LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Meeting politique de masse pour le président turc Recep Tayyip Erdogan, à Konya dimanche

Moyen-Orient : la Turquie prise au piège de sa Realpolitik ?

10 min
À retrouver dans l'émission

Depuis une semaine Ankara menace d'une nouvelle offensive contre les milices kurdes en Syrie. Les YPG, adversaire déclaré, sont aujourd'hui un des piliers de la stratégie américaine contre Daech. Pour sécuriser sa frontière la Turquie fera-t-elle obstacle à son principale allié occidental?

Meeting politique de masse pour le président turc Recep Tayyip Erdogan, à Konya dimanche
Meeting politique de masse pour le président turc Recep Tayyip Erdogan, à Konya dimanche Crédits : MURAT KULA / ANADOLU AGENCY - AFP

C'est la "stratégie du flou en avant", écrit Malo Tresca dans La Croix, alors que l'exécutif turc multiplie depuis une semaine les déclarations bellicistes envers les groupes kurdes en Syrie et en Irak. Hier le président Erdogan se disait encore une fois prêt à se "débarrasser" de ces milices qui occupent le Nord de la Syrie (YPG, branche militaire du PYD) et le Nord de l'Irak (PKK au Kurdistan). 

Il y a des vases communicants clairs entre la politique extérieur turque et la politique intérieure turque en ce moment . En annonçant une opération militaire au nord-est de la Syrie, visant les combattants Kurdes de l’YPG et du PKK, il s’agit simplement de détourner l’attention de l’opinion publique turque, à un moment où le pays connaît une crise économique et à un moment où le parti  AKP et le président Erdogan se préparent à des élections municipales en mars 2019.       Jana Jabbour, enseignante en Relations internationales à Sciences-Po Paris.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

C'est la crainte d'un "continuum" kurde entre l'Irak et la Syrie qui a déjà poussé Ankara à intervenir deux fois, en 2016 et 2018.Avec la guerre, les forces kurdes qui se sont mobilisés dans le Nord ont aussi gagné du terrain et occupent administrent plusieurs villes, le long de la frontière avec la Turquie qui continue de bombarder sporadiquement les milices. Cette fois le président Erdogan a annoncé une opération "de grande envergure", des groupes rebelles affiliés en Syrie auraient déjà traversé l'Euphrate.

Il s’agit pour lui de jouer la carte nationaliste et de rallier l’opinion publique pour gagner les élections. Il est clair aussi que le gouvernement, le président et l’état-major sont hantés par la peur qu’une éventuelle autonomie des Kurde de Syrie puisse avoir un effet domino à l’intérieur de la Turquie, en poussant les Kurdes de Turquie à établir  une zone autonome au sud-est du pays. En raison de cette phobie de l’autonomisation kurde, la Turquie a procédé à une réévaluation de ses priorités à l’égard de la Syrie. Aujourd’hui, la priorité de la Turquie n’est plus de renverser Bachar el-Assad, mais c’est de contenir les Kurdes et de sécuriser la frontière. Dans cette logique de l’ennemi de mon ennemi est mon ennemi, Erdogan est entré dans une logique de rapprochement avec le régime syrien.       Jana Jabbour, enseignante en Relations internationales à Sciences-Po Paris.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Ankara prend un risque. Si l'armée turque traverse l'Euphrate, la Turquie rompt l'accord conclu cette année avec les Etats-Unis au sujet de Manbij et de ses environs, au moment de la dernière offensive "Rameau d'Olivier". A l'époque, les américains étaient parvenu à épargner les YPG en les convaincant d'évacuer Afrin qui a été prise par les rebelles alliés des Turcs sans combat majeur. L'accord "de Manbij" prévoyait un stationnement des YPG à Manbij et des patrouilles communes (comme à Idlib avec la Russie). Plus récemment, les Etats-Unis ont installé des postes d'observation dans la zone, qu'Ankara a souvent dénoncé comme des "radars" dangereux pour sa sécurité. 

Les Turcs ont peur du renforcement des postes d’observation des Etats-Unis en Syrie; ils voient très mal le double-jeu américain qui, d’un côté annoncent qu’ils sont engagés dans une alliance avec le gouvernement d’Erdogan mais, de l’autre côté  sont en train de soutenir l’ennemi numéro un de la Turquie à savoir les Kurdes en Syrie. Il faut savoir aussi que la Turquie se sent omnipotente aujourd’hui, surtout qu’elle est très présente et très influente sur le terrain syrien, en soutenant des groupes islamistes djihadistes, dont on estime la taille et le nombre entre 15 à 20.00 membres combattants. Puis, la minorité turkmène syrienne (dont on estime la taille à 5.00 membres) est en train de suivre l’agenda du pouvoir turc pour combattre contre les Kurdes : le gouvernement de l’AKP a réussi à réveiller chez ces Syriens turkmènes le sentiment d’appartenance à la nation turque !      Jana Jabbour, enseignante en Relations internationales à Sciences-Po Paris.

En menaçant les milices Kurdes, le président turc fait donc pression sur Washington. Que peuvent faire les Etats-Unis? Retirer les postes d'observation? Faire reculer encore les milices kurdes? En ont-ils encore besoin? En octobre, des bombardements turcs sur Kobané et Tal Abyad avaient entraîné la suspension des YPG de leurs actions contre l'Etat Islamique ; cette fois l'opération majeure pour laquelle ils étaient utilisés vient de se terminer hier avec la reprise de la ville d'Hajin par les FDS appuyées par la coalition. 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Les vicissitudes de l’engagement turc au Moyen-Orient: du « néo-ottomanisme » à l’aventure syrienne.

Article de Jana Jabbour, publié dans le n° 94 de la revue Questions internationales - Turquie : le grand écart - Publiée par notre partenaire La Documentation française et diaponible en ligne en cliquant ICI

Intervenants
  • Spécialiste de la diplomatie turque au Moyen-Orient et enseignante en Relations internationales à Sciences-Po Paris.
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......