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Inde. Un an et demi de pouvoir pour le premier ministre Modi

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L’Inde se présente actuellement comme l’un des quelques pays émergents de grande taille qui ne pâtit pas des conséquences de la longue crise économique. Sa croissance est par exemple de 7 %. De fait, comment caractériser la situation économique ? Quelles promesses de campagne ont-elles été tenues, quelles autres ont été oubliées ou n’ont pas rencontré le succès. En quoi les recettes employées dans l’état du Gujarat, que le premier ministre Narendra Modi a dirigé durant treize ans, peuvent-elles s’appliquer ou être adaptées à l’ensemble de la fédération ? Malgré sa forte personnalité et sa manière de très peu déléguer, s’appuie-il sur un parti homogène ? Le BJP, parti au pouvoir, dispose en effet d’une majorité absolue. Quels sont les grands chantiers et quelles sont les grandes priorités socio-économiques ?

Enfin, pourquoi politique intérieure et politique étrangère sont-elles liées ?

Th. G.

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Shinzo Abe (L) and his Indian counterpart Narendra Modi shares a moment during a signing of agreement at Hyderabad House in New
Shinzo Abe (L) and his Indian counterpart Narendra Modi shares a moment during a signing of agreement at Hyderabad House in New Crédits : Reuters

L’Inde et la Chine , ces vieux rivaux historiques sont-ils en train de devenir des partenaires de plus en plus obligés ? Les deux géants asiatiques continuent d’entretenir des contentieux territoriaux au long de leur immense frontière commune, qui conduisent régulièrement à des poussées d’adrénaline. Frustrée par ses vaines tentatives d’y percer dans ses secteurs d’excellence – l’informatique et la pharmacie –, en raison des barrières réglementaires chinoises, l’économie indienne est assurément en quête d’une plus grande coopération avec la deuxième économie mondiale. La Chine est ainsi vue par Narendra Modi comme pouvant servir son programme «Make in India», destiné à faire décoller l’industrie. Si l’Inde et la Chine sont deux géants démographiques de plus d’un milliard d’habitants chacun, l’économie indienne pèse cinq fois moins que sa rivale. Craignant de finir étranglée par un «collier de perles» chinois, l’Inde multiplie désormais les partenariats dans l’océan Indien avec l’île Maurice, les Seychelles ou encore le Sri Lanka.

C'est dans ce contexte que le Japon , de plus en plus préoccupé par la fracassante montée en puissance de la Chine, justifie des aménagements drastiques dans ses relations avec l'Inde de Modi. Le Premier ministre Shinzo Abe s’inquiète pour l’influence de sa nation, sa sécurité et ses intérêts commerciaux. Devant le Premier ministre indien, Narendra Modi, qu’il présente désormais comme un ami intime, le chef du gouvernement nippon a validé plusieurs accords, qui étaient pour lui encore totalement inenvisageables il y a moins de cinq ans.

Dix-huit mois après l’arrivée de Narendra Modi à la tête du gouvernement indien, il est existe désormais un fort décalage entre ses « promesses gigantesques » et l’absence de résultats concrets à ce jour. C’est ce que soulignent Ashok Malik, Senior Fellow au sein du think tank Observer Research Foundation de New Delhi, et Happymon Jacob, professeur à l’Ecole des Etudes Internationales de la Jawaharlal Nehru University de la capitale indienne. Un problème lié au manque de compétences au sommet de l’Etat et à une communication insuffisante du Premier ministre.

Le Japon va d'ailleurs fabriquer le premier train à grande vitesse de l'Inde. Ce Shinkansen (TGV japonais) "va lancer une révolution dans les chemins de fer indiens et accélèrera le passage de l'Inde vers l'avenir. Cela deviendra un véritable moteur de la transformation économique de l'Inde". Par ailleurs, le Japon va enfin accepter d'importer des voitures fabriquées en Inde et autiorise la société Maruti a monter une usine automobile sur le sol japonais. Mais, plus incroyable encore, les deux hommes d'Etat ont également conclu un protocole d'accord sur la coopération dans le domaine nucléaire civil. Tokyo avait toujours refusé de coopérer avec l'Inde dans ce domaine car Delhi n'a toujours pas voulu ratifier le traité international de non-prolifération atomique !

Sur le plan intérieur indien , pendant la dernière campagne électorale du mois d’octobre, le parti de Modi avait largement instrumentalisé les vaches indiennes et les assassinats de Musulmans... soupçonnés d’avoir consommé de la viande de bœuf. L’artiste Siddhartha Kararwal avait été placé en garde à vue pour sa sculpture qui cherchait à “attirer l’attention sur le sort de ces animaux abandonnés, qui en sont réduits à manger des déchets en plastique dans la rue et finissent par mourir étouffés” . Après la défaite, l’entourage du Premier ministre est redescendu sur terre, en reconnaissant que la vache produisait du lait mais rarement des bulletins de vote... Depuis, Modi tient un discours devenu étonnamment laïc. Lui que ses adversaires accusaient de ne pas condamner les agissements des extrémistes hindous à l’égard des mangeurs de steak n’en finit plus d’appeler à “l’unité” .

A Delhi, le numéro deux du gouvernement a créé la stupeur, en demandant à la Cour Suprême de dépénaliser les rapports sexuels “contre nature”, deux ans après la réintroduction de leur illégalité dans le code pénal. La Cour Suprême devrait reconsidérer sa décision car elle n’est pas en accord avec l’évolution de la jurisprudence dans le monde ”, déclarait fin novembrele ministre des Finances, numéro deux du gouvernement. Ces paroles ne sont pas dénuées d’arrières-pensées politiques. Le chef du gouvernement est non seulement affaibli par sa récente défaite électorale au Bihar mais aussi par la polémique qui agite l’Inde depuis une semaine à propos du climat d’intolérance qui règne dans le pays. C’est ainsi, par exemple, que la superstar musulmane de Bollywood, Aamir Khan, a annoncé que sa femme était de plus en plus tentée de partir vivre à l’étranger.

Intervenants
  • directeur de recherche au CNRS, chercheur senior au think tank Asia Centre
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