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La "caravane des migrants", lors de son passage sur la route entre Ciudad Hidalgo et Tapachula, dans l'état mexicain du Chiapas

Caravanes migratoires : quel est l'objectif ?

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Près de 3000 km à parcourir à pied pour la plupart : la caravane de migrants d’Amérique Centrale remonte lentement vers la frontière avec les Etats-Unis. Parties le 13 octobre ces plus de 7000 personnes fuient la violence et la pauvreté, et posent un défi nouveau aux autorités régionales.

La "caravane des migrants", lors de son passage sur la route entre Ciudad Hidalgo et Tapachula, dans l'état mexicain du Chiapas
La "caravane des migrants", lors de son passage sur la route entre Ciudad Hidalgo et Tapachula, dans l'état mexicain du Chiapas Crédits : PEDRO PARDO - AFP

25 miles, 40 km par jour : c'est le rythme de progression de la caravane de migrants depuis qu'elle est entrée au Mexique le 20 octobre, une semaine après être partie du Honduras. Ces plus de 7000 personnes (dont 1500 enfants) ont toujours pour objectif déclaré la frontière avec les Etats-Unis. Tous n'y parviendront sans doute pas, mais avant d'être un bras de fer migratoire, le phénomène témoigne d'une situation devenue difficilement vivable pour les populations pauvres d'Amérique Centrale.  « Ils ne courent pas après le rêve américain, ils fuient le cauchemar Hondurien » : déclarait un député d’opposition cette semaine.  

Le phénommène des bandes (qui participent à cette caravane) vient des Etats-Unis : ce sont des enfants des mirgants qui ont été renvoyés au Honduras ou au Guatemala ou au Salvador, alors qu'ils n'y avaient jamais vécu, et qui ont exporté le modèle des bandes états-uniennes.  Hélène Roux, spécialiste de l'Amérique Centrale.

Cette caravane est un triple défi : celui de la sécurité pour les migrants qui progressent lentement, mais à l'abri des réseaux criminels. Des massacres dramatiques dans le Nord du Mexique en 2010 et 2011 avaient révélé de manière particulièrement sordide la dangerosité du trajet pour les centre-américains. 

En voyageant groupés et de manière visible, les migrants centre-américains posent aussi un défi à la politique de fermeté du président Trump en pleine campagne électorale, qui accuse la caravane de vouloir affaiblir la législation américaine et a annoncé l'envoi de 800 soldats en renfort à la frontière. 

A plus grande échelle, le défi est diplomatique : l’affaire tourne à l’épreuve de force entre Washington et les pays d’Amériques Centrale auxquels le président Trump menace de couper des millions de dollars d'aide financière. Aucun chiffre n'a été évoqué, l'aide cumulée pour les trois pays de départ - Honduras, Salvador et Guatemala - atteignait 181 millions de dollars en 2017, déjà en baisse de 40 % par rapport à 2016. 

Dans ce "Triangle du Nord", la plupart de plus de 30 millions d'habitants font face une pauvreté et une violence endémique (dont la violence politique comme au Honduras), les trois pays affichent les taux d’homicide les plus importants au monde : 43 pour 1000 habitants officiellement Honduras. 

Tout va dépendre de la confrontation qui va avoir lieu quand ils vont arriver à la frontière américaine. Le nouveau président mexicain va prendre ses fonctions le 1er décembre et, dans la tradition mexicaine, le gouvernement sortant se fout un peu de ce qui va se passer après...  Hélène Roux, spécialiste de l'Amérique Centrale.

Donald Trump joue sur l'aide américaine pour demander ouvertement une contrepartie policière de la part du Triangle du Nord, dont certains jouent depuis longtemps un rôle plus ou moins assumé dans la rétention des flux migratoires en direction du Nord. 

C'est donc un test des affiliations politiques : en suggérant que le Venezuela et l'opposition sont à l'origine d'une manœuvre déstabilisatrice, le président hondurien Hernandez laisse derrière lui une année de contestation politique de son propre mandat, fortifie les accusations de Donald Trump contre une caravane qu'il estime à but politique.  

Le Mexique, dernier pays de transit avant les Etats-Unis, est également sous forte pression politique. Cette semaine plusieurs figures ont dénoncé une situation dans laquelle le Mexique est contraint de "faire le sale boulot pour les Etats-Unis" comme le déclarait l'ancien ministre des affaires étrangères Jorge Castaneda.  Le futur président Obrador qui prendra ses fonctions en décembre est attendu au tournant par Washington : au lendemain de son élection dès le 2 juillet, il avait appelé Donald Trump en l'assurant qu'il réduirait les migrations à la frontière. 

Ces « migrations groupées » ne sont pas les premières, elles permettent d’échapper aux réseaux criminels, et déjà au printemps une première caravane avait été organisée, un peu plus de 120 personnes avaient pu déposer une demande d'asile à Tijuana ,; mais le déficit de la réponse des gouvernements a donné à la situation une ampleur inédite et une portée politique nouvelle. En 2014 pour la première fois nombre de migrants du « Triangle du Nord » avait dépassé celui des mexicains.  

Intervenants
  • chercheure associée à l’Université Paris 1 et journaliste.
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