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le corps de Saddam Hussein filmé le 30 décembre 2006

La carrière post-mortem de bourreaux

44 min

Antoine Garapon reçoit Sévane Garibian, professeur de droit aux universités de Genève et Neuchâtel, spécialiste des crimes de masse.

le corps de Saddam Hussein filmé le 30 décembre 2006
le corps de Saddam Hussein filmé le 30 décembre 2006 Crédits : BILADI TV - AFP

rediffusion de l'émission du 24 novembre 2016

Que faire du corps du bourreau ? À la mort du tyran, commence pour lui une nouvelle vie, chaotique, qui ne s’arrête pas de sitôt comme en témoignent les exemples de Saddam Hussein, Mussolini, Pol Pot et tant d’autres... Même s’il a tout prévu, son corps risque à tout moment une dégradation posthume qui fait le pendant au transfert des cendres des héros au Panthéon. Même si tout dictateur aspire à une « éternité monumentale », bien peu y parviennent. Il n’y a pas de bonne mort pour ceux qui ont causé tant de mal. A.G

Notre invitée évoquera cet ouvrage dont elle a dirigé la publication et qui paraît aux éditions Pétra: La mort du bourreau, Réflexions interdisciplinaires sur le cadavre des crimes de masse". Il s"agit, nous dit-elle, de renverser notre regard de juriste, (...)il s'agit d'un sujet qui renvoie à la problématique de la mort du bourreau."

Sévane Garibian
Sévane Garibian Crédits : Corinne Amar - Radio France

Que ce soit une "mort échappatoire" ou une "mort sentence" (...); ce qui m'a frappée, c'est que les morts ne sont jamais anodines.

Que faire de ce corps? Que le corps du bourreau soit à son tour supplicié (...) - Kadhafi, souvenez-vous, en 2011 -, il s'agit de souiller, humilier, le corps du bourreau (...)

(...) et ça ne laisse pas lieu à l'existence d'un procès pénal public - pensons au procès de Nuremberg.

Le cas de la mort de Milosevic est exceptionnel [l'ancien président yougoslave Slobodan Milosevic, 64 ans, meurt le 11 février 2006, dans sa cellule du centre de détention de La Haye, alors qu' il était jugé depuis plus de quatre ans pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide]. Après des années où nous avions un Milosevic défiant constamment la justice, à 40 heures de son procès, il disparaît naturellement, comme un pied de nez rendu !

Souvent les dictateurs programment leur inhumation; Franco, Mussolini... (...) Et les corps, mais aussi les lieux (enfance, naissance...) continuent de provoquer des controverses. "Le corps est un territoire.

Ce qui caractérise le bourreau, c'est sa toute puissance : la mort du bourreau renvoie au paradoxe même du bourreau. Mon ouvrage évoque ces trois types de morts : la "mort échappatoire" ; Pol Pot, Franco, Pinochet...; la "mort vengeance"; par exemple, Kadhafi, ses tourments, ses supplices ; la "mort sentence", avec la mort comme pendaison. (...) En tant que spécialiste des crimes de masses, je travaille beaucoup sur les outils juridiques existants, mais nous, juristes, avons besoin des autres disciplines; le droit ne peut être le seul outil pour appréhender les crimes de masses.

Une musique de circonstance ? "La jeune fille et la mort" de Schubert, par le Quatuor Verdi.

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