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Des migrants marocains tentent d'atteindre l'enclave de Ceuta le 18 mai 2021

"La politique européenne d'immigration a donné au Maroc un grand pouvoir de négociation"

11 min
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L'enclave espagnole de Ceuta a vu arriver 8000 personnes en trois jours, du Maroc ou d'Afrique subsaharienne. Depuis que l'UE a choisi d'externaliser sa politique migratoire, Rabat dispose d'un moyen de pression au service de ses intérêts politiques. Entretien avec la chercheuse Nora El Qadim.

Des migrants marocains tentent d'atteindre l'enclave de Ceuta le 18 mai 2021
Des migrants marocains tentent d'atteindre l'enclave de Ceuta le 18 mai 2021 Crédits : Fadel Senna - AFP

Qu'elle soit maritime par le détroit de Gibraltar ou terrestre par les enclaves de Ceuta et Melilla, la "route espagnole" est loin d’être une nouvelle route des migrations, elle est empruntée depuis les années 90, depuis en fait que l’Union européenne a imposé des visas pour entrer sur le territoire européen.

En revanche, jamais les territoires de Ceuta et Melilla n’avaient vu arriver autant d’hommes, de femmes et d’enfants en trois jours : près de 8000 depuis lundi.

Ceuta, c'est 84.000 personnes, dont une grande partie de militaires et de familles de militaires ou de la Guardia civil - la police aux frontières espagnole. C'est aussi un territoire où certaines unités militaires ont un héritage franquiste. Il y a une omniprésence militaire, des symboles militaires, des drapeaux et statues de Franco à Melilla... et en effet, une forme d'opposition et de crainte envers ces migrations et volonté de garder cette présence espagnole dans ces territoires.  Nora El Qadim

Les personnes arrêtées par la Guardia civil sont prises en charge dans le centre ouvert pour les migrants avant que leur situation ne soit examinée. Puis ils sont soit renvoyés vers le Maroc, soit transférés vers le territoire espagnol, sachant que ce centre a une capacité réduite depuis l'année dernière pour des raisons sanitaires, et qu'il c'est très compliqué d'obtenir ce transfert vers le reste du territoire espagnol. Un certain nombre de personnes cherchent aussi à rejoindre les berges européennes de l'Espagne, en se glissant dans les ferries. Mais ces ferries de toute façon circulent beaucoup moins depuis un an.  Nora El Qadim

Le contexte général dans lequel se produisent ces évènements, c'est celui de l'externalisation, des contrôles migratoires des pays européens vers les pays voisins - et de plus en plus lointains - depuis la fin des années 90. L'Union européenne essaie de faire contrôler ses frontières par ces pays-là directement. Ce qui fait que la migration devient aussi une arme, en quelque sorte, pour certains de ces pays. On l'a vu avec la Turquie, aussi avec la Libye... Et c'est devenu possible uniquement parce que ce sujet est central dans les politiques extérieures européennes, alors même que les migrations irrégulières sont liées en grande partie à la fermeture des voies légales depuis les années 80 et surtout 90. Dans les années 90 ont été mises en place des patrouilles communes entre le Maroc et l'Espagne, par exemple. Le Maroc a aussi criminalisé la sortie irrégulière du territoire depuis 2003 et donc renforcé la surveillance des frontières.    Nora El Qadim

Intervenants
  • Chercheuse au CRESPPA-LabTops et à l'institut Convergences Migrations, maîtresse de conférences à Paris VIII, spécialiste de la politique migratoire du Maroc
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