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 Amos Gitai & Henri Alekan, 11 juin 1986
Épisode 1 :

Mythologies et mémoires collectives par Amos Gitai et Alain Schnapp

58 min
À retrouver dans l'émission

Comment le cinéma peut-il nous parler de mythologie et des mythes? s'interroge le réalisateur, d’origine israélienne, Amos Gitai? Comment la fable du passé le plus éloigné, renvoie-t-elle à des situations concrètes et contemporaines?

 Amos Gitai & Henri Alekan, 11 juin 1986
Amos Gitai & Henri Alekan, 11 juin 1986 Crédits : Wikicommons/Gal deren d

"Tous les royaumes ont des comptes à rendre", rappelle l'archéologue et historien, Alain Schnapp. Alors comment la première fiction filmée d'Amos Gitai, "Esther", qui est tirée d'un récit biblique, installe-t-elle ses scènes dans des ruines très diverses? Qu'est-ce qui se joue entre le pouvoir sans borne du Roi Perse qui persécute les juifs et la séduction qu'exerce la belle juive Esther? 

Affiche du film d'Amos Gitai, "Esther" (1985)
Affiche du film d'Amos Gitai, "Esther" (1985) Crédits : Agav Films

Après sa leçon inaugurale, diffusée hier, nous retrouvons le cinéaste Amos Gitaï, titulaire de la chaire annuelle de Création artistique. Après avoir réalisé plusieurs documentaires, dont House, censuré par la télévision israélienne, le cinéaste est parti en exil à Paris. Il a tourné Esther, son premier long métrage de fiction en 1985 et s’est partagé dès lors entre les documentaires, des mises en scène, l’écriture et la réalisation de fictions. La série de cours qu’il a proposé au Collège de France en 2018, sous le titre « Traverser les frontières » mêle son interrogation du cinéma à son parcours plus personnel. 

« J’aime apprendre » nous dit-il.

Le parcours d’Amos Gitai se nourrit de dialogues qu’il introduit dans ses cours par le récit (ainsi avec le grand chef-opérateur, Henri Alekan) ou par les invités qui interviennent à ses côtés, comme aujourd’hui, où il est en compagnie d’Alain Schnapp, pour revenir notamment sur son film Esther.

Dans la présentation de ce cours consacré à la question des "mythologies et des mémoires collectives", Amos Gitaï explique qu’il cherche dans ses films "un angle indirect pour observer la réalité, une structure indirecte ou parabolique. Et l’histoire d’Esther offre cette possibilité". 

"j’aime détourner, dit-il, les mythologies existantes, questionner la validité de certaines vérités établies. Dans la mémoire collective, l’histoire d’Esther est celle de la victoire d’un peuple opprimé qui se libère de ses oppresseurs. Mais on oublie souvent la fin du texte : celle de la vengeance inutile qui est racontée par le scripteur biblique. Je veux rappeler cette partie qui a été oubliée et questionner le cycle de la vengeance et la permutation permanente oppresseur / opprimé.

Le critique américain Ray Privett rappelle :

"Esther a été produit au milieu des années 80, entre la guerre du Liban et la première intifada, le soulèvement palestinien contre Israël. Le film dépeint de façon audacieuse des rôles historiques et mêle des couches du paysage historique en l’alliant à une allégorie du temps présent. Le film a été tourné presque entièrement en hébreu et en arabe à Wadi Salib, quartier arabe d'Haïfa complètement en ruine."

Ce questionnement des ruines est au cœur des travaux de l’invité d’Amos Gitai aujourd’hui, Alain Schnapp.

Disciple et ami de Pierre Vidal-Naquet, Alain Schnapp est archéologue et historien de la culture. Il a été  le premier directeur général de l'Institut national d'histoire de l'art (2001 - 2005). Ses recherches ont porté sur l'anthropologie de l'image en Grèce ancienne, l'histoire de l'archéologie et l'étude urbaine des cités et territoires du monde grec. Il élabore aujourd'hui une anthropologie de la pratique des ruines. Il a notamment publié Ruines – Essai de perspective comparée (Les presses du réel, 2015).

Alors qu’elle est la dimension transhistorique du cinéma d’Amos Gitai ? 

Nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France, le 4 décembre 2018, pour le cours d’Amos Gitai en compagnie d’Alain Schnapp, aujourd’hui, « Mythologies et mémoires collectives »

Pour prolonger 

Alain Schnapp commente le tableau  de Nicolas Poussin "La Peste à Ashdod" (Musée du Louvre)

"La Peste à Ashdod", par Nicolas Poussin (Musée du Louvre)
"La Peste à Ashdod", par Nicolas Poussin (Musée du Louvre) Crédits : Nicolas Poussin/Wikicommons

Référence musicale du générique de la série de cours d'Amos Gitai, "Traverser les frontières"

  • Amit Poznansky, BO du film d'Amos Gitai, Le dernier jour d'Yitzhak Rabin (2015, "Rabin, The last Day"), "Opening Thème", écoute disponible sur le soundcloud du compositeur israélien (partie "films, TV, projects").
Intervenants
  • Réalisateur et metteur en scène
  • Archéologue et historien, professeur émérite à l’université de Paris I, fondateur puis directeur de l’Institut national d’histoire de l’art (INHA).
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