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Des Ivoiriens font la queue devant un bureau de vote d'Abobo, l'une des communes du district d'Abidjan, le 31 octobre 2020.

En Côte d'Ivoire, la "question foncière" pour comprendre les violences électorales

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À retrouver dans l'émission

La Commission électorale annonce ce matin la réélection d'Alassane Ouattara, pour un troisième mandat. D'année en année, le président ivoirien a promis une réforme foncière, cruciale pour la paix, sans jamais la mettre en oeuvre. Entretien avec l'enseignant-chercheur Léo Montaz, depuis Abidjan.

Des Ivoiriens font la queue devant un bureau de vote d'Abobo, l'une des communes du district d'Abidjan, le 31 octobre 2020.
Des Ivoiriens font la queue devant un bureau de vote d'Abobo, l'une des communes du district d'Abidjan, le 31 octobre 2020. Crédits : ISSOUF SANOGO - AFP

L'opposition ivoirienne, qui a boycotté les urnes samedi dernier, promet de former un gouvernement de transition au plus vite. Pas question pour elle de tenir compte des résultats officiels qui ont confirmé ce matin la réélection pour un troisième mandat d'Alassane Ouattara : la Constitution n'en autorise que deux. 

Depuis la fin du scrutin, mais aussi et surtout pendant la campagne, se sont multipliés les incidents, parfois mortels. On a même redouté des violences similaires à celles de 2010 en pleine crise politique entre Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo… A l’époque, on avait beaucoup expliqué combien la question foncière était fondamentale pour comprendre ces violences. Dix ans plus tard, on n’en parle plus… Est-ce à dire qu’elle a été réglée ?

Léo Montaz est enseignant-chercheur à l'Université de Lille, et fait paraître la semaine prochaine aux éditions Kartala « Retour au village : jeunesse et pouvoirs en Côte d’Ivoire ».

Des conflits fonciers, il y en a partout dans la zone forestière ivoirienne et dans toutes les régions agricoles. Il est vrai que certaines des zones qui ont été le cœur de l'opposition ivoirienne ces dernières semaines sont souvent des zones traditionnelles de conflits fonciers entre "autochtones" et "allogènes". En revanche, ces conflits ont éclaté aussi dans des zones où ils s'étaient moins exprimés jusque-là, comme à Yamoussoukro ou Bougouanou.     Léo Montaz

Quand un "étranger" - souvent une personne issue du nord de la Côte d'Ivoire, de ces ethnies à cheval sur la côte d'Ivoire et les pays frontaliers - souhaite accéder à une terre, il ne va pas l'acheter comme partout ailleurs dans le monde.  Il va entrer en contact avec le propriétaire foncier et ils vont créer une relation à long terme qui consiste pour les étrangers à aider toute leur vie le tuteur autochtone. Grâce à cette relation, les tuteurs autochtones ont pu s'enrichir, scolariser leurs enfants dans les années 70-80, ce qui a contribué à l'émancipation d'une partie de la population du sud. Ce sont ces arrangements qui aujourd'hui sont remis en question, notamment quand les enfants des tuteurs, partis s'installer en ville, reviennent dans leur village et entrent en confrontation avec les étrangers auxquels leurs propres parents avaient accordé les terres.     Léo Montaz

Intervenants
  • Enseignant chercheur à l'Université de Lille.
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