LE DIRECT

Égypte. Le Sinaï, nouvelle zone de non-droit

8 min
À retrouver dans l'émission

Géopolitiquement, la péninsule du Sinaï, désertique mais riche (manganèse, pétrole), terre de passage habituelle des armées israélienne et égyptienne, est un « entre-deux ».
Cet espace intermédiaire (l’équivalent de six départements français, sommet à 2 600 m) a des façades maritimes prestigieuses : Méditerranée, canal et golfe de Suez, mer Rouge, golfe d’Aquaba. On vient de trouver de considérables réserves de gaz en Méditerranée, versant égyptien.

Le Sinaï a été victime des guerres israélo-arabes, du conflit israélo-palestinien (la bande de Gaza et Israël sont frontaliers) et est confronté à l’essor des mouvements islamistes radicaux. Quelque 400 000 Égyptiens y vivent !

Peu traité en tant que tel par les médias, le Sinaï est de plus en plus dépendant de l’islamisme, de la politique répressive de l’Égypte et d’Israël, finalement du désordre provoqué à la fois par les États, par les bandes armées et par le terrorisme.

Two Nigerian men sit in a border area north of Sinai near Israel as they wait to be smuggled into Israel
Two Nigerian men sit in a border area north of Sinai near Israel as they wait to be smuggled into Israel Crédits : Reuters

Ismaïl Alexandrani, un journaliste égyptien basé au Caire et grand spécialiste de la question du Sinaï, résume ici la chronologie des événements subis depuis 2011 par les populations installées dans le désert et recadre le contexte géopolitique global de la région depuis 1948

A Paris, l’IRIS nous donne le point de vue de Didier Billion : pourquoi l’Egypte a-t-elle en quelque sorte délaissé la péninsule du Sinaï depuis tant d’années ? Et peut-on craindre que la présence d’un groupe affilié à l’État islamique dans une zone aussi sensible que le Sinaï ait des répercussions plus larges dans la région ?

A l’Institut Français de Géopolitique (IFG), Ivan SANDexplique pourquoi, récemment qualifié par certains analystes de « nouvel Afghanistan du djihadisme international », le Sinaï est avant tout au cœur d’enjeux locaux dans lesquels ses voisins palestiniens et israéliens ont un rôle de premier ordre à jouer.

Et l’association Human Rights Watch publie un rapport qui dénonce les trafiquants qui ont enlevé, torturé et tué des centaines de réfugiés, pour la plupart érythréens, dans la péninsule égyptienne du Sinaï, uniquement à des fins de chantage financier sur leurs familles restées au pays

L’Observatoire du Moyen-Orient MEMRI donne la parole à l’écrivain égyptien Ali Salem. Il est convaincu qu’Israël n’a absolument pas l’intention d’occuper le Sinaï et que la coopération entre les peuples égyptien et israélien profitera finalement à la région. Le Sinaï est une terre égyptienne qui abrite une population égyptienne, ce qui explique que toutes les lois égyptiennes y sont en vigueur.

Ramzy Baroud est doctorant à l’université d’Exeter, journaliste international qui dirige le site PalestineChronicle.com et est aussi responsable du site d’informations Middle East Eye. Il se révolte contre ce qui se passe dans le Sinaï depuis un an. Certains y ont vu un nettoyage ethnique au nom de la lutte anti-terroriste du gouvernement égyptien. Des milliers de familles sédentarisées dans le désert ont été forcées d’évacuer leurs maisons pour les voir exploser en pleine nuit, et le ressentiment n’a donc pas cessé de croître. Un habitant du Sinaï, Abou Mousallam, résume l’attitude de son peuple devant la violence du gouvernement : « Ils ont bombardé la maison, nous avons construit une cabane. Ils ont brûlé la cabane nous en avons construit une autre. Ils tuent, nous donnons la vie ».

Comment sécuriser le Sinaï et combattre le terrorisme ? « Les Sinawis ont accepté l’évacua­tion volontairement, donnant la priorité à la sécurité nationale. Ils sont conscients du danger et savent que le régime actuel a la volonté politique de mettre un terme à des décennies de persécution et de dis­crimination que les bédouins ont endurées. Pour la première fois depuis des décennies, les bédouins ont pu finalement posséder des ter­rains, s’inscrire à des facultés qui leur étaient interdites », raconte le cheikh Abdallah Gahama, chef de la tribu Al-Tarabine située au Nord du Sinaï.

En Israël, on se demande plus spécifiquement quand l’Occident – et l’Amérique – comprendront enfin que la prolongation d’un conflit sanglant au Sinaï ne peut qu’avoir un effet déstabilisateur sur tous les pays de la région, menaçant non seulement Israël et l’Europe, qui a déjà subi de plein fouet les effets de cette tension, mais encore les Etats-Unis…

En Suisse, patrie historique des organisations humanitaires, on explique pourquoi l’armée égyptienne n’ose plus s’aventurer dans certaines régions de la péninsule du Sinaï frontalière avec Israël : le groupe terroriste Ansar Beit al-Maqdis, qui s’est rallié depuis plusieurs mois à l’enseigne de l’Etat islamique, fait régner quotidiennement la terreur et la cruauté.

Comment expliquer une telle flambée de violence dans cet espace géographique bien particulier qu’est la péninsule du Sinaï ? Les réseaux de contrebande du Sinaï pénètrent dans la bande de Gaza grâce à un système de tunnels, qui permettent notamment d’alimenter en biens de consommation courante une population gazaouie soumise aux restrictions israéliennes et égyptiennes. Ils fournissent également une aide logistique précieuse aux groupes militants de Gaza impliqués dans la lutte contre l’Etat hébreu.

L'institut IRIN, spécialisé en analyses humanitaires, rapporte les paroles deMossad Abu Fajr, un cheikh bédouin et activiste de la ville égyptienne frontalière de Rafah : « les habitants du Sinaï sont devenus des terroristes dans l'imaginaire populaire ». Et Nicolas Pelham, spécialiste du Sinaï dans un rapport de 2012 publié par Chatam House, un groupe de réflexion londonien, rappelle que « à cause de multiples facteurs internes et externes qui ont détérioré ses relations avec le pouvoir central, la population autochtone du Sinaï voyait pourtant le départ du président Moubarak en 2011 comme l'occasion de se débarrasser du joug de la police et de prôner un renforcement de l'autonomie communautaire ». Leurs espoirs ont été totalement déçus par la suite de l’histoire...

Intervenants
  • Directeur académique de l'Institut Fondation méditerranéenne d'études stratégiques (FMES)
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......