LE DIRECT
Theresa May plaide pour son plan "de Chequers" au sommet européen de Bruxelles, le 18 octobre

Brexit : que négocie-t-on encore ?

10 min
À retrouver dans l'émission

Toujours pas d’accord en vue après le sommet européen consacré au Brexit mercredi. De réunion en réunion, le même blocage se répète entre les 27 et le Royaume Uni. Cette fois, Theresa May sauve la face, mais ses options s'épuisent.

Theresa May plaide pour son plan "de Chequers" au sommet européen de Bruxelles, le 18 octobre
Theresa May plaide pour son plan "de Chequers" au sommet européen de Bruxelles, le 18 octobre Crédits : Ben STANSALL - AFP

On ne peut pas découper le marché unique : en avoir certains avantages et ne pas en avoir les contraintes. Theresa May s'est trouvée humiliée quand on leur a dit "et bien non, ce n'est pas possible". La presse britannique ne regarde que son nombril mais, plus grave encore, les élites britanniques ne comprennent pas bien la logique qui est derrière la position des Européens.  Pauline Schnapper , professeure à la Sorbonne Nouvelle

Nouveau sommet et nouveau rejet du plan de Theresa May. Après « l’humiliation » (titre le Daily Mail) du sommet de Salzbourg, le ton était cette fois plus cordial mais le résultat est le même : la possibilité d’un "No-Deal" devient plus forte… 

« Dites adieu à une percée sur le Brexit », raille le Herald. La stratégie lancée par Theresa May en juillet perd de sa vigueur : le plan « de Chequers » élaboré dans la douleur (deux ministres ont démissionné juste avant) pour contourner le rétablissement d’une frontière avec l’Irlande bute sur le refus de l’UE. Les deux positions sont en droit inconciliables : l'Union Européenne veut sauvegarder l’intégrité du Marché Commun, le Royaume-Uni craint plus que tout un démantèlement de sa propre union politique.  

On sent que Theresa Maya a l 'espoir d'un accord de toute dernière minute, de façon tellement tardive pour qu'elle puisse dire à son parti : "écoutez, c est ça ou rien, il est trop tard pour discuter... maintenant, c'est l'accord ou le chaos."  Dans cette situation de panique, elle pourrait obtenir une majorité, non pas à l'intérieur de son parti, mais auprès de députés travaillistes qui se diraient "c'est la moins mauvaise solution".   Pauline Schnapper , professeure à la Sorbonne Nouvelle

L’hypothèse d’un sommet final en novembre s’éloigne, un Brexit hard devient plus probable, son potentiel de crise plus perceptible : la crédibilité de Theresa May, l’inquiétude des milieux financiers, la stabilité politique du pays et son intégrité à plus long terme, avec le scénario-catastrophe d'une radicalisation des indépendantistes et unionistes en Irlande du Nord et en Ecosse… 

Pour l’instant les négociations tiennent ces risques à distance, jusqu'à décembre, limite fixée par Michel Barnier pour conclure et laisser le temps aux ratifications par les parlements avant le 29 mars. La première ministre se montre en début de semaine confiante en évoquant « un accord bénéfique non seulement aux intérêts du Royaume-Uni, mais aussi de l’Union Européenne ».  

Mais un accord sur un divorce comprenant les frais de divorce et les bénéfices mutuels à long terme du divorce semble une équation impossible… Désormais, selon la professeure à la Sorbonne Pauline Schnapper, Theresa May acculée pourrait attendre le dernier moment pour imposer une solution, jouer sur l'urgence pour  rendre sa proposition inévitable. Le pari est risqué. S’il n’y a rien à gagner, ne s’agit-il pas surtout de limiter les dégâts? 

.

Carte et données sur la frontière entre l'Irlande et l'Irlande du Nord
Carte et données sur la frontière entre l'Irlande et l'Irlande du Nord Crédits : LAURENCE SAUBADU, JONATHAN WALTER - AFP

Sorbonne Nouvelle - Recherche @RechercheParis3

Intervenants
  • Professeure de civilisation britannique à l’université Sorbonne Nouvelle
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
Réalisation
À venir dans ... secondes ...par......