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Soldats de l'armée libyenne lors d'un défilé pour commémorer le 69e anniversaire de l'indépendance du pays, sur la place des martyrs à Tripoli, le 24 décembre 2020.

En Libye, un changement d'institutions suffira-t-il à résoudre le conflit ?

10 min
À retrouver dans l'émission

Entretien avec Virginie Collombier, professeure à l'Institut universitaire européen à Florence.

Soldats de l'armée libyenne lors d'un défilé pour commémorer le 69e anniversaire de l'indépendance du pays, sur la place des martyrs à Tripoli, le 24 décembre 2020.
Soldats de l'armée libyenne lors d'un défilé pour commémorer le 69e anniversaire de l'indépendance du pays, sur la place des martyrs à Tripoli, le 24 décembre 2020. Crédits : MAHMUD TURKIA - AFP

Après des mois de négociations, les 75 délégués réunis à Genève votent aujourd'hui pour un « exécutif unifié temporaire », selon l’expression désormais convenue. On a d’abord dit « gouvernement d’entente nationale » puis « d’unité nationale » : dans tous les cas, il s’agit de réunir dans un même gouvernement, des personnalités des trois grandes régions libyennes : la Tripolitaine à l’ouest, la Cyrénaïque à l’est, et le Fezzan au sud.

Un gouvernement "unifié" : une gageure tant le général Haftar venu de l’est a mis à l’épreuve le gouvernement reconnu par l’ONU, à Tripoli donc à l’ouest… Et "temporaire" en attendant des élections, pour l’instant espérées pour le mois de décembre.

Pour autant, un changement d’institutions est-il la solution pour mettre fin à la guerre civile ?

Il n'est pas évident que la liste qui sortira vainqueur des élections d'aujourd'hui ait la capacité à mettre un terme au conflit. Ce n'est pas du tout sûr qu'ils puissent se mettre d'accord sur quoi que ce soit. Il s'agit moins, en fait, d'une question de rivalité entre régions qu'un risque que la liste qui émerge, soit une liste qui regroupe les principaux "chefs de guerre" sur le terrain depuis depuis deux ans, et qui ont fait alliance avec pour seul objectif de ne pas laisser le pouvoir, et de consolider leur position sur le terrain.     Virginie Collombier

On ne voit pas le gouvernement actuel de Fayez el-Sarraj et certaines des composantes de son alliance être disposés à ce que les Turcs s'en aillent. Le soutien turc est absolument essentiel. La Libye est devenue une position stratégique, et je pense pour longtemps. Même chose du côté de Haftar et de ses soutiens - on parle là de réseaux plus que de personnes : les Russes sont très bien implantés, ont joué un rôle très important dans le soutien aux forces du général Haftar ou de la soi disant "armée nationale libyenne" et il est peu envisageable que, dans le contexte actuel, tant les Turcs que les Russes envisagent de partir. Il ne faut pas oublier qu'au-delà de leur présence plus ou moins proche des lignes de front dans la région centrale de Libye, Turcs et Russes ont maintenant un contrôle très important sur plusieurs bases militaires majeures en Libye : du côté ouest de la Libye pour les Turcs, dans l'est et dans le sud pour les Russes, qui contrôlent également en partie les installations pétrolières.      Virginie Collombier

Intervenants
  • professeur à l'Institut universitaire européen (European University Institute) de Florence
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