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Le président Nayib Bukele, le 28 février dernier.

Au Salvador, un président sans contre-pouvoirs

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Les députés ont voté samedi la destitution des juges du Tribunal constitutionnel de la Cour suprême. Le tout jeune président concentre désormais les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Entretien avec Kevin Parthenay, professeur de science politique à l’université de Tours.

Le président Nayib Bukele, le 28 février dernier.
Le président Nayib Bukele, le 28 février dernier. Crédits : STANLEY ESTRADA - AFP

Nayib Bukele, 39 ans, a été élu en 2019 sur la promesse d’enrayer crime et corruption dans ce pays d’Amérique centrale de 6 millions et demi d’habitants ; en mobilisant les forces armées, mais aussi à l’occasion, en s’entourant de militaires pour des entrées fracassantes dans l’enceinte du Parlement, quand les députés refusaient de voter un emprunt de plus de 100 millions de dollars pour équiper la police face aux bandes criminelles.

Les contre-pouvoirs disparaissaient peu à peu, et samedi, la nouvelle majorité parlementaire élue en février et favorable à Nayib Bukele, a enfoncé encore le clou de cette concentration des pouvoirs en révoquant les juges du Tribunal constitutionnel de la Cour suprême.

Les contre-pouvoirs sont en train de tomber comme des dominos. Après l'Assemblée nationale, après la justice, on voit que désormais le contre-pouvoir se résume au grand pouvoir économique. Il faut savoir qu'au Salvador, l'économie nationale est très largement entre les mains de quelques grands entrepreneurs nationaux qui ont une envergure transnationale. Cette élite-là, qui a su s'entendre depuis la fin de la guerre des années 80-90, est en train de se fissurer même au sein des grandes familles sur la question de savoir s'il faut aujourd'hui soutenir ou pas le président. Je crois que ceux qui s'opposeront à lui peuvent très largement constituer un contre-pouvoir. De la même façon que beaucoup d'ONG, beaucoup d'acteurs de la société civile. Pas plus tard qu'hier, 54 organisations se sont réunies au sein de l'Université de Salvador pour essayer de s'organiser contre cette concentration des pouvoirs dans les mains du président.     Kevin Parthenay

Pendant la période sombre des années 80, les Etats-Unis se sont très largement ingérés dans les affaires politiques de toute la région. Aujourd'hui, ce qui est intéressant c'est de voir aussi, en contrepoint, le comportement de la Nayib Bukele, qui tend à pas attacher trop d'importance à cette conditionnalité [les Etats-Unis conditionnent leur aide financière au respect de la démocratie], en jouant peut-être une partie de bluff. C'est le sens de son message à la communauté internationale : il lui dit "on est en train de faire le ménage chez nous et vous n'avez rien à faire avec ça. On sera très heureux de coopérer avec vous mais laissez-nous faire ce que l'on doit faire chez nous". Il est d'ailleurs critiqué pour cela, beaucoup d'entrepreneurs économiques disent qu'en ce moment Nayib Bukele est en train de jouer un jeu politique contre l'économie. Ça, on pourra le mesurer dans quelques mois, quelques années.    Kévin Parthenay

Intervenants
  • Professeur de science politique à l’université de Tours, chercheur associé à l’OPALC et membre de l’Institut de recherche juridique interdisciplinaire François-Rabelais (IRIJ)
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