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8th century fresco at Mogao Caves near Dunhuang in Gansu Province & text : "Emperor Han Wudi directed his troops to fight the XiongNu and obtained two large golden statues that he displayed in the Ganquan Palace and regularly worshipped."
Épisode 6 :

Des Barbares et du Dao

59 min
À retrouver dans l'émission

Quelle est la réalité historique de la relation entre le centre et ses périphéries en Chine? Quels sont les poncifs sur les barbares? Pourquoi le Fleuve jaune se croit-il très important? Quelle est la critique radicale du taoïsme contre le moralisme et le ritualisme confucéen?

8th century fresco at Mogao Caves near Dunhuang in Gansu Province & text : "Emperor Han Wudi directed his troops to fight the XiongNu and obtained two large golden statues that he displayed in the Ganquan Palace and regularly worshipped."
8th century fresco at Mogao Caves near Dunhuang in Gansu Province & text : "Emperor Han Wudi directed his troops to fight the XiongNu and obtained two large golden statues that he displayed in the Ganquan Palace and regularly worshipped." Crédits : Wikicommons

Anne Cheng, titulaire de la chaire "Histoire intellectuelle de la Chine" poursuit aujourd’hui son interrogation du rapport à la « centralité » dans la pensée classique chinoise, dans le cadre de sa série pluri-annuelle intitulée, "Universalité, mondialité, cosmopolitisme - Chine, Japon, Inde".

Après les extraits du Traité des Rites, le Liji, elle nous présente une nouvelle source de documents qui vont nous permettre de questionner les réalités historiques dans ce cours et le suivant, notamment en s’appuyant sur les Annales de la dynastie Han. Le Han Shu est écrit postérieurement mais traite de la période entre -206 et -24 avant notre ère.

Nous découvrons les Zhong-nu, peuple nomade du Nord et de l’Ouest de l’espace Chinois. Anne Cheng nous explique qu’ils pourraient être les ancêtres des fameux conquérants, les Huns. La sinologue nous met face à la propagande de l’empire centralisateur Han et face à un « morceau de bravoure rhétorique » pour nous présenter tous les poncifs mettant en scène les barbares vus par les Chinois, "cheveux sur les épaules", "peuple sans agriculture qui mange cru" et, - horreur, « ils croisent leurs vêtements à gauche ». Ce caractère non civilisé est dénoncé dans l’expression toute faite et consacrée que cite Anne Cheng : les barbares sont ces hommes,

"aux visages humains mais aux cœurs de bêtes sauvages".

Pour les Han, il s’agit de se prémunir des razzias de ces ancêtres des Huns... Nous découvrons l’empereur guerrier Han Wudi et son envoyé en quête d’alliances aux marges de l’empire, en 138, Zhang Qian pour gérer la menace constante des Zhong-nu, qui inquiète…

Après les poncifs sur les barbares, quel est le regard des taoïstes. Anne Cheng va nous montrer comment la critique radicale du taoïsme contre le moralisme et le ritualisme confucéen peut ouvrir sur d'autres perspectives et permettre de découvrir la littérature bouddhiste... Nous découvrons aussi ce matin le très beau texte Zhuangzi, et le personnage qui sait manier humour et malice notamment face aux confucéens, ainsi que les célèbres aphorismes de la Mer du Nord :

« La grenouille au fond du puits ne saurait parler de l’océan, enserrée qu’elle est dans son trou ».

Alors le Fleuve jaune peut "se croire important", vu qu’il est « le berceau de la civilisation chinoise », les Pays centraux s’épanouissant dans son bassin moyen. Mais que se passe-t-il quand le fleuve découvre l’immensité de l’océan ? Avec les taoïstes l’espace semble s’ouvrir.

Dans son ouvrage, Histoire de la Pensée Chinoise, Anne Cheng indique que

"Contrairement aux royaumes de combattants qui partent de la constatation que le monde n'est que discorde et violence", "le courant dit taoïste part dans une direction toute différente des autres"… les confucéens préconisent de faire régner le Ren, les moïstes de rechercher l'intérêt du plus grand nombre ; pour les légistes, il faut ni plus ni moins imposer la même loi à tous. En revanche un Zhuangzi (qui est le 2e maître taoïste après Laozi) ne se met pas en quête de moyens pour remédier à la situation, il se met tout simplement à l'écoute dans une attitude qu'ils appellent le non-agir". À l'écoute "d'une petite musique harmonieuse qui perce encore sous le vacarme des conflits et la cacophonie des théories et des discours, celle du Dao."

Et nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France, le 19 janvier dernier, pour le cours d’Anne cheng, aujourd’hui les « Barbares et le Dao ».

Intervenants
  • Sinologue, titulaire de la chaire « Histoire intellectuelle de la Chine » au Collège de France.
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