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 Melania Trump, hier au Ghana

Etats-Unis - Afrique : action forte, leadership faible?

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Melania Trump est depuis hier en tournée dans quatre pays africains. C'est une visite rare de la part de la Maison Blanche, sur un continent dont les puissances du monde se disputent les marchés ou le leadership politique… Bons offices, ou inflexion stratégique à venir ?

 Melania Trump, hier au Ghana
Melania Trump, hier au Ghana Crédits : SAUL LOEB - AFP

_Melania a visité hier un haut lieu de la route l’esclavage. Peut-être a-t-elle voulu faire une relation avec les questions sur l’immigration qui sont posées à son mari ?      _Jeff Hawkins

Cette visite de Melania Trump au Ghana, Malawi, Kenya et en Egypte est une première marque d’intérêt (et de respect) de la présidence, après les propos de Donald Trump sur les «shithole countries». Si B. Obama avait cultivé une relation privilégiée avec le continent, Donald Trump semblait avoir initié une relation inversement cordiale. 

Outre le climat diplomatique tendu installé par l'attitude du Président, la Maison Blanche s'est aussi montrée cette année un peu fébrile, inquiète de la tournure prise par la course aux parts de marché sur le continent. La tournée ratée de Rex Tillerson avant l'été, reprochant ouvertement à la Chine de pratiquer des "prêts prédateurs", en a été l'illustration.

Dans ce contexte la tournée de Melania Trump en accompagnatrice de l’USAID (le programme d'aide au développement américain) montre la face la plus aimable de l’attitude américaine envers l'Afrique, mais souligne aussi la prééminence américaine dans le domaine de l'assistance humanitaire et au développement : 12 milliards de dollars d’assistance non militaire en Afrique Subsaharienne, 17 milliards prévus pour 2019…

Quelles que soient les raisons de la visite de la Première Dame, reprise de contact sur commande ou au contraire volonté de se démarquer de l'attitude du Président, les financements américains restent essentiels non seulement dans l’aide humanitaire, mais aussi dans la coopération militaire, en Somalie, Libye, et Sahel. Le Secrétaire d'Etat à la Défense James Mattis hier à Paris aurait annoncé un des fonds en hausse pour le G5 Sahel, un engagement notable de la part de l’Administration Trump. Donald Trump n'a pas non plus rompu l'accord commercial avec 39 pays africains (l'AGOA, jusqu'en 2025) et le commerce transcontinental dépasse les 55 milliards de dollars par an, plus que le commerce entre la Chine et l'Afrique. 

_Si on demande aux dirigeants africains de faire un choix binaire entre les États-Unis et la Chine, je ne sais pas si cela aurait l’effet souhaité [par les Américains].                    _Jeff Hawkins

Enfin, le Congrès qui décide des fonds alloués à la politique étrangère. s'est opposé à Donald Trump qui voulait baisser de 30 % le budget du Département d'Etat, et il vient d'autoriser les prêts bilatéraux à des Etats Africains, ce qui donne aux Etats-Unis un outil équivalent aux grandes banques d'investissement chinoises.

Mélange d’actions de terrain poussées et de visibilité faible, la politique africaine des Etats-Unis est pradaxole, comme le décrit l'ancien diplomate Jeffrey Hawkins dans son dernier article pour l'IRIS. Pléthorique, mais sans cohérence politique, nécessaire dans beaucoup de pays, mais sans proximité diplomatique apparente, volontariste, mais en retard sur la méthode et le "modèle" chinois cité par Rex Tillerson avant sa tournée de mai dernier. Y aurait-il un « leadership discret » en préparation ? Rien ne l'indique vraiment. 

Autre signe d'un intérêt renouvelé pour le continent : le nouvel ambassadeur Tibor Nagy nommé en juillet. Un analyste juge sévèrement « Un choix correct (…) On se demande ce qu’il pourra accomplir ds une administration sans réelle politique africaine ». 

Jeff Hawkins : ancien diplomate américain en Centrafrique et au Nigéria, est chercheur associé à l’IRIS et enseigne à Paris :

Ce n’est peut-être pas un hasard que la petite demi-page consacrée à l’Afrique se trouve tout en bas de la “National Security Strategy” de l’administration Trump. Parmi tous les sujets brûlants de la diplomatie américaine sous le 45e président des États-Unis, les défis de l’Afrique peinent en effet à trouver leur place. Trump et son cabinet semblent, d’une manière générale, très indifférents au continent africain, si ce n’est, le méprisent.       Jeff Hawkins

Intervenants
  • ancien ambassadeur des USA à Bangui et Consul général à Lagos, chercheur associé à l’IRIS
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