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Syrie. Comment évaluer le nouveau processus diplomatique international ?

9 min
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Depuis fin septembre, les événements militaires et diplomatiques se sont précipités dans le conflit syrien, ou plutôt syro-irakien, après cinq ans de guerre civile. Déjà, deux périodes récentes doivent être mentionnées : De fait, en 2013 , les Occidentaux s’étaient montrés profondément divisés à la perspective de frapper la Syrie dans des frappes dites « punitives », au motif de l’utilisation supposée ou réelle d’armes chimiques par Damas contre les opposants du régime.

Ensuite, en 2014 , une coalition internationale fut constituée, sous mandat ONU.

Deux points clés, l’un essentiel, l’autre annexe : Est-ce le retour de la logique Est-Ouest (Washington-Moscou) ?

Est-ce la fin des rêves kurdes, complexes, d’indépendance ?

Enfin, vici quelques repères pour les dernières semaines :

--27 septembre : début des raids aériens français en Syrie, à l’instar des États-Unis (la coalition ONU de 2014 ne portant que sur l’Irak).

--28 septembre : discours du président Poutine à l’assemblée générale de l’ONU, appelant à une « véritable et large coalition anti-terroriste internationale ».

--30 septembre : début des raids aériens russes en Syrie.

--30 octobre : conférence de Vienne, incluant l’Iran.

--13 novembre : attentats massifs à Paris et dans la région parisienne. Aussitôt, revirement diplomatique français (abandon de la doctrine du « ni-ni », ni Bachar el Assad ni État islamique » et préalable du départ de Bachar el Assad).

--20 novembre : résolution de l’ONU (« prendre toutes les mesures nécessaires (…) en Syrie et en Irak » (…) pour « éliminer le sanctuaire » terroriste).

--18 décembre : résolution de l’ONU, adoptée à l’unanimité, proclamant l’unicité du pays, prévoyant un cessez-le-feu, un gouvernement de transition, des élections dans les 18 mois, une nouvelle constitution et n’évoquant pas le sort politique de Bachar el-Assad.

Th. G.

SYRIA AIRSTRIKES, 11décembre2015
SYRIA AIRSTRIKES, 11décembre2015 Crédits : Reuters

En France , depuis que l'Etat Islamique a revendiqué la responsabilité des attentats de Paris, la position de Laurent Fabius est passée d'un "ni, ni" catégorique (Ni Bachar, Ni l'Etat Islamique), à la priorité donnée à la lutte contre l'organisation jihadiste : après des années de refus catégorique, la France ne fait plus du départ du président Bachar al-Assad un préalable au démarrage d’une transition politique en Syrie. Pour l'analyste Hasni Abidi, qui préside un think-thank basé en Suisse, "on constate de plus en plus l'échec des bombardements de la coalition contre l'EI, donc on amorce un tournant. Et les Français veulent rassurer les Russes, en leur montrant que leur position n'est plus dogmatique. La France veut désormais une grande coalition, donc elle cède sur cette conditionnalité qu'est le départ immédiat de Bachar."

De ce champ affreusement chaotique qu’aucun acteur n'arrive à contrôler, s’étend et prospère le djihadisme comme jamais il n’avait prospéré, avec des branches et sous-branches toujours plus étendues et actives, en Syrie, en Irak, au Yémen, en Égypte, mais aussi au Liban et en Turquie. Autrefois limité et « hors-sol », il se crée des territoires, avec « l’État islamique » à cheval sur la Syrie et l’Irak, mais aussi avec AQPA au Yémen. Des allégeances se ramifient en Libye, dans le Maghreb, dans le Sahel. Ses noms évoluent, ses formes changent, mais le phénomène s’accroit à tel point qu’il s’inscrit dans l’agenda de tous les acteurs impliqués au Proche-Orient et au-delà, jusqu’aux rues de la France.

Aux Etats-Unis , l'organisme new-yorkais Soufan Group a recensé le nombre de combattants djihadistes étrangers qui sont présents au sol en Syrie et en Irak : il a plus que doublé en un an et demi.

L'augmentation du nombre de djihadistes n'est pas uniforme à travers le monde. Il a ainsi plus que doubler en provenance d'Europe occidentale, avec un total de 5000, dont 1700 Français, tandis qu'il restait stable en Amérique du Nord (280). Ils sont 8240 en provenance des pays du Moyen-Orient, dont 2500 Saoudiens, et 8000 du Maghreb, la Tunisie restant de loin le premier pays avec 6000 djihadistes présents en Syrie et en Irak. Il y a également 2100 Turcs. Enfin, le nombre de combattants venus de Russie et des anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale a explosé de près de 300 % : ils sont 4700, dont 2400 Russes. Mais un autre chiffre de ce rapport américain attire l'attention : entre 20 et 30 % de ces djihadistes étrangers quittent ensuite le territoire de l'Etat Islamique pour retourner ensuite dans leur pays !

Intervenants
  • politologue, maître de conférences à l'Université de Reims, enseignante à Sciences Po et chercheure associée au Centre Thucydide (Université Paris II) et au Collège de France (chaire d’histoire contemporaine du monde arabe)
  • Président de la Syrie
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