LE DIRECT

Arabie Séoudite. Riyad : entre la Syrie, le Yémen et l’Iran

7 min
À retrouver dans l'émission

Riyad semble être en délicatesse avec nombre de ses voisins. D’abord, Riyad semble en délicatesse avec nombre de ses voisins. 1) Avec l’Iran. Téhéran aide le régime chiite syrien et a signé un accord avec les grandes puissances sur le nucléaire militaire. 2) Avec la Syrie. L’Arabie Séoudite, souvent accusée d’avoir aidé les islamistes radicaux via des intérêts privés, a d’ailleurs été enrôlée à l’automne dernier dans la coalition contre l’État islamique. 3) Avec, le Yémen, dont elle n’arrive pas à réduire militairement la rébellion houthiste.

Allié essentiel, les États-Unis avaient demandé en 2011 à Riyad, à deux reprises et sans succès, de ne pas intervenir militairement à Bahrein avaient clairement lâché fin 2011 le président Moubarak, l’événement ayant dû retentir dans les palais du royaume représentent une concurrence (mais pour combien de temps, d’ailleurs ?) avec l’Arabie Séoudite, à cause de leur gaz et leur pétrole de schiste, dont la production est rendue plus chère par la décision séoudienne à l’été dernier d’abaisser notablement le cours du baril. Sur le plan économique interne, ce faisant, le pays se punit pourtant lui-même, malgré ses immenses réserves financières.

Enfin, des divisions semblent s’aggraver entre le prince héritier, neveu du roi et ministre de l’intérieur, et le fils du roi, ministre de la défense et chef du conseil pour les affaires économiques. Enfin, un prince a récemment dénoncé les dérives du pouvoir et a appelé à un changement de régime.

Th. G.

Salmane ben Abdelaziz Al Saoud
Salmane ben Abdelaziz Al Saoud Crédits : Reuters

En France , Nabil Mouline (chargé de recherche au CNRS, spécialiste de l’Arabie saoudite et du wahhabisme) soulève ici la question de la continuité du régime, celui-ci étant une gérontocratie d’un mode particulier. Le système de succession est adelphique : c’est un mode horizontal dans lequel plusieurs membres d’une même génération se succèdent au pouvoir les uns aux autres. Et on ne passe ensuite à la génération suivante qu’après l’épuisement de la génération précédente. L’objectif pour la monarchie est à chaque fois de trouver un candidat de compromis afin de retarder autant que possible l’échéance du changement suivant. En dépend à la fois la question de la clientèle royale, de la relation du roi avec sa famille et l’élite, des réformes à conduire et des relations internationales du pays…

Nabil Ennasri (doctorant à l’Institut d’études politiques IEP d’Aix-en-Provence) mène une thèse sur la politique étrangère du régime de Doha : il détaille la brouille de l’émirat avec l’Arabie Saoudite. Le nouveau roi s’est rapidement décidé à casser le « croissant chiite », en enrôlant avec lui une grande partie des puissances sunnites. Mais, surtout, il a pris le parti de jouer la carte de la France de François Hollande… contre les Etats-Unis de Barack Obama ! Un jeu dont la signature d’un contrat d’achat d’avions Raffale, en lieu et place des YF16 américains, a été la face la plus visible du grand public.

Et Bernard Ourcade, qui s'exprime dans un media français indépendant, met en avant l’objectif poursuivi par l’Iran dans son soutien militaire au sol : il a envoyé le général Ghassem Souleimani et son armée soutenir Bachar Al-Assad. Que veut donc l’Iran ? Tout d’abord renforcer les communautés chiites pour créer un réseau politique et militaire impérialiste puissant en mobilisant un axe chiite capable de contrer l’alliance des pays sunnites menée par le roi d’Arabie saoudite.

Au Liban , on sait trop bien à quel point l'échiquier syrien est désormais une pièce maîtresse de la stratégie saoudienne d'endiguement de l'influence iranienne dans ses efforts pour contrebalancer l’impressionnant gain politique de Téhéran en Irak, son ancien ennemi. Grâce aux informations fuitées publiées par Wikileaks, on a pu prendre connaisance des documents et des rapports faisant état de l'implication saoudienne dans le soutien direct de plusieurs groupes terroristes sunnites sur le territoire syrien.

En Syrie , la Coalition Nationale Syrienne relaye le message saoudien qui presse l'Iran de changer sa politique dans la région, prévenant que Ryad n’hésitera pas à user de « toute sa puissance » pour contrer ce pays qu'il a dénoncé comme un « Etat colonisateur » en Syrie. Le royaume saoudien a profité d’une conférence de presse en présence du ministre allemand Frank-Walter Steinmeier pour sommer la République islamique de « retirer (ses hommes) de la Syrie, de cesser de fournir des armes au régime de Bachar Al Assad et de retirer les milices chiites, comme celles du Hezbollah (libanais) qu'elle a déployées en Syrie ». Sinon, « il est difficile que (l'Iran) puisse jouer un rôle » dans un règlement de la crise syrienne

En Iran , la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Mme Marziyeh Afkham, pense que l’Arabie saoudite est actuellement le seul pays de la région qui s’attache d’une manière illogique et irresponsable à une approche gagnant-perdant, pour éliminer les autres parties prenantes des équations régionales. Pour elle, « cette approche est contreproductive et dangereuse. Elle prouve une mauvaise compréhension par les dirigeants inexpérimentés de Riyad, qui se font des illusions à propos de leur statut et de leur poids politiques et stratégique. Il est possible que chaque jour la vente de plusieurs millions de barils de brut, à un prix bon marché, permette aux dirigeants saoudiens de retarder les choses, mais il est sûr et certain qu’ils ont commencé là un jeu politique, et même économique, dont ils seront eux-mêmes le grand perdant. »

En Russie , on rappelle que, dès le début de la guerre de Syrie en 2011, un accord tacite a été mis en place entre les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne avec la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar. En se demandant, littéralement, si les sponsors de la nébuleuse islamiste n'auraient pas ajourd'hui fini par perdre le contrôle du monstre qu'ils ont créé?

Et justement, au Qatar , Chafiq Al-Ghabra, professeur en sciences politiques et analyste politique koweïtien, a redit toute son inquiétude pour l'avenir de la position régionale de l’Arabie Saoudite. Selon lui, elle risque d’abord l’enlisement dans la guerre qu’elle mène au Yémen. Mais elle y paie aussi le prix de sa politique passée et de son refus des dynamiques générées par les secousses des printemps arabes...

Intervenants
  • chercheur au sein de la chaire d’excellence Moyen-Orient Méditerranée de l’Ecole normale supérieure, et enseignant à Sciences Po Paris
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
Réalisation
À venir dans ... secondes ...par......