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Le sultan Hassanal Bolkiah et la reine Saleha du Bruneï pendant une procession marquant son jubilé d'or d'accession au trône le 5 octobre 2017 à Bandar Seri Begawan

Sultanat de Brunei, homosexualité et adultère : les châtiments islamiques, une manœuvre politique?

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Avec l'entrée en vigueur de peines de mort pour l'homosexualité et de mutilation pour le vol, Brunei est le premier Etat d'Asie du Sud-Est à adopter un code pénal islamique. Malgré les condamnations occidentales, le Sultan souverain affirme "renforcer l'enseignement de l'Islam" : dans quel but?

Le sultan Hassanal Bolkiah et la reine Saleha du Bruneï pendant une procession marquant son jubilé d'or d'accession au trône le 5 octobre 2017 à Bandar Seri Begawan
Le sultan Hassanal Bolkiah et la reine Saleha du Bruneï pendant une procession marquant son jubilé d'or d'accession au trône le 5 octobre 2017 à Bandar Seri Begawan Crédits : ROSLAN RAHMAN / AFP - AFP

C'est une épée de Damoclès qui plane au-dessus des têtes des sujets musulmans et non musulmans du Brunei. Le sultan Hassanal Bolkiah a instauré dans son nouveau code pénal les coups de fouet pour les délinquants, les amputations pour les voleurs et la lapidation pour les homosexuels et adultérins. Une nouvelle étape dans l'application de la loi islamique dans le petit Etat d'Asie du Sud-Est. Et une consternation internationale qui dénonce vivement la cruauté et la barbarie de cette législation.

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Le Brunei, un pays très conservateur mais pas vraiment draconien ?

"Je veux voir les enseignements de l'islam dans ce pays se renforcer" a déclaré le sultan brunéien ce mercredi 3 avril. Depuis qu'il a voulu imposer la charia en plusieurs étapes en 2013,  Hassanal Bolkiah s'illustre comme un leader islamique qui a seulement réagi aux protestations de la communauté internationale en repoussant à 6 ans l'entrée en vigueur des mesures pénales les plus sévères. 

Les manquements à la prière du vendredi ou les grossesses hors mariage ont été les premiers motifs justifiant l'application d'amendes et de peines de prison. Jusqu'à aujourd'hui, les relations sexuelles entre hommes étaient punies d'une peine maximale de dix ans de prison. Les rapports sexuels entre femmes sont dorénavant passibles de flagellation et d'une peine de 10 ans de prison.

Pourtant, la théorie ne va pas forcément être liée à la pratique : les modalités de mise en oeuvre restent incertaines. Deux conditions doivent être réunies pour que la justice choisisse la lapidation comme sentence : un accusé doit soit avouer son crime, soit l'avoir commis devant au moins quatre témoins. 

Cette loi va être très difficilement applicable d'autant que pour l'instant il n'y a pas de jurisprudence au Bruneï, elle est considérée comme un outil pour forcer les Brunéiens musulmans à vivre de manière la plus conforme à l'islam et pour imposer au reste de la société un type de comportement correct. Marie-Sybille de Vienne

Par ailleurs, si le code pénal s'applique aussi bien aux musulmans qu'aux non musulmans, la confusion sur l'application de la loi règne malgré la visée draconienne de la politique du sultan brunéien. En 2014, comme le souligne le Time magazine, lors de la mise en oeuvre de la charia, les autorités ont rapidement essayé de réprimer la montée de la rancœur en insistant sur le fait que les non-musulmans seraient exemptés.

Aucun mouvement d'opposition et aucune ONG indépendante ne sont autorisés dans cet Etat pétrolier mais l'autocensure n'est plus de mise sur les réseaux sociaux, où la population locale critique fortement Hassanal Bolkiah, quitte à attirer les foudres de ce dernier. 

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Selon le dernier communiqué du sultan, Premier ministre du Bruneï entre autres, les deux régimes civil et musulman fonctionneront encore en parallèle. Mais l'islamisation de la société va fragiliser davantage le régime des non-musulmans.

Actuellement, l'âge médian de la population brunéienne est de 30 ans et le pays connaît le plus fort taux de chômage de jeunes en Asie du Sud-Est : plus de 28% d'entre eux sont concernés et cela ne risque pas de s'améliorer avec une croissance qui évolue entre 0,5 et 1,3%.

A cela s'ajoute le resserrement identitaire du sultanat via l'interdiction de fêtes catholiques et bouddhiques. Cela laisserait entendre que le Bruneï est en train de devenir l'Arabie saoudite de l'Asie du Sud-Est en s'appuyant essentiellement sur la légitimité religieuse pour contrer l'affaiblissement de son économie et surtout l'érosion possible du soutien des Brunéiens.

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