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Espagne. Les mouvements de contestation sociale dans le contexte électoral

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Les législatives de dimanche prochain, qui suivent les régionales de septembre dernier (vous pouvez réécouter les « Enjeux internationaux » du 28 septembre sur la Catalogne en cliquant ici ), vont être un moment important de la vie politique espagnole. Quel est le type de scrutin ? Quels sont les principaux thèmes de campagne ? Quelles répercussions au parlement et dans la presse de la question du terrorisme proche-oriental en Europe et de celle des arrivées massives de migrants vers l’Allemagne et le reste de l’Europe centrale ? Quel bilan dresser du gouvernement actuel ?

Comment caractériser les mouvements de protestation, les moins récents comme les « Ciudadanos » et les « Indignés » et, les plus actuels, comme « Podemos », parti à part entière ? Que disent les sondages ?

Th. G.

Podemos (We Can) party leader Pablo Iglesias, one of the four leading candidates for Spain's national election
Podemos (We Can) party leader Pablo Iglesias, one of the four leading candidates for Spain's national election Crédits : Reuters

En Espagne , contrairement à la France, sera-t-il possible en 2015 de concilier succès électoral et identité politique de gauche ? Au « changement » revendiqué par Pablo Iglesias, Ada Colau -élue maire de Barselone au début de l'été, grâce au soutien de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC) et du Parti des socialistes de Catalogne (PSC)- lui préfère l'expression « révolution démocratique ». Il s'agit à présent d'attendre les élections de dimanche afin de voir l'ampleur réelle du changement dans la société espagnole.

Podemos est un parti caractérisé d’anti-libéral, issu du mouvement des « Indignés » de 2011 en réaction à la crise économique mondiale de 2008. Le sens du prochain vote des Espagnols est que, malgré une situation économique en voie d’amélioration, leur quotidien reste difficile. Ils connaissent toujours les mêmes difficultés, surtout en ce qui concerne les jeunes diplômés et les retraités pauvres.

S’il tranche avec les appels à la démocratie directe de la Puerta del Sol, Podemos se veut l’héritier de « l’esprit de mai », notamment à travers ses principes de financement participatif, de transparence et de délibération collective. Mais ses membres semblent avoir tiré un bilan critique de certains pièges de l’assembléisme.

Podemos estime que l’explosion de la bulle immobilière espagnole a brisé les bases matérielles sur lesquelles reposait le « consensus » inauguré par la Constitution de 1978, avec son pacte de transition, sa monarchie —à ce point discréditée désormais que Juan Carlos a dû céder le trône à son fils Felipe l'année dernière— et ses espoirs d’ascension sociale.

Mais la classe dirigeante espagnole dispose d’un système électoral favorable aux deux formations dominantes et aux partis recrutant sur un territoire restreint, comme les nationalistes.

En réaction à la révolte populaire née en 2012, « le gouvernement espagnol a utilisé l’arme législative pour étouffer le mouvement de protestation pacifique et légitime », avait déclaré Jezerca Tigani, directrice adjointe du programme Europe et Asie centrale d’Amnesty International. « Lors de manifestations, la police a utilisé à maintes reprises des matraques et des balles en caoutchouc, blessant et défigurant des manifestants et des passants. Les policiers agissent en toute impunité, tandis que les manifestants pacifiques et les dirigeants de mouvements sociaux sont harcelés blâmés frappés, et parfois arrêtés et inculpés d’infractions emprisonnés et condamnés à payer des amendes. » La police utilise une force excessive pour disperser les manifestants pacifiques qui sont frappés, arrêtés, placés en détention, poursuivis en justice et condamnés à payer des amendes. Plusieurs personnes détenues au poste de police de Moratalaz à Madrid ont décrit les mauvais traitements et les humiliations qu’elles y ont subis. Des policiers les ont obligées à rester debout face à un mur pendant des heures et des heures.

Aux termes du tout nouveau droit espagnol, les personnes simplement soupçonnées d’avoir organisé ou dirigé une manifestation non autorisée (par exemple via des messages sur les réseaux sociaux) sont passibles d’une amende pouvant aller jusqu’à 30 000 euros...

Intervenants
  • politologue spécialiste de l'Espagne et enseignante et chercheure en géopolitique à l'Université de Paris-VIII
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