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Le groupe rival de l’organisation Etat islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap) a confirmé le décès du leader de Boko Haram Abubakar Shekau, ici dans une vidéo de 2018.

Comment l'Etat islamique peut-il profiter de la mort de Shekau ?

11 min
À retrouver dans l'émission

Entretien avec Matteo Puxton, spécialiste de la propagande militaire de l’Etat islamique.

Le groupe rival de l’organisation Etat islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap) a confirmé le décès du leader de Boko Haram Abubakar Shekau, ici dans une vidéo de 2018.
Le groupe rival de l’organisation Etat islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap) a confirmé le décès du leader de Boko Haram Abubakar Shekau, ici dans une vidéo de 2018. Crédits : Handout / AFP / BOKO HARAM - AFP

Cette fois, Abubakar Shekau serait un peu plus mort que d’habitude. Auparavant, ce n’était qu’un air qu’il se donnait.

Les Etats-Unis avaient mis sa tête à prix, 7 millions de dollars. Finalement, c’est le groupe devenu rival de celui de Shekau, Iswap la filiale de l’Etat islamique en Afrique de l’ouest, qui l’aura poussé, lors d’une offensive de son quartier général dans une forêt de l’Etat de Borno, à se donner la mort lui-même.

On a pris l’habitude, avec un peu de paresse aussi, de désigner Abubakar Shekau comme le chef sanguinaire de Boko Haram… alors qu’il ne l’était plus que d’une des principales factions, Jama’atu Ahlis-Sunna Lidda’awati Wal Jihad, ou JAS.

Que va devenir ce groupe après la mort de son chef, et comment l’Etat islamique peut-il en tirer parti pour s’étendre encore sur le continent africain ?

La maison-mère de l'État islamique n'a pas encore communiqué sur la mort de Shekau dans sa propagande. De ce qu'on sait, à la fois des audios que le groupe a sortis en interne et d'autres sources locales, c'est qu'il y a eu dans cette offensive un certain nombre de morts dans les deux camps. Que probablement, certains membres du groupe de Shekau se sont ralliés [à la branche locale de l'EI]. En revanche, on sait aussi que ça n'est pas le cas de tous, et notamment la faction dirigée par Bakoura, qui était une faction indépendante, mais quand même affiliée à Shekau, au nord du lac Tchad : cette faction-là a refusé pour l'instant de se rallier, des combats continuent. Y compris dans la zone du lac Tchad.      Matteo Puxton

Le continent africain est très nettement dominant, désormais, dans les contenus de propagande de l'Etat islamique. La majorité du contenu du magazine hebdomadaire de l'État islamique fait mention de choses qui se passent en Afrique. C'est le continent où l'EI a investi beaucoup avant d'être défait territorialement en Syrie et en Irak. Et ça se ressent aujourd'hui : quand bien même il est en mode insurrectionnel en Syrie et en Irak, donc opérant de manière clandestine, en Afrique en revanche, il y a des endroits où il exerce une forme de proto contrôle territorial - c'est le cas au Nigéria. Et d'autres endroits où on le voit augmenter, avec les groupes ralliés, sa présence et sa visibilité. C'est le cas au Mozambique depuis maintenant 2019, mais aussi en République démocratique du Congo où je rappelle que là aussi, il y a un groupe dans le Nord-Kivu, les ADF, qui s'est allié à l'Etat islamique et de manière officielle. Ce groupe occupe maintenant de plus en plus de place dans la propagande de l'Etat islamique.    Matteo Puxton

Intervenants
  • Auteur du compte twitter historicoblog, agrégé d’Histoire et spécialiste de la propagande militaire de l’Etat islamique.
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