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Les Affranchis de Martin Scorsese

Et si le crime payait ?

43 min

Ce n’est pas la tradition de la philosophie qui en général préfère postuler qu’il est rationnel d’être juste. Et si c’était le contraire ? Et si le crime payait ? L’éloge de l’injustice porte un nouveau regard sur la philosophie. Moins sage peut-être, mais plus utile, par gros temps.

Les Affranchis de Martin Scorsese
Les Affranchis de Martin Scorsese

C’est d’injustice dont il sera question dans cette nouvelle discussion, et d’abord, au XVIIIe siècle dont Céline Spector est spécialiste. Du siècle des Lumières, sans doute, avons-nous une vision trop rigide, « comme si les Lumières étaient uniquement rationalistes, explique-t-elle. Or, la raison peut toujours recouvrir une face d’ombre. » C’est le cas de Sade : chez lui, « la figure du libertin montre que la raison philosophique peut défendre tout et n’importe quoi : c’est cela le défi et l’outrance de Sade » qui tente de retourner le rationalisme moral du XVIIIe siècle. « La nature, restée fondamentalement bonne chez les philosophes des Lumières, devient perverse chez Sade. »

Il est également question de la cruauté comme figure du mal politique. Dans L’Esprit des lois de Montesquieu par exemple, « tout s’ordonne à la figure du pire régime, du despotisme. » Mais le message politique de Montesquieu a été figé alors que sa pensée est beaucoup plus complexe. Le grand message de Montesquieu c’est l’abus de pouvoir : « Montesquieu réinvente la liberté politique. Il dit que la liberté c’est l’opinion que l’on a de sa sûreté. »

C’est la démocratie, estime Céline Spector, qui va démocratiser la cruauté. En effet, la cruauté pour Montesquieu reste le privilège du pouvoir despotique sur ses sujets. « Au XIXe siècle, puis surtout au XXe, on va voir une cruauté collatérale, une cruauté que les hommes s’administrent les uns aux autres, au-delà de cette figure du despote. » Avec la souveraineté populaire née de la Révolution puis surtout avec la Terreur, tout un chacun peut devenir cruel...

Le choix musical de Céline Spector ? Wolfgang Amadeus Mozart, Les Noces de Figaro (1796), « Air de Barberine », interprété par Janet Perry dans le rôle de Barbarina, avec le chœur et l’orchestre du Staatsoper de Vienne, direction de Herbert von Karajan, enregistrement du 10 mai 1977 au Staatsoper de Vienne (Autriche):

« Il y a dans Les Noces de Figaro quelque chose de très intéressant : le livret de Da Ponte minore la critique des privilèges féroce ou l’aspect féministe présents de manière beaucoup plus forte dans la pièce de Beaumarchais. Mais la musique réintroduit des subtilités : par exemple, quand la Comtesse et Susanne chantent d’une voix égale, il y a quelque chose de très démocratique, de très égalitaire. »

Intervenants
  • philosophe, professeure à l’UFR de Philosophie de Sorbonne Université, membre honoraire de l'Institut Universitaire de France

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