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Le fleuve Jaune à Lanzhou, vu depuis la colline de la grande pagode blanche.
Épisode 5 :

L’ultrastabilité questionnée

59 min
À retrouver dans l'émission

Comment la Chine ramène-t-elle tout au centre? Comment "l’ultrastabilité des structures de la société féodale chinoise" a-t-elle été "à l’origine de la longévité et de la continuité de la société chinoise classique"?

Le fleuve Jaune à Lanzhou, vu depuis la colline de la grande pagode blanche.
Le fleuve Jaune à Lanzhou, vu depuis la colline de la grande pagode blanche. Crédits : Wikicommons

Comment l’analyse de cette "ultrastabilité" a-t-elle pu être au départ de la fièvre culturelle des années 1980 en Chine ?

Anne Cheng, titulaire de la chaire «Histoire intellectuelle de la Chine» nous propose, cette année, selon ses mots, de « décentrer la Chine », de questionner la longue durée et un « espace circulatoire plus large » où s’esquissent les interactions avec les grands voisins, l’Inde et le Japon. Il s’agit de « sonder et d’interroger », nous dit-elle, la "prétention chinoise à l’universalité" dans le cadre de sa série pluri-annuelle intitulée, "Universalité, mondialité, cosmopolitisme - Chine, Japon, Inde".

La semaine passée, elle a montré la place du confucianisme et du ritualisme pour assurer la stabilité et l’harmonie du Pays du Milieu et elle a mis en évidence comment la forme carrée en damier à 9 cases est la forme, par excellence, à l’origine de l’organisation spatiale, symbolique et hiérarchique de la Chine, l’architecture du Palais de la lumière, le Mingtang en étant la parfaite illustration.

Le carré se décline à l’infini et à la marge de ces carrés, à l’extérieur, il y a les Barbares que nous allons retrouver ce matin et cette semaine, tandis qu’à l’intérieur, tout converge vers le centre, source de lumière, de pouvoir et de vertu. Anne Cheng a mis en valeur le concept d’hyper ou ultrastabilité de cette forme carrée. Or ce matin, après un rappel des fondamentaux, elle nous présente « deux esprits iconoclastes », Jin Guantao et Liu Qingfeng, deux chercheurs chinois qui ont analysé et critiqué ce concept. Elle cite les travaux de David Bartel, qui dans un article sur "la Chine et son Histoire" en 2009, l’année du 60e anniversaire de la fondation de la République Populaire de Chine (RPC) rappelle que:

"Jin Guantao est scientifique de formation. Liu Qingfeng, sa femme est écrivain et historienne. Ils publient en 1979 (…) un essai qui s’intitule Prospérité et crise : à propos de l’hyperstabilité des structures de la société féodale chinoise et met à mal toute la structure orthodoxe de l’histoire chinoise. Sa lecture et la polémique qu’il déclenche, souligne David Bartel, relancent le débat sur l’histoire et participent d’une indispensable décongestion intellectuelle...".

Les deux intellectuels critiquent le travers de l’histoire cyclique avant de dénoncer une Chine repliée sur elle-même, celle du Fleuve jaune face à la Chine Bleue, « océanique », ouverte sur le monde, dans une série documentaire pour la télévision quelques mois avant les événements de Tian’ Anmen en 1989.

Dans une interview de 2009 dans Courrier International, citée par Anne Cheng, Jin Guantao et Liu Qingfeng expliquent que :

"Le système ultrastable chinois possède deux particularités. D’abord, la forte capacité de contrôle d’une bureaucratie unie autour du pouvoir impérial, avec un refus de toute réforme en période de stabilité sociale. Ensuite, la capacité de l’idéologie confucéenne à fédérer les trois sous-systèmes qui organisent la société. Ces deux particularités rendent toutefois inévitables les phénomènes de corruption. Quand la corruption et les désaccords atteignent un niveau insupportable, la société se désagrège. Et tous les progrès accomplis pendant la période de stabilité sont balayés par la brutalité des soulèvements sociaux. Une fois l’ordre rétabli, il faut tout recommencer. Ce système fonctionne dans une succession de périodes de crise et de prospérité, de développement et de destruction."

Cette critique de l’ultra-stabilité et du cyclique posée, Anne Cheng revient sur un extrait du Traité des Rites, le Liji et interroge le mot « traduction » dans la Chine classique, le sens "noble" au centre et le sens "petit" à la marge…

Et nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France, le 12 janvier dernier, pour le cours d’Anne cheng, aujourd’hui « l’ultrastabilité questionnée ».

Pour prolonger :

Intervenants
  • Sinologue, titulaire de la chaire « Histoire intellectuelle de la Chine » au Collège de France.
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