que vous pensez avoir réglé votre relation avec lui, vous réalisez que la réalité s’est déplacée, qu’elle est en transformation permanente.

Dans le film "Kippour", les traces des chars, des différents engins militaires, filmés depuis l'hélicoptère, dessinent un tableau abstrait
Dans le film "Kippour", les traces des chars, des différents engins militaires, filmés depuis l'hélicoptère, dessinent un tableau abstrait Crédits : Amos Gitai

Nous gagnons le Collège de France  le 6 novembre 2018 pour le cours d'Amos Gitai avec Jean-Michel Frodon qui ouvre le séance, aujourd'hui "représenter la guerre".

Extrait du film Kippour d'Amos Gitai
Extrait du film Kippour d'Amos Gitai Crédits : Amos Gitai

Pour prolonger :

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« Le principe de filmage de la guerre dans Kippour est simple, limpide. Privilégier la durée réelle […] faire de la caméra une personne supplémentaire qui marche à côté des soldats, court, elle aussi, derrière les autres pour grimper dans l’hélico sur le point de décoller […]. Le spectateur est à l’intérieur de la guerre tout en restant à l’extérieur du groupe, les accompagnant à distance. Jamais le film n’alimente chez le spectateur le fantasme de faire corps avec eux. » (Charles Tesson, Cahiers du Cinéma, n° 549, septembre 2000)

Bibliographie

Amos Gitai. Architecte de la mémoire

Amos Gitai. Architecte de la mémoireGallimard - La Cinémathèque française, 2014

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