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Dans un bureau de vote de la circonscription d'Herat, samedi

Afghanistan : des élections perdantes d'avance ?

9 min
À retrouver dans l'émission

Après un vote prolongé, environ 4 millions d'électeurs se sont exprimés sur 36 millions d'habitants. Ces législatives repoussées pendant 3 ans sont un test à bien des égards pour la légitimité des autorités de Kaboul, dans un contexte de retour en force des Talibans…

Dans un bureau de vote de la circonscription d'Herat, samedi
Dans un bureau de vote de la circonscription d'Herat, samedi Crédits : HOSHANG HASHIMI - AFP

Ce scrutin est d'abord un test de crédibilité pour l’exécutif afghan : outre les intimidations des Talibans (400 attaques diverses samedi, 300 tués), les difficultés logistiques, ont conduit la Commission Electorale Indépendante à prolonger le vote d'une journée. Paradoxalement, les machines biométriques souhaitées par les parrains européens ont ralenti la procédure (entre 10 et 15 minutes par électeur) ; et en raison de la sécurité précaire, moins de 2/3 des 400 bureaux de vote prévus dimanche ont cependant ré-ouvert. 

Il faut se méfier de certains reportages où on voit des files d'attente pour aller voter. Il y a des zones qui ont totalement échappé au vote et ce n'est pas parce qu'il y a des files d'attente dans quelques bureaux de vote à Kaboul que cela suppose une forte participation dans le pays.  Gilles Dorronsoro, professeur de science politique

La participation approcherait les 40 % des 8,9 millions d'inscrits mais il faut attendre pour avoir des chiffres plus précis. 

Sur un temps plus long, ces législatives sont aussi une étape pour rétablir la légitimité du pouvoir central : outre le mandat des députés qui a expiré depuis 2014, la légalité du gouvernement d’union issu d’une présidentielle contestée la même année est bancale. La question de la fraude sera cruciale ; mais la Commission Electorale est déjà contestée par des électeurs et certains candidats.    

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Enfin ce scrutin est aussi un test de la volonté politique des occidentaux qui le financent, alors que le rapport de force entre Coalition (OTAN) et Talibans penche depuis plusieurs mois en faveur des groupes armés, qui refuse toute solution électorale et veulent obtenir le départ des forces étrangères. 

En 2014, les fraudes ont été absolument massives et ça s'est conclu par un compromis négocié à l'ambassade des Etats-Unis. Depuis, une réforme électorale a été bloquée et on est dans une situation où les institutions chargées de garantir la neutralité de l'élection sont elles-mêmes très contestées. Presque tous les partis politiques ont déjà indiqué, par avance, qu'ils ne reconnaîtront pas le résultat.  Gilles Dorronsoro, professeur de science politique

Or Kaboul est en position de faiblesse : encerclée par des Provinces et districts Talibans (qui contrôlent 66 % du pays), et court-circuité par les Etats-Unis qui mènent des négociations directes et de moins en moins cachées avec les représentants Talibans à Doha (dernière réunion le 12 octobre). 

On a arrêté de compter les soldats morts

Si les Talibans sont en position d'interlocuteur politique privilégié, c'est en partie parce qu'ils ont démontré leur capacité d'infiltration militaire. Ils saisissent un "momentum" et font beaucoup d'efforts pour décourager les Etats-Unis. Cette année, 10 soldats américains ont déjà été tués dans ce que le vocabulaire diplomatique appelle des "attaques de l'intérieur", c'est-à-dire par des recrues afghanes. L'armée afghane a cessé de publier le bilan de ses soldats tués depuis 2017. En 2016, le nombre atteignant environ 8000 personnes, 22 par jour. Certaines sources estiment le taux de cette année à 57 tués par jour.

Les Talibans n'ont pas accepté de reconnaître la constitution afghane, ni de participer aux négociations, ni aucune des conditions que les Américains avaient posées à l'ouverture de négociations. On est dans une situation de rupture. Les Américains sont maintenant en train de négocier leur sortie, directement avec les Talibans... en court circuitant complètement le gouvernement légal de Kaboul. Et s'il y a un accord, cela va se faire sur le dos de ce gouvernement!  Gilles Dorronsoro, professeur de science politique

L'attentat qui a causé la mort du général anti-Taliban Abdul Razik à Kandahar le 17 octobre a été un coup tactique très dur, et politiquement significatif : parmi la délégation visée se trouvaient le Gouverneur de Kandahar blessé, mais également l'envoyé spécial du gouvernement américain et le nouveau Commandant en chef des forces de la coalition en Afghanistan, le général Miller qui a échappé de justesse aux balles. 

Donald Trump a rajouté des soldats US

Les Etats-Unis ont légèrement renforcé leur contingent depuis une initiative de Donald Trump en 2017 (environ 14 000 soldats sur place, 400 formateurs pour les forces spéciales afghanes), mais la plupart des observateurs y lisent une volonté de retrait futur, sous forme d'une "sortie honorable", comme l'explique ici Wassim Nasr sur France 24 : 

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L’enjeu de ces élections n’est donc pas prioritairement le résultat même si l’ouverture aux femmes (417 candidates sur 2500) est suivie de près. Les résultat provisoires ne seront d'ailleurs publiés qu'en novembre, les résultats définitifs au mieux le 23 décembre. D'ici-là, les villes de Kandahar, Ghazni, certaines provinces du Nord et de l'Est s'imposent de plus en plus comme des fiefs Talibans, certains administrés, d'autres perpétuellement disputés.

Fiche pays sur l'Afghanistan
Fiche pays sur l'Afghanistan Crédits : GAL ROMA, LAURENCE CHU - AFP
Intervenants
  • Professeur de science politique à l'Université Paris I et membre sénior de l'Institut universitaire de France, spécialiste de l’Afghanistan et de la Turquie
L'équipe
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