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Soldats de l'armée éthiopienne à in Dansha, en Ethiopie, le 25 novembre 2020.

La guerre en Ethiopie est-elle vraiment finie ?

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Le "blackout" imposé par le gouvernement éthiopien et la propagande des belligérants empêchent de savoir ce qu'il se passe vraiment au Tigré, depuis l'offensive militaire du 4 novembre. L'Ethiopie n'est pas l'ilot de stabilité que l'on croyait. Entretien avec le chercheur David Ambrosetti.

Soldats de l'armée éthiopienne à in Dansha, en Ethiopie, le 25 novembre 2020.
Soldats de l'armée éthiopienne à in Dansha, en Ethiopie, le 25 novembre 2020. Crédits : EDUARDO SOTERAS - AFP

Un peu plus d’un mois après l’offensive militaire lancée par le gouvernement d’Abiy Ahmed, prix Nobel de la Paix, contre la région du Tigré, à l’extrême nord du pays à la frontière avec l’Erythrée… Tout va bien.

C’est le discours officiel, qui justifie par exemple que les humanitaires n’aient pas accès à toute la région, ni les observateurs qui voudraient enquêter sur les possibles crimes de guerre, ni les journalistes, expulsés comme l’a été dimanche le reporter du Spiegel.

Le gouvernement lui, soutient que l’armée a libéré les villes sous contrôle de la junte tigréenne, sans faire de victimes civiles... et annonce des élections générales imminentes, libres et démocratiques.

Une partie de l'opposition en Ethiopie est totalement figée. Les forces "fédéralistes", en région Oromyia en particulier, sont celles qui avaient le plus envie de croiser le fer avec le gouvernement. Mais elles ont été accusées par celui-ci de soutenir des violences intercommunautaires en particulier en région Oromyia contre des civils Amhara. En juin denier avec l'assassinat d'un chanteur très célèbre, Hachalu Hundessa, les violences ont repris et des figures de l'opposition fédéraliste oromo ont été arrêtées comme Bekele Gerba et Jawar Mohammed.  Donc non, il n'y a pas tellement de débats sur la scène politique aujourd'hui.     David Ambrosetti

Pour gagner cette bataille face au Front de libération populaire du Tigré, le pouvoir éthiopien s'est fait aider directement par l'Érythrée, l'ennemi d'hier. Le gouvernement a remercié l'Érythrée pour le rôle qu'elle joue, mais sans être très clair sur ce qu'elle a vraiment fait. C'est l'une des principales sources d'inquiétude. Le gouvernement érythréen pourrait être en train de rejouer la guerre de 98/2000 qu'il avait globalement perdue sur le front militaire. Ne sera-t-il pas tenté de conserver le contrôle de facto de territoires éthiopiens? L'Érythrée du président Isaias a-t-elle intérêt à une Ethiopie stable ? Depuis vingt ans de relations entre les deux pays, ces relations ont plutôt prouvé le contraire.     David Ambrosetti

L'Éthiopie est perçue dans les chancelleries comme un pôle de stabilité dans la Corne de l'Afrique. Il est difficile de voir les tensions qui la traversent. En outre, la situation économique dans le pays, qui a été plutôt très bonne ou très encourageante (avec une forte croissance obtenue sur un endettement grâce à l'appui chinois), a produit aussi des effets d'opportunités d'investissement ou de marchés publics dans les communications, dans l'énergie, etc. Et c'est cette Ethiopie-là qu'on mettait en avant régulièrement et à juste titre. Mais là, effectivement, on a manqué de réactivité.      David Ambrosetti

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