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Émigration : La logique allemande d’accueil massif

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Que l’Allemagne accueille des vagues massives d’émigrants n’est pas nouveau. Mais, depuis peu, elle le fait d’une façon déterminée et souhaite entraîner avec elle d’autres pays européens, par une politique des quotas. Déjà, elle avait ouvert ses portes d’une part aux ex-Yougoslaves dans la décennie 90 et d’autre part aux Italiens lors de la période la plus dure de la crise économique (décennie 2000).

Elle célèbre les valeurs universelles européennes (l’universalité étant pourtant une spécialité française !), mais elle trouve à cette nouvelle situation un certain nombre d’intérêts : repeuplement, rajeunissement de la population, apport de personnes éduquées et formées, financement des retraites, etc.

D’ailleurs, dès la période Schröder, elle avait réformé son droit du sang (acquisition de la nationalité), au profit de beaucoup plus de droit du sol (à la française).

A migrant holds a portrait of German Chancellor Angela Merkel after arriving to the main railway station in Munich
A migrant holds a portrait of German Chancellor Angela Merkel after arriving to the main railway station in Munich

En Allemagne, depuis plus d’un mois déjà, c’est la presse toute entière, de gauche, du centre et de droite, qui se mobilise à chaque édition sur ce dossier de l’afflux des personnes qui fuient la guère et la misère. La version en langue anglaise de l’hebdomadaire Der Spiegel fournit ainsi à lui seul un ensemble de reportages et de diaporamas très riches prenant en considération tous les angles d’approche du processus.

L'Allemagne est la première destination des milliers de Syriens, Afghans, Érythréens qui arrivent en Europe, et l'objectif numéro un des Kosovars et Albanais qui quittent leur pays.

Pour faire écho à la décision allemande de réinstitution du contrôle à ses frontières, voici 10 dates qui ont marqué l'Histoire des accords de Schengen : via GIPHY

De plus en plus, les candidats à l'asile sont considérés comme une manne précieuse pour les entreprises qui se développent tandis qu’elles manquent de relève.

La semaine dernière, on a vu des groupes de Syriens criant « Merkel ! Merkel ! » en Hongrie. Mais en Afrique aussi, on considère qu’Angela Merkel pourrait bien, au profit de cette crise migratoire, se transformer en Mère Teresa de l'Europe.

De plus en plus, on entend en France des voix narquoises qui prétendent que l’Allemagne accueillerait des réfugiés par seul intérêt économique. Tous ces réfugiés n’en sont pas moins, d’une part accueillis en masse, d’autre part aussi sont-ils bien accueillis !

Mais la numéro 3 du gouvernement français, Ségolène Royal dit «bravo à Angela Merkel». Elle a salué la décision de la chancelière allemande d'accueillir des réfugiés et profité de l'occasion pour critiquer l'opposition.

Pour se faire une idée encore plus globalisée, le site allemand eurotopics vous propose une revue de presse multinationale traduite en langue française : qu’en dit-on de la Russie à la Belgique, de l’Estonie aux Etats-Unis, de la Slovaquie à la Turquie, de la Croatie à l’Espagne… ?

En Tchéquie , ce pays qui n’a historiquement jamais été une terre d’immigration et n’a reçu que quelques centaines de demandes d’asile depuis le début de l’année, on regrette d’être régulièrement critiqué pour son manque de volonté. Mais on insiste sur le fait que ce pays, lui, a voulu falciliter le passage des réfugiés syriens qui se dirigeaient tous vers l’Allemagne.

Evidemment, le groupe de Visegrád, qui comprend la République tchèque, la Slovaquie, la Hongrie et la Pologne , a totalement rejeté l'idée de quotas obligatoires pour l'accueil des réfugiés. Il n'est toutefois pas en faveur de la fermeture des frontières internes dans l'espace Schengen, et souligne que leur fermeture serait un échec cuisant pour la politique européenne.

Au Liban , Fabrizio Carboni dirige la Croix Rouge locale. Il pousse un cri d’alarme sur la situation dramatique des réfugiés syriens, dans une interview en langue anglaise : près d’un million et demi d’étrangers manquent de tout, dans un pays de seulement quatre millions de Libanais.

Au Danemark on s’occupe activement de dissuader les Syriens de quitter le Liban pour rejoindre Copenhague. Le gouvernement a acheté des espaces publicitaires dans quatre journaux au Liban, trois en langue arabe et un en anglais, pour avertir les candidats à l'émigration qu'il avait durci les conditions d'installation sur son territoire. C’est également ce que rapporte le site de la BBC, qui rappelle aussi que la population immigrée représente déjà actuellement 12% des habitants du pays.

Aux Etats-Unis, la distance sur les événements européens les incite à recadrer la tragédie vécue ici dans une perspective encore bien plus dramatique de ce que le futur réserve aux population du Proche Orient.

Au Maghreb, directement touché par l’afflux des migrants africains et l’expansion fulgurante de l’Etat Islamique sur la Libye et le Sahel,on n’oublie pas que ce sont près de 30.000 personnes quiauraient trouvé la mort en mer en essayant de rejoindre l’Europe.

Et on se demande, à mi-mots, ce que pourrait bien faire le Maroc pour se sortir sans trop de dégât médiatique sur leur façon de traiter les populations africaines qui veulent transiter par Tanger ? Des membres de la société civile s’activent pour appeler le gouvernement marocain à suivre le même élan de solidarité que celui de l’Allemagne.

Intervenants
  • Secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) de l'Ifri (Institut Français des Relations Internationales) et professeur à la Sorbonne.
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