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Manifestation contre le gouvernement algérien le 2 avril 2021 à Alger.

Législatives en Algérie : le pouvoir a repris la main ?

11 min
À retrouver dans l'émission

Entretien avec le politiste Luis Martinez.

Manifestation contre le gouvernement algérien le 2 avril 2021 à Alger.
Manifestation contre le gouvernement algérien le 2 avril 2021 à Alger. Crédits : RYAD KRAMDI - AFP

A l’approche du scrutin le régime a encore montré qu’il ne tolérait pas les voix dissidentes, en arrêtant hier l’opposant Karim Tabbou, le journaliste El Kadi Ihsene et le vice-président de la Ligue des droits de l’homme Saïd Salih. Khaled Draréni fondateur du site Casbah Tribune, est toujours interrogé par les services de sécurité…

Les journalistes et les militants du Hirak sont désormais spécifiquement ciblés, arrêtés chez eux, et non plus simplement lors des manifestations.

Le Hirak qui n’a envoyé aucun candidat pour ces législatives, par ailleurs boycottées par l’opposition... Un an et demi après la chute de Bouteflika, l’armée continue à imposer son propre agenda.

Luis Martinez a coordonné le rapport "Quelles perspectives pour la démocratie et les droits humains en Algérie" pour le CERI-Sciences-Po.

Toute la problématique du Hirak est de trouver des relais, politiques en particulier, pour exprimer ses revendications. Le Hirak s'est interdit jusqu'à présent de se transformer en acteur politique. Il reste un acteur civil de contestation, mais puisque les partis de l'opposition historique que sont le FFS ou le RCD eux-mêmes boycottent les élections, cela prive littéralement le Hirak d d'une capacité de se faire entendre à l'intérieur des institutions.      Luis Martinez

Le Hirak est un mouvement pacifique, mais les slogans du Hirak sont assez radicaux - "dégagez tous". Que peut-on  attendre de l'armée si elle pense qu'elle va être la victime expiatoire d'un État démocratique ? Elle ne va donc jamais quitter le pouvoir ! Qu'attendre de toutes ces clientèles qui servent ce régime si elles ont le sentiment qu'elles vont être "accusées" demain dans une transition par une justice indépendante ? Etc. Il faut prendre la réalité des faits en Algérie. L'Algérie est un Etat non-indépendant depuis son indépendance, constitué d'une armée, de clientèles... Il y a peut être 2 ou 3 millions de personnes qui en profitent et qui ne sont pas prêts à partir. Toute proposition de radicalisation, qui consisterait à dire la démocratie va se faire contre ce personnel politique qui gère cet État depuis maintenant une soixantaine d'années, ne peut pas provoquer de transition. Seulement des blocages. Comme en Lybie, en Syrie et j'en passe. (...) Je pense qu'il faut rentrer dans une négociation. Il faut rentrer dans des discussions, dans des compromis. L'armée doit par exemple être discutée comme un cas à part. Il faut lui maintenir ses privilèges, ses prérogatives. En contrepartie de quoi l'armée peut accepter un accès aux institutions, à la représentation, à l'État, qui permettra progressivement de créer ce climat de confiance susceptible à une transition.     Luis Martinez

Intervenants
  • politiste et spécialiste du Maghreb et du Moyen-Orient, directeur de recherche au CERI. Ses recherches portent sur l’Etat au Maghreb, la démocratisation, l’islamisme et la rente pétrolière.
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