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Rue de Katmandou, février 2021.

Crise politique au Népal : marxistes-léninistes et maoïstes, les frères ennemis

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Les 28 millions d’habitants de cette petite république fédérale himalayenne n’ont plus de gouvernement depuis le début de la semaine : le Premier ministre marxiste KP Sharma Oli a remis sa démission à la Présidente de la République. Entretien avec le géographe Emmanuel Véron.

Rue de Katmandou, février 2021.
Rue de Katmandou, février 2021. Crédits : PRAKASH MATHEMA - AFP

Au Népal, deux partis dominent encore la scène politique en 2021 : le parti marxiste-léniniste, et le parti maoïste. Selon que l'un ou l'autre est au pouvoir, le Népal penche côté indien, son voisin du sud, ou chinois, voisin du nord. Depuis la fin de la guerre civile en 2006 puis la chute de la monarchie en 2008, les deux partis tentent de faire front commun politique pour avoir une majorité au Népal. Cette stratégie, désavouée en février par la Cour constitutionnelle népalaise, entraîne aujourd'hui une crise politique et la démission du Premier ministre marxiste-léniniste, KP Sharma Oli.

Avec la crise du Covid, à laquelle s'ajoutent des problématiques de corruption mais aussi la question de l'articulation de la politique népalaise avec celles de l'Inde ou de la Chine, la structure créée par les maoïstes et les marxistes-léninistes est en voie d'éclatement.      Emmanuel Véron

Le Népal est au nord séparé de la Chine par de hauts montagnes, à proximité de la région du Tibet, et il est ouvert au sud sur l'Inde, avec une frontière longue de pratiquement 2.000 km. Depuis quelques semaines, il y a véritablement une recrudescence des infections et du nombre de décès avec les variants indiens sur le territoire népalais. S'ajoute à cela la problématique de la rente touristique, qui s'est totalement effondrée depuis la fin de l'année 2019 début 2020 jusqu'à aujourd'hui. Moins de devises touristiques, moins de flux financiers aboutit à une déstructuration des économies locales, dans la continuité d'une crise durable suite au séisme de 2015 dont le pays, malgré les aides internationales, ne s'est toujours pas relevé.      Emmanuel Véron

Historiquement, le Népal a toujours été dans une proximité certaine avec l'Inde pour des raisons géographiques,  anthropologiques, religieuses... Et la circulation de populations tibétaines au Népal est depuis longtemps un levier pour la politique indienne en rivalité avec la Chine. L'Inde a donc toujours estimé que le Népal était dans son orbite stratégique dans cette partie de l'Asie du Sud. Néanmoins, en 2019, le gouvernement de Narendra Modi a tracé une nouvelle carte "made in India", qui amputait une partie du territoire népalais, notamment dans la partie du Kailash, montagne sacrée dans la pointe de jonction avec la région autonome du Tibet. A partir de là, le gouvernement népalais s'est crispé et réaffirmé qu'il s'agissait bien d'une région souveraine, malgré la présence de forces militaires indiennes.     Emmanuel Véron

Intervenants
  • Géographe, chercheur associé à l’école navale et à l’INALCO. Membre de l’IFRAE (Institut Français de Recherche sur l'Asie de l'Est).
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