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Qubad Talabani (UPK), vice-Premier ministre du gouvernement régional du Kurdistan depuis 2005

Irak : le Kurdistan, boussole de l'Irak ?

10 min
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Confusion et crispation au Kurdistan irakien après le vote pour renouveler le Parlement dimanche: les deux principales formations PDK et UPK en tête, mais un scrutin contesté. Un an après le référendum sur l’indépendance, la région et sa stabilité restent déterminantes pour l’avenir de l’Irak…

Qubad Talabani (UPK), vice-Premier ministre du gouvernement régional du Kurdistan depuis 2005
Qubad Talabani (UPK), vice-Premier ministre du gouvernement régional du Kurdistan depuis 2005 Crédits : SHWAN MOHAMMED - AFP

Une des leçons de ces élections est la confirmation de la domination totale du PDK dans tout le nord du Kurdistan et du retour de l’UPK dans le sud de la région, mais surtout la défaite tragique à la fois de l’opposition islamique et de l’opposition laïque.         Adel Bakawan

Trois millions d'électeurs doivent renouveler les 111 sièges du Parlement de la province autonome du Kurdistan, inchangés depuis 2013. Selon les résultats encore provisoires le PDK et l'UPK domineraient (43 % et 20 % respectivement), mais plusieurs partis dont l'UPK ont rejeté les résultats en dénonçant des pressions et des fraudes. 

Validé ou non, ce vote aura des conséquences sur au moins trois plans : régional, national et géostratégique. 

Au Kurdistan, ce résultat signerait le retour en force des deux principaux partis, PDK et UPK sur les petites formations émergentes ces dernières années, islamistes, parti Goran ou "Nouvelle Génération" : ce serait la victoire de la tendance sécuritaire (PDK et UPK sont les partis des Peshmergas) sur la tentative sociale que les petits partis voulaient représenter. 

Cette incertitude intervient alors qu'au même moment se joue à Bagdad le choix de l'exécutif final après les législatives de mai : PDK et UPK rivales et néanmoins toutes deux premières forces politiques au niveau national pèsent de toutes leurs forces avec chacune leur candidat dans le choix du Président de la République en débat depuis hier au Parlement de Bagdad. Le vote ajourné hier faute du quorum nécessaire est de nouveau prévu aujourd’hui. 

Il faut dire qu’aucun pays occidental, ni l’Union européenne ni même les Américains, ne se soucie de la démocratisation du Kurdistan irakien. Ils cherchent uniquement la sécurisation de la zone.     Adel Bakawan

Ce choix – et celui du Premier Ministre – détermineront aussi l’orientation politique de l’Irak, qui glisse de l’influence américaine à l’iranienne depuis qu'une large coalition chiite pro-Téhéran s'est invitée dans le jeu politique en mai (Hachd al-Chaabi de Hadi al-Ameri, alliée à l'ancien Premier Ministre Maliki). A travers une bataille par partis interposés, les deux puissances tentent de s'assurer de la fidélité des autorités du Kurdistan.  

Carte des champs pétroliers et des oléducs en Irak avec un zoom sur la production dans la région autonome du Kurdistan irakien.
Carte des champs pétroliers et des oléducs en Irak avec un zoom sur la production dans la région autonome du Kurdistan irakien. Crédits : SOPHIE RAMIS, GILLIAN HANDYSIDE - AFP

A l'échelle d'une année depuis le référendum sur l'indépendance (refusé par Bagdad et la communauté internationale), ce vote et le résultat de mai soulignent la réaffirmation des partis historiques du Kurdistan, voire le triomphe du PDK et de Massoud Barzani pourtant contraint à la démission de son poste de président du GRK après la tentative, mais toujours très courtisé par les envoyés étrangers à Erbil; il montre aussi le renforcement de l'UPK, face au parti Goran à l'époque actif à Souleymanieh son fief du Sud, et dans le jeu régional grâce à l'appui iranien. 

On présente déjà les partis kurdes comme « faiseurs de roi » ; mais on n’en est pas encore là : le gouvernement du Kurdistan et ses 6 millions d'habitants sont privés de ressources financières propres (Bagdad reverse 1 milliard de $ par mois sur les revenus pétroliers), avec 60 % de fonctionnaires payés par intermittence, un chômage endémique... La popularité de ses principaux partis politiques semble renforcée par l'épreuve face à Bagdad, leur participation assurée au sein du pouvoir fédéral, mais leur capacité d'action - hors mobilisation militaire - sur le Kurdistan lui-même est affaiblie.  

Le contrôle de la production du pétrole dans le nord de l'Irak et évolution des territoires sous administration autonome kurde
Le contrôle de la production du pétrole dans le nord de l'Irak et évolution des territoires sous administration autonome kurde Crédits : GILLIAN HANDYSIDE, THOMAS SAINT-CRICQ, JEAN MICHEL CORNU - AFP

Retour sur info - il y a un an, après avoir subi le blocus économique imposé par le gouvernement central de Bagdad, le Kurdistan acceptait l'interdiction juridique de proclamer son indépendance :

Intervenants
  • directeur du département recherche de l'Institut de Recherche et d'Études Méditerranée Moyen-Orient (iReMMO), directeur du Centre de Sociologie de l'Irak (CSI/ Université de Soran)
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
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