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 localisation de Bassora (2e ville en population et 1ère ville du pays en richesse économique), où des manifestants ont mis le feu au consulat d'Iran

Irak : Bassora, contre Bagdad ou contre Téhéran ?

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Quatre mois exactement après les élections législatives, le Parlement irakien vient de choisir son président. Cet accord annonce un nouveau gouvernement plus favorable à l’Iran, alors que le pouvoir de Bagdad vacille face à la contestation sociale.

 localisation de Bassora (2e ville en population et 1ère ville du pays en richesse économique), où des manifestants ont mis le feu au consulat d'Iran
localisation de Bassora (2e ville en population et 1ère ville du pays en richesse économique), où des manifestants ont mis le feu au consulat d'Iran Crédits : VINCENT LEFAI, KUN TIAN, JONATHAN WALTER - AFP

Depuis le début de l’été, vit une double crise ouverte : le grand retour de la question sociale – la révolte de Bassora depuis juillet en est un exemple – et une rivalité entre Etats-Unis et Iran de moins en moins cachée. A cette crise s’ajoutait le blocage au parlement après une élection qui a mis en minorité le Premier Ministre sortant Haïder al-Abadi.

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Ce choix – qui évacue la coalition d’al Abadi – après quatre mois de pourparlers permet de stabiliser des institutions vacillantes et de ramener le calme à Bassora, où le gouvernement Abadi et la légitimité du pouvoir central de Bagdad sont fragilisé face à la colère de la population de Bassora qui manifeste depuis juillet, excédée par la misère, l’abandon public et la répression des autorités qui a fait une quinzaine de tués.

169 voix sur 198, cela signifie la première victoire iranienne en Irak depuis les dernières élections et le premier échec pour les Etats-Unis. Le nouveau président irakien sera encore une fois un pro-Iran. De même que le président de l'Assemblée Nationale est lui aussi pro-iranien !     Adel Bakawan

Il donne aussi un ancrage supplémentaire à l’Iran car la coalition victorieuse est constituée des milices transformées en partis que Téhéran a soutenu (celle de Moqtada Sadr et surtout le Hachd al Chaabi de Adi al-Hameri, avec respectivement 54 et 48 sièges au Parlement).

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La présence iranienne dans la région de Bassora est cependant ambivalente : Téhéran trouve des relais politiques et économiques dans les milices chiites bien implantées, mais certains habitants tiennent aussi l’Iran en partie responsable de la dégradation de la situation sanitaire à Bassora (rétention d’eau en amont, coupures d’électricité), le consulat iranien a été brûlé le 7 septembre.

Il n’y a que 3 heures d’électricité par jour, dans une ville où les températures dépassent souvent les 45° à l’ombre, le chômage des jeunes est à plus de 57%, les services publics sont inexistants : la ville la plus riche du pays est livrée totalement à elle-même. Bassora demandait au gouvernement de pouvoir se reconstruire sur le modèle autonome du Kurdistan irakien et voulait devenir une entité fédérée, qui a été violemment rejetée par les élites de Bagdad.           Adel Bakawan

La région fournit la quasi-totalité du pétrole irakien (et a fourni une partie des milices chiites contre l’EI), mais elle reste sous-développée, le chômage y est endémique, et elle est en proie à la corruption, et reste un marché privilégié pour l’Iran même au niveau fédéral en raison de ses besoins permanents en électricité.  

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Le même problème se pose dans tout l’Irak : d’une part les institutions sont contestées, dans la foulée de Bassora, des manifestations ciblant les lieux officiels ou sièges de partis politiques ont également eu lieu dans trois autres provinces, jusqu’à Najaf ; des mouvements sociaux ont aussi eu lieu ces derniers mois à Bagdad, même au Kurdistan. Sur un bénéfice pétrolier de 706 milliards de dollars depuis 2005, 701 ont été dépensés, et selon Transparency International, 194 évaporés par la corruption.  

Carte des différentes communautés vivant en Irak
Carte des différentes communautés vivant en Irak Crédits : VALENTINA BRESCHI, THOMAS SAINT-CRICQ - AFP

D’autre part, Bagdad a besoin de Téhéran, ne serait-ce que pour des raisons économiques, l’Iran est le 2ème exportateur vers l’Irak (5,7 milliards d’euro en 2017). Depuis 2003, les divisions politiques ont permis des choix d’exécutifs d’équilibre tacite entre l’Iran et les Etats-Unis. La guerre contre l’EI, les élections, et l’orientation du nouveau parlement font pencher l’Irak vers Téhéran. Les Kurdes, deuxième vainqueurs des législatives (25 sièges pour le PDK, 18 pour l’UPK), se retrouvent en position d’arbitre. Massoud Barzani le leader du PDK est très sollicité par les Etats-Unis.

Un politologue irakien pessimiste y voit « un script écrit hors d'Irak mais tourné dans le pays par un réalisateur irakien ». L’Irak est peut-être libéré de l’EI, mais quelle marge de manœuvre ont ses acteurs ?

répartition des sièges par partis et tendances
répartition des sièges par partis et tendances Crédits : VINCENT LEFAI, SOPHIE RAMIS, JOYCE HANNA - AFP
Intervenants
  • directeur du département recherche de l'Institut de Recherche et d'Études Méditerranée Moyen-Orient (iReMMO), directeur du Centre de Sociologie de l'Irak (CSI/ Université de Soran)
L'équipe
Production
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