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Proche-Orient. La recomposition démographique au regard de la guerre civile syrienne

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L’approche démographique des relations internationales est toujours utile et souvent nécessaire. D’autant plus dans les périodes de crises ou de conflits armés, lesquels peuvent provoquer des mouvements massifs de déplacés ou de réfugiés.

L’approche démographique des relations internationales est toujours utile et souvent nécessaire. D’autant plus dans les périodes de crises ou de conflits armés, lesquels peuvent provoquer des mouvements massifs de déplacés ou de réfugiés. Or, cet apport de la démographie n’est guère privilégié par les dirigeants politiques des régimes démocratiques, tant ils sont attelés au court terme ou rivés à l’échéance des prochaines élections.

Dans le cas de la Syrie, plus précisément, on est impressionné par les chiffres, ceux de la natalité récente et ceux des réfugiés, aussi bien dans les pays voisins (2,2 millions en Turquie, 1,5 million au Liban, 800 000 en Jordanie) qu’en Europe, l’Allemagne devant accueillir d’ici la fin de l’année 800 000 personnes, auxquelles elle accorde le droit d’asile.

Quel regard du démographe ?

Th. G.

MIDEAST-CRISIS / SYRIA-REFUGEES
MIDEAST-CRISIS / SYRIA-REFUGEES Crédits : Reuters

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Au Liban , avec une estmation approximative tournat autour du nombre de deux millions de réfugiés syriens, le pays plonge dans une impasse politique et économique. Par exemple, plus de la moitié des élèves scolarisés au Liban sont aujourd’hui des réfugiés syriens. N’ayant pas les moyens de subvenir aux besoins de ces populations déplacées, ceux qui ont fui la guerre se retrouvent dans ce pays voisin mais hélas dans des situations de misère extrême. Mathilde Rouxel, de l’Université Saint-Joseph à Beyrouth, lance « un appel aux pays dits riches ».

En Suisse , le HCR est préoccupé par des informations sur des violences sexuelles contre des femmes et des enfants réfugiés. Sa porte parole basée à Genève, Melissa Fleming, fait état « des témoignages et des informations concordantes que nous avons reçus, dans certains cas, des enfants se sont livrés à la prostitution de survie pour payer des passeurs afin de poursuivre leur voyage, soit parce qu'ils n'avaient plus d'argent, soit parce qu'ils avaient subi des vols ».

Sur le terrain, on tente de s’adapter dans l’urgence, avec plus ou moins de succès. A Qaraoun, un petit village de seulement 5000 habitants, situé dans le sud de la Bekaa, le maire Yehia Daher a décidé d’accepter … 5000 réfugiés. Chacun a été enregistré sur son ordinateur et est suivi quasi quotidiennement. Sans aucune aide du gouvernement. « * On fait tout tous seuls. L’État ne nous aide pas* * » * : il nous raconte ici les détails de leur vie au quotidien.

C’est à Genève également que l’agence indépendante IRIN dresse, en langue originale arabe, une chronologie humaine de la crise régionale. La Jordanie a toujours ouvert ses portes aux familles des pays voisins (palestiniens, irakiens ou syriens). Elle nous livre ici de nombreux témoignages de réfugiés : اللاجئون في الأردن - جدول زمني بشري للأزمة الإقليمية

Car,* en Jordanie* , c’est un malaise très profond qui ronge la société*. * L'ancien « émirat hachémite de Transjordanie » est devenu en 1949 le « royaume hachémite de Jordanie ». A peine né, le pays accueillit sur son territoire plusieurs centaines de milliers de Palestiniens, alors chassés par la guerre après la création de l'État d'Israël. Paysfragile, dontplus de 90 % du territoire jordanien est désertique, il a réussi à traverser dans le calme les révolutions arabes et ses frontières ont jusqu’ici résisté aux mouvements terroristes venant de Syrie et d’Irak.

En Egypte aussi, on compte depuis 1948 de larges communautés de réfugiés, dont de très nombreux palestiniens. Leur situation de pauvreté a été depuis longtemps oubliée, alors que des vagues de Syriens viennent progressivement compliquer une situation déjà catastrophique.

Aux Etats-Unis , le directeur de la Banque mondiale pour le Moyen-Orient pose clairement le débat : qui aide le Liban et la Jordanie à accueillir les réfugiés syriens ? On est en train de comprendre que la solution n’est pas pour demain. Aucune fin n’est en vue pour le conflit syrien. Et nul ne peut prévoir quand les réfugiés pourront rentrer chez eux. La seule certitude, c’est que la Jordanie et le Liban doivent s’occuper à la fois de leurs propres citoyens et des millions de réfugiés qui vivent à leurs côtés.

diaspora syrienne
diaspora syrienne
Intervenants
  • chercheur à l’Institut national d’études démographiques (Paris)
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