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Défense. Comment l’utilisation de l'armée dans les crises extérieures peut-elle être contre-productive ?

9 min
À retrouver dans l'émission

Les causes et les modalités des guerres et conflits armés ont notablement changé depuis la chute du mur de Berlin. En dehors des guerres de Yougoslavie et d’ex-Yougoslavie, on notera la multiplication des guerres de coalition sous mandat ONU ou sans mandat ONU la multiplication des guerres civiles en Afrique sub-saharienne la multiplication des opérations de maintien de la paix ONU la diversification des actions extérieures, par exemple en Afrique noire.

Le savoir-faire militaire est soumis à rude épreuve, mais les buts politiques ne sont pas toujours très clairs, quand ils sont affichés. Dès lors, y a-t-il une « sur-utilisation » de la force armée, laquelle atteint vite les limites de son efficacité si la finalité politique de telles actions en vient à se perdre dans les sables ?

Th. G.

A British Tornado jet prepares to takeoff at the RAF Akrotiri in Cyprus
A British Tornado jet prepares to takeoff at the RAF Akrotiri in Cyprus Crédits : Reuters

En Russie , le think thank Russkaya planeta s’est plongé dans l’examen approfondi du puissant complexe militaro-industriel français. Ses experts en tirent le constat que les ambitions géopolitiques des gouvernements qui s'y succèdent dépassent de façon significative leurs possibilités militaires. Il n’empêche que, si la France est géographiquement un pays continental, elle maintient son équipement militaire au niveau d'une puissance océanique, développant très activement à la fois son aviation et sa flotte.

On y comptabilise également qu'en 2015, les dépenses militaires de la Chine dépasseront le montant des budgets de la Grande-Bretagne, de la France et de l'Allemagne réunies, mais que ces chiffres pourtant imposants ne semblent pas préoccuper les trois grands pays européens : jusqu'à présent l'armée chinoise s'est surtout mobilisée militairement à l'intérieur du territoire.

En France , un site spécialisé a compilé, de façon détaillée et exhaustive, toutes les forces militaires qui, un peu partout dans le monde, sont en opération dans des pays étrangers. Cela va de l’armée irlandaise à l’armée belge, en passant par les forces italiennes, polonaises, allemandes, russes, suédoises, suisses, autrichiennes, portugaises, néerlandaises, pakistanaises ou… singapouriennes.

L’inventaire de la puissance militaire française est, quant à lui, résumé dans une courte vidéo de 2’ de la télévision publique nationale. Le pays compte, en ce moment même, plusieurs milliers de soldats à l'étranger, répartis entre les opérations extérieures d'une part, et les "forces de présence" permanentes de l'autre.

Et le gouvernement publie une carte des opérations de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) , qui exprime les engagements français dans le cadre des interventions européennes un peu partout dans le monde

En France également, le professeur Bernard Badie répond aux questions du site de l'IRIS, à propos de l’ouvrage qu’il a publié cette année, « Un monde de souffrances. Ambivalence de la mondialisation ». Deux questions essentielles sont soulevées dans cette vidéo de 6’30" : les interventions occidentales en Irak, en Afghanistan ou en Centrafrique de ces dernières années ont-elles, ou non, court-circuité le principe même du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ? Et puis, la puissance est-elle damnée à punir plutôt qu’à résoudre ?

Docteur en droit et Officier de réserve dans la Marine française, Eric Pourcel conteste juridiquement ceprincipe de l’ingérence humanitaire. Pour lui, il s’agit non d’un principe, mais d’une revendication politique qui connait une situation complexe : non reconnue comme principe juridique international, elle est pourtant motivée de manière cohérente par la violation de principes d’humanité traduits en droit positif, le droit international humanitaire dont elle prétend, in fine, assurer l’effectivité.

Historien, chercheur au CNRS et membre du Groupe de sociologie des religions et de la laïcité (GSRL), Pierre-Jean Luizard constatait, au printemps dernier déjà, qu'après un an de combats menés par une très puissante coalition de 60 pays contre l’Etat islamique, pourtant qualifié de simple groupe terroriste, personne n'était parvenu à le faire véritablement reculer sur le terrain et à libérer les territoires illégalement conquis. Du coup, il se demande tout de go : ça changerait quoi si les Occidentaux ne faisaient plus rien contre l’Etat islamique ?

Au Canada , on se souvient que l'ancien président américain Richard Nixon avait «menti» en 1972 sur l'impact réel des bombardements que les Etats-Unis menaient au Vietnam. «Les résultats ont été très, très efficaces», avait-il alors affirmé sur la chaîne CBS, dans l'espoir de faire croître ses chances de réélection.

C’est, au final, de Grande-Bretagne que nous vient une interrogation fondamentale. L’écrivain et journaliste britannique Nafeez Ahmed, également directeur de lInstitute for Policy Research and Development de Brighton, a pu constater que les installations pétrolières de l’Etat islamique ont certes été visées, mais n’ont en fait pas été détruites par les raids de la coalition. Il craint maintenant que le combat actuellement mené dans les airs contre différentes forces en présence sur le territoire syrien, sous couvert d’ingérence humanitaire, ne soit subitement devenu un terrible affrontement entre les grands empires militaires de la planète, dans lequel les seules victimes ne seraient au final que… les habitants de la Syrie !

Intervenants
  • Directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS)
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