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Un groupe de rescapés de la noyade, arrivé avant hier dans le port espagnol de Malaga

Politique migratoire : l’UE met-elle en danger les migrants en Afrique ?

10 min
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Une coopération renforcée pour contrôler les migrations : c’est ce qu’a demandé le chancelier autrichien Kurz qui veut un organiser un grand sommet Europe-Afrique en décembre. Depuis 2016, l’Union Européenne paye une vingtaine de pays africains pour limiter les arrivées de migrants via la Lybie.

Un groupe de rescapés de la noyade, arrivé avant hier dans le port espagnol de Malaga
Un groupe de rescapés de la noyade, arrivé avant hier dans le port espagnol de Malaga Crédits : GUILLAUME PINON / NURPHOTO - AFP

Le Niger, le Tchad et le Soudan sont en tête de liste et, paradoxalement, cette coopération européenne risque aussi de les déstabiliser à l'intérieur. 

C’est ce que l’on appelle l’ « externalisation » de la politique migratoire européenne : le processus lancé depuis presque 20 ans s’est peu à peu ciblé sur la Méditerranée et l’Afrique sahélienne. Depuis le Sommet de la Valette, mais surtout depuis le Processus de Khartoum en 2016, l’UE qui veut limiter les arrivées en Europe finance des pays africains pour retenir et trier les migrants des demandeurs d’asile directement sur place. Le système qui n’est pas à proprement parler une  sous-traitance (comme le fait l’Australie) repose quand même sur un  principe de «donnant-donnant» : plus de 400 millions de dollars ont été dépensés pour le développement économique ou l’équipement  des forces locales. 

Le président soudanais a choisi les plus zélées de ses milices arabes, qui ont commis de crimes terribles au Darfour, pour contrôler sa frontière avec la Libye pour le compte de l’Union européenne.  A la télé soudanaise, il fait ouvertement du chantage à l’Union européenne, pendant que ses forces rançonnent les migrants (soudanais et érythréens) _mais sont aussi devenus des passeurs qui utilisent les véhicules de l’armée officielle. Ils sont en lien avec les trafiquants d’être humains libyens à qui ils VENDENT les êtres humains qu’ils ont capturé pour le compte de l’Union européenne.       _Clotilde Warin

Deux  ans après, les conséquences de cette politique sur les pays « de départ » commencent à être sensible. Par exemple au Niger, un tarissement  de 95 % des flux de migrants vers la Libye, se félicitait le président  du Parlement européen Antonio Tajani en juillet. Les admissions à  partir des pays tiers sont encore faibles. La France en janvier 2018 en  avait annoncé 3000 sur deux ans, la sélection  actuelle de l’OFPRA porte sur 400 personnes ; selon l’ONU (UNHCR) cette  année, 90.000 personnes « vulnérables » seraient en attente dans les  centres de rétention sahéliens.    

Carte des flux de migrants qui n'ont pas péri noyés dans la Méditerranée et évaluation des décès probables
Carte des flux de migrants qui n'ont pas péri noyés dans la Méditerranée et évaluation des décès probables Crédits : THORSTEN EBERDING - AFP

Dans un rapport publié la semaine dernière, l’Institut Clingendael alerte  sur des conséquences encore plus graves pour trois de ces pays  sahéliens :  Niger, Tchad et Soudan, dont la coopération des autorités fait subir  aux migrants et à leur population des «dommages multilatéraux». Déjà  en 2017 les élus d’Agadez alertaient sur le «cimetière à ciel ouvert»  qu’était devenu le désert au Nord, puisque ses passeurs habituels avaient vu leurs véhicules confisqués. Au Niger, la rétention des migrants se fait au prix d’une déstabilisation économique et politique puisque la situation oppose désormais à Niamey les toubous et touaregs de la région. Le Tchad lui devient le lieu de passage de substitution d’un certains nombres de routes fermées.

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Outre la mise en danger des migrants, le risque nouveau pointé par l’Institut Clingeandael est de favoriser la reproduction de routes et réseaux criminels : c’est le cas au Soudan d’Omar el Béchir, où les milices Janjawids coupables de crimes de guerre au Darfour assurent leur reconversion en gardes-frontières et passeurs en récoltant des fonds européens non contrôlés en bout de course. 

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La conséquence à plus grande échelle est une « miliatia-isation » accrue de la région et un renforcement involontaire de certains groupes armés.

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Pour l’instant, le Soudan, le Tchad et le Niger, qui ont en commun une  frontière avec la Libye sont devenus le réservoir des migrants vers la Libye ou l’Europe en attente de demande d’asile. A court terme, leur stabilité n’est pas menacée ; à long terme la situation est plus problématique, également pour l’UE qui cherche en même temps par la  guerre à stabiliser le Sahel. 

Sebastian Kurz veut un sommet en décembre et souhaite étendre ces accords sur le modèle de l’accord UE-Turquie. Mais les pays de départ existeront-ils  toujours ? 

Recensement officiel par l'UNHCR des arrivées de migrants par la mer de 2014 à 2018
Recensement officiel par l'UNHCR des arrivées de migrants par la mer de 2014 à 2018 Crédits : SOPHIE RAMIS, GILLIAN HANDYSIDE - AFP

Clingendael Inst. @Clingendaelorg The Clingendael Institute is a leading think tank and academy on international affairs which aims to contribute to a secure, sustainable and just world.  www.clingendael.org

Intervenants
  • journaliste et chercheuse, co-auteure du rapport « Multilateral Damage : l’impact des politiques migratoires de l’UE sur les routes du Sahara » pour l’Institut Clingendael
L'équipe
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