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Louis Veuillot (1813-1883) photographié par l'atelier Nadar / Victor Hugo (1802-1885) photographié par son fils Charles vers 1853 (galerie Bassenge)
Épisode 11 :

Une vieille citrouille à moitié remplie de diamants

59 min
À retrouver dans l'émission

Comment s'est exprimée la durable et terrible opposition entre Victor Hugo, écrivain engagé aux côtés des opprimés, et Louis Veuillot, polémiste catholique intransigeant? Comment leur longue inimitié a-t-elle été finalement féconde l’un pour l’autre? Demande Antoine Compagnon.

Louis Veuillot (1813-1883) photographié par l'atelier Nadar / Victor Hugo (1802-1885) photographié par son fils Charles vers 1853 (galerie Bassenge)
Louis Veuillot (1813-1883) photographié par l'atelier Nadar / Victor Hugo (1802-1885) photographié par son fils Charles vers 1853 (galerie Bassenge) Crédits : Gallica BNF / Wikicommons

Quel journalisme violent et intransigeant peut incarner Louis Veuillot, quand le critique Sainte-Beuve distille, lui, poisons et malices? Qu’est-ce qu’un écrivain malicieux? 

Antoine Compagnon, titulaire de la chaire « Littérature française moderne et contemporaine : Histoire, critique, théorie » achève cette semaine la vaste fresque historique et journalistique dans le cadre de sa série «  De la littérature comme sport de combat », initiée en 2017.
Dans un premier cycle de cours, l’an passé, il avait mis en avant les tropes de la guerre littéraire, « guerre littéraire » qu’il avait empruntée » aux Illusions perdues de Balzac. Cette année, il a proposé de s’attacher aux figures de ce journalisme belliqueux où la "plume d’acier" des écrivains peut passer au travers des corps, en essayant de leur associer à chacun, un "maître-mot", un des tropes de la guerre littéraire, un mot de "prédilection", comme chez Sainte-Beuve qui sera l’ultime figure explorée dans cette série demain et après demain.
Avant de découvrir ce que Les Châtiments d’un Victor Hugo, "passé à la montagne", "traître à la Chambre des pairs", peuvent valoir à Veuillot, rédacteur de l’Univers, figure du pamphlétaire réactionnaire avant la lettre, qui vilipende ses discours à l'Assemblée, voici un extrait du magazine littéraire Lectures pour tous en 1961 (archive INA). Pierre Duamyet y interviewe l’écrivain-journaliste catholique François Mauriac, alors illustre pourfendeur des déboires de la IVe République dans sa chronique le Bloc-Note.  Il l'interroge sur la violence des catholiques, tandis que François Mauriac se décrit écrivain "né malicieux". 

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1 min
François Mauriac interviewé par Pierre Dumayet en 1961, sur la méchanceté des pamphlétaires catholiques (Archive TV INA)

Le cours sur Sainte-Beuve demain abordera la généalogie des "malices" en littérature.
En 1953, évoquant déjà la « dent dure » des catholiques, François Mauriac notait la violence du Christ, qui 

« déborde d’indignation. Il désigne du doigt. Il dénonce. Il n’a de cesse qu’il n’ait dressé contre lui cette meute pharisienne… » jusqu’à son supplice. « Voilà le beau côté de nos colères, note encore Mauriac, mais j’en discerne un autre moins flatteur : c’est l’incroyable plaisir que donne à l’écrivain, le morceau écrit de verve… qui vibre dans la cible…une cible encore vivante, Monsieur le Chrétien… » 

Thibaudet écrit pour sa part :

"Il semble que de fortes convictions chrétiennes fasse une bonne température pour l’invective… le plein orchestre verbal... Voyez Veuillot, Barbey, Drumont..."

"Renan voyait dans Jérémy le premier des journalistes, et  il n'avait pas tort : le journalisme catholique a retrouvé en somme la température de ce prophète."

Mais pour l’heure le combat est politique entre un Veuillot, homme d’ordre, alors rallié à Napoléon III et un Victor Hugo, "engagé aux côtés des opprimés". Entre les deux anciens orléanistes, la rupture est totale en 1851. Le polémiste catholique est "l'un des plus maltraités dans Les Châtiments". "Deux grandes pièces" lui sont consacrées. Victor Hugo y raille un Veuillot : 

« se voyant sans cœur, sans style, sans esprit, / Imagina de mettre une feuille poissarde / Au service de Jésus-Christ. »

Découvrons tout de suite, comment Hugo et Veuillot se sont longuement et cruellement affrontés, un « duel souvent violent et ignoble » notait Antoine Compagnon dans son cours précédent.
Et nous gagnons le Collège de France, le 13 mars 2018, pour le cours d’Antoine Compagnon, aujourd’hui "Une vieille citrouille à moitié remplie de diamants"...

Antoine Compagnon dévoile en fin de cours, le sens du titre de ce cours : Hugo chassé de Bruxelles en 1871 écrit dans ses Notes de voyage

"on me dit qu'à propos de mon expulsion Veuillot m'a appelé vieille citrouille"... à quoi il a ajouté immédiatement que ladite citrouille était "à moitié remplie de diamants".

Bibliographie

Les antimodernes, de Joseph de Maistre à Roland Barthes

Les antimodernes, de Joseph de Maistre à Roland BarthesGallimard, Collection Bibliothèque des idées, 2005

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