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Économie internationale. Les pays émergents, une notion valise de plus en plus complexe ?

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La notion d’émergence économique a désormais acquis une certaine ancienneté. Mais sa définition est moins simple à donner, tant les contextes économiques évoluent et le statut de ces États peut être réévalué ou dévalué en fonction de paramètres souvent non prévisibles. De fait, on a pu parler des "émergents" comme d’une expression valise. Aujourd'hui, personne ne met plus sur le même plan l’Afrique du Sud et la Turquie, l’Éthiopie et le Mexique, etc. De nouveaux acronymes ont d’ailleurs été lancés, pour réunir certains d’entre eux (CIVETS, BENIVM…). De plus, la crise économique mondialisée depuis 2008 a pu sérieusement malmener leur croissance.

Enfin, les critères retenus pour consacrer une émergence ne sont pas toujours les mêmes, d’un spécialiste à l’autre (croissance durable, marché intérieur, classes moyennes, investissements…).

Dans ce contexte, comment revoir la notion d’émergence et quels seront les prochains émergents ?

Th. G.

real GDP, exchange rate, interest rates and inflation for the BRICS countries since 2007
real GDP, exchange rate, interest rates and inflation for the BRICS countries since 2007 Crédits : Reuters

Entre 2009 et 2014, les quinze plus gros pays émergents ont connu une croissance cumulée de 48% de leur économie, contre une expansion de seulement 6% pour les pays du G20. Aujourd’hui, les pays émergents restent sensibles à l’action des banques centrales des pays développés et notamment de la Fed, qui devrait prochainement relever ses taux d’intérêts, a priori dans les prochains mois. L’environnement de baisse du cours des matières premières complique encore plus la situation économique de nombreux pays exportateurs (Indonésie, Brésil, Russie, Afrique du Sud) mais en favorise d’autres (Inde).

L'établissement financier Goldman Sachs vient d'ailleurs de fermer le mois dernier, dans une discrétion absolue, son fonds d'investissement anciennement dédié aux Brics : les actifs avaient fondu de...88 % en seulement 5 ans !

Et, depuis 2011, tous les membres du Brics – à part la Chine – subissent une érosion irrésistible de leur commerce extérieur avec, à chaque fois, des conséquences dramatiques, puisque seuls les revenus générés par leurs exportations sont en mesure d'aider ces pays à se développer, à se doter d'une industrie digne de ce nom et à constituer des réserves monétaires vitales.

Les marchés émergents suscitent désormais une véritable défiance aux grands investisseurs internationaux, suite aux suspicions concernant la santé de la seule économie chinoise. La diminution des cours des matières premières ajoute une difficulté supplémentaire pour de nombreuses économies émergentes, qui tirent souvent de leurs activités d’extraction une grande partie de leurs ressources.

La dynamique actuelle de croissance reste bien favorable aux pays développés plutôt qu’aux pays émergents : aux Etats-Unis comme en zone euro, le taux de croissance du PIB devrait se situer au-dessus de la croissance potentielle. La faiblesse du prix du baril, le ralentissement du commerce mondial et les difficultés structurelles vont continuer à pénaliser les pays émergents en 2016 alors que les pays développés profitent de cette baisse des cours du pétrole, de la hausse de la consommation et de la poursuite des politiques monétaires accommodantes par le biais de... leurs propres banques centrales !

Enfin, on commence à constater des évolutions importantes de comportements sociaux tout nouvellemment apparus dans les pays émergents. C'est ainsi que, par exemple, 92% des web acheteurs se disent influencés par les réseaux sociaux dans le cadre de leurs achats de produits en ligne, alors qu'ils sont moins de 50% dans ce cas dans les pays occidentaux.

En Chine et en Inde, plus de 85% des web acheteurs ont réalisé au moins un de leur achat sur leur smartphone au cours des 12 derniers mois, et à peine 10% sur leur ordinateur. En Turquie et en Thaïlande, ils sont près de 75% à utilsier leur smartphone. Au Brésil et en Afrique du Sud, ils sont plus de 60%.

L'une des explications est le fait que la grande majorité (81%) des personnes, dans les pays émergents, qui aiment interagir avec leurs marques préférées sur les réseaux sociaux respectent et apprécient plus ces marques, suite à ces interactions. Alors qu'ils sont seulement 47% dans ce cas dans les pays occidentaux, plus habitués à la consommation effrenée.

Intervenants
  • Economiste, maître de conférences à Sciences Po et membre de la Fondapol
L'équipe
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