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Libye. Après l’accord en trompe-l’œil de Tunis, peut-on imaginer un gouvernement d’union nationale?

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Hier jeudi, devait être signé au Maroc, sous la houlette de l’ONU, un accord entre la plupart des factions rivales, après cinq ans de guerre civile et une partition de fait du pays. Un accord « libo-libyen » avait déjà été signé à Tunis le 6 décembre Il prévoit un gouvernement d’union nationale, reposant sur un premier ministre, deux vice-premiers ministres et une dizaine de représentants du Congrès général national (CGN) de Tripoli, de tendance islamiste (« Aube de la Libye »), et de la Chambre des représentants de Tobrouk (extrême-est du pays), élue en juin 2014 et seule à être reconnue par la communauté internationale. Un retour à la constitution de 1951, rénovée, était à l’étude. Deux points clés n’étaient pas tranchés : monarchie ou république État centralisé ou fédération. On a accusé cette collusion d’intérêt contre nature de vouloir éviter à tout prix toute négociation via l’ONU. D’ailleurs, le mardi 15 décembre, à Malte, les deux présidents des parlements antagonistes se sont subitement rencontrés.

Un autre accord a été signé à Rome le 13 décembre, Sous la houlette de l’ONU cette fois, celui-ci prévoit la formation d’un gouvernement d’union nationale dans les quarante jours.

La mise en œuvre de tout accord est très incertaine. Chaque camp est profondément divisé aucun n’a vraiment de mandat pour négocier un mouvement islamiste, ayant prêté allégeance à l’État islamique, s’est récemment installé dans la région de Syrte les tribus du Fezzan se combattent (Toubous contre Touaregs et Ouled-Slimane).

Surtout, l’ « État » libyen n’a jamais existé.

Th. G.

Vous pouvez également réécouter notre récente émission sur le même sujet, ou en consulter les informations complémentaires, en cliquant ici <

Migrants on board an overloaded wooden boat are rescued some 10.5 miles off the coast of Libya
Migrants on board an overloaded wooden boat are rescued some 10.5 miles off the coast of Libya Crédits : Reuters

En Libye , la bande côtière est en proie, depuis plus d'un an, à une violente guerre de leadership qui oppose deux gouvernements rivaux. Un gouvernement reconnu par la communauté internationale est basé dans la partie orientale du pays. L'autre, soutenu par un conglomérat de milices, siège dans la capitale, Tripoli. Et cette instabilité a favorisé l’installation du groupe djihadiste Etat islamique dans le pays. Un accord conclu à Tunis est censé favoriser la tenue d’élections en Libye, dans deux ans. Il a été négocié en dehors de la médiation menée par les Nations unies entre les factions politiques rivales libyennes.

L'Etat islamique a trouvé un interstice dans l’angle mort territorial qu’est devenu le golfe de Syrte, situé aux confins de chacune des deux grandes régions historiques que sont la Tripolitaine et la Cyrénaïque, et aux limites des deux pouvoirs concurrents de Tripoli et de Tobrouk. Mais c’est aussi une région vaincue et qui a été totalement laissée pour compte depuis l'assassinat du guide Kadhafi. Les islamistes qui participent au gouvernement de Tripoli entretiennent avec lui des rapports ambigus qui ont eu pour effet de le laisser propspérer. De l’autre côté, le gouvernement de Tobrouk veut en faire un épouvantail pour gagner le ralliement des puissances occidentales et un alibi dans sa volonté d’éradiquer ses adversaires tous mis dans le même sac et abusivement assimilés à des «terroristes», y compris ceux qui ne sont pas islamistes !

En Italie , le pays européen qui a des liens historiques extrêmement forts avec la Libye, plusieurs puissances mondiales et régionales se sont réunies dimanche dernier, sous l’impulsion de Matteo Renzi. Ils ont apporté leur soutien à la formation d'un gouvernement d'unité en Libye, promettant une aide économique et surtout une assistance dans le domaine de la sécurité pour faire face à la progression des djihadistes de l'État islamique. Les pays occidentaux s'inquiètent particulièrement de leur implantation dans la région de Syrte, l'ancien fief du « guide » libyen. Le premier ministre a aussi déclaré que la France devrait combattre l'EI « demain sans doute en Libye » et non plus seulement en Irak et en Syrie.

Intervenants
  • enseignant à l’université de Lausanne, chercheur et spécialiste de la Libye
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