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Iran. La nouvelle relation États-Unis vs Iran, centrale pour tout le Moyen-Orient

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L’accord international du 14 juillet dernier sur le nucléaire militaire iranien a modifié la donne régionale. C’est une façon de réinsérer l’Iran dans son environnement naturel, ce qui ne plaît ni aux Israéliens ni aux Séoudiens. Il est prévu que les sanctions internationales soient levées au début de 2016. Ce qui aura des conséquences pour tout le monde, notamment dans les exportations d’hydrocarbures du Moyen-Orient, outre le retour graduel des investissements directs étrangers (IDE) en Iran. De plus, l’Iran étant l’allié chiite de Damas et aidant militairement le pouvoir chiite à Bagdad, la lutte internationale contre l’État islamique s’en trouvera peut-être renforcée.

Quoi qu’il en soit, la nouvelle relation Washington-Téhéran sera-t-elle à la longue structurante pour l’ensemble de la zone, parcourue par des conflits et des tensions d’une rare violence ? Si oui, à quelles conditions et avec quelles conséquences ?

Th. G.

Répartitions majoritaires entre chiites et sunnites dans les territoires musulmans
Répartitions majoritaires entre chiites et sunnites dans les territoires musulmans

Syrie, Irak, Liban, Etat IslamiqueDaesh »), conflit israélo-palestinien , impasse politique au Bahreïn , risque séparatiste au Yémen , il semblerait qu’il n’y ait pas un seul enjeu géopolitique au Moyen-Orient sans que la République islamique d’Iran ne soit directement ou indirectement partie prenante, faisant d’elle une puissance régionale influente et redoutée. L’Iran se présente de plus en plus à la face du monde comme le facteur indispensable à la stabilité dans une région en proie à des troubles de grande ampleur. Néanmoins, dans un contexte où il n’est plus question aux Etats-Unis de changement de régime à Téhéran par la force ou encore d’attaques aériennes voire d’alourdissement des sanctions, même en l’absence d’accord dans l’immédiat sur le nucléaire ; il sera difficile de penser le Moyen-Orient de demain sans faire de l’Iran la plaque-tournante sinon l’un des principaux pivots de cette région en constante mutation… et cela au plus grand dam des pays (sunnites) du Golfe mais aussi… d’Israël !

Aux Etats-Unis , l’universitaire iranien Trita Parsi, fondateur du National Iranian American Council basé à Washington, forme le voeu que, sans aller jusqu’à la renaissance de la vieille alliance américo-iranienne qui datait de l’époque du chah, ce rapprochement puisse rebattre les cartes stratégiques du Proche-Orient. Car le gouvernement américain attribue encore toujours à Téhéran la responsabilité des engins explosifs improvisés qui ont fait des centaines de morts parmi les soldats américains en Irak et en Afghanistan. La colère et le ressentiment sont grands au Pentagone, en particulier parmi les hauts fonctionnaires, pour qui l’Iran est responsable de la mort de leurs camarades. Car, si les deux ennemis cessent de « dépenser leur énergie l’un contre l’autre », on pourra concevoir qu’ils parviennent à désamorcer la guerre en Syrie et en Irak. Alors que les djihadistes sunnites de l’Organisation de Etat islamique (et plusieurs acteurs de la mouvance islamiste radicale) représentent la plus grande menace pour les intérêts iraniens et américains dans la région, des impératifs communs aideront à rapprocher Washington et Téhéran.

[cet article -récent- est antérieur à la signature de l’accord sur le nucléaire, mais reste totalement d’actualité]

Pour le Dr Kaveh Afrasiabi, un ex-professeur en sciences politiques à l’université de Téhéran qui publie désormais des articles spécialisés dans plusieurs media anglo-saxons, dont le New York Times ou le Guardian, le sort de la Syrie est maintenant tributaire des variations des relations glaciales entre Russes et Américains. Tandis que l’Iran, depuis l’accord de cet été sur le nucléaire, dispose tout à coup du potentiel pour agir en tant que médiateur entre les deux superpuissances militaires, qui détiennent aujourd’hui le ciel syrien avec leurs campagnes aériennes respectives. Il n’hésite pas à rappeler que, du côté iranien, il n’y a aucune illusion quant à la possibilité de résoudre le conflit complexe qui sévit en Syrie par une poignée de rencontres internationales. Il s’agit plutôt d’une lourde tâche qui exige des efforts sérieux et soutenus sur le plan diplomatique et politique mais qui nécessite principalement une amélioration constante des relations entre l’Iran et l’Arabie saoudite. Ces deux puissances régionales se sont engagées l’une contre l’autre dans des guerres par procuration et doivent exploiter la possibilité offerte par les pourparlers sur la Syrie afin d’explorer les options en vue d’un nouveau dégel de leurs relations hostiles. Sans cela, le conflit avec l’Eta Islamique est voué à rester profondément embourbé en conséquence des rivalités interrégionales. Pour le plus grand drame des Syriens et des Irakiens…

Au Liban , où l’armée du Hezbollah est soutenue de longue date par le pouvoir iranien, on n'hésite pas à prendre un certain recul : pourquoi a-t-il fallu tellement plus de temps aux États-Unis pour accepter la révolution de l'ayatollah Ruhollah Khomeyni en Iran qu'il ne leur en a fallu pour agréer la révolution de Mao Zedong en Chine ?

En Jordanie , le roi Abdallah de Jordanie avait utilisé, en 2004, l’expression de « croissant chiite » : il y voyait la main de l’Iran au Liban, en Syrie, à Bahreïn, au Yémen, en Azerbaïdjan, en Afghanistan, au Pakistan et en Irak. Dans tous ces pays, il y a une minorité ou une majorité chiite. Sunnites, Chiites, Kharijites… ? Revenons sur les multiples divisions confessionnels au sein de l’Islam, qui marquent la mémoire des musulmans, et influencent jusqu’à aujourd’hui leurs représentations, leurs discours et, surtout, leurs actions… conscientes ou non.

breakdances in a park in Tehran
breakdances in a park in Tehran Crédits : Reuters
Intervenants
  • maître de conférences en civilisation américaine à l’université de Cergy Pontoise.
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