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Sadyr Japarov, ici à Bichkek le 8 janvier lors d'un meeting, a remporté l’élection présidentielle kirghize, le 10 janvier 2021.

Le Kirghizstan restera-t-il plus libre et pluraliste que ses voisins ?

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Entretien avec David Gaüzère, spécialise du Kirghizistan, rattaché à l’université Bordeaux IV et membre associé de l’Institut de recherche Montesquieu

Sadyr Japarov, ici à Bichkek le 8 janvier lors d'un meeting, a remporté l’élection présidentielle kirghize, le 10 janvier 2021.
Sadyr Japarov, ici à Bichkek le 8 janvier lors d'un meeting, a remporté l’élection présidentielle kirghize, le 10 janvier 2021. Crédits : VYACHESLAV OSELEDKO / - AFP

Le Kirghizistan. Ex-République soviétique d’Asie centrale, indépendante depuis 91, petit pays en comparaison du Kazakhstan au nord et bien sûr et surtout de l’interminable Chine à l’est. On le présente souvent comme la seule démocratie d’Asie centrale : à force de révolutions (2005, 2010 et tout récemment en octobre dernier) les élections y sont plus libres, et pluralistes.

Mais dimanche dernier a été élu à la présidentielle, avec un très fort taux d’abstention, un homme Sadyr Japarov, qui veut faire adopter une nouvelle Constitution et mettre fin au régime parlementaire pour donner plus de pouvoir au Président.

Sadyr Japarov est un véritable ovni politique. Il était encore méconnu jusqu'en octobre dernier, ou plutôt simplement connu dans sa région d'origine, au Nord-Est du pays. Il a été sorti du chapeau par certains tenants de la révolution d'octobre dernier, qui visait à faire dégager par le peuple l'ancien président kirghiz et à mettre à la place plusieurs hérauts de la scène politique locale. C'est comme ça que d'anciens présidents qui étaient en prison ont été libérés. Il est clair que Sadyr Japarov, qui est jeune et n'a pas de tradition politique forte, a été porté par certaines forces qui jusque-là n'étaient pas officielles et se cachaient, en l'occurrence la criminalité organisée, la pègre, désireuse d'ordre et de pouvoir fort dans le pays.     David Gaüzere

L'union nationale kirghize aujourd'hui est assurée par l'entente au sein de la criminalité organisée, au sein de la pègre. C'est une entente tout-à-fait artificielle et qui repose sur des intérêts économiques et financiers opaques, dont certains sont en lien avec le trafic d'héroïne produite sur place ou en provenance du nord de l'Afghanistan. On a un système vraiment qui est, surtout depuis depuis la dernière révolution, un système qui était celui qui prévalait en Colombie dans les années 80 et 90. Mais malheureusement, c'est aujourd'hui, pour le moment encore, le seul système capable de garantir l'unité nationale et l'ordre au sein de la population.       David Gaüzere

Intervenants
  • Spécialise du Kirghizistan, rattaché à l’université Bordeaux IV et membre associé de l’Institut de recherche Montesquieu
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