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Turquie. Comment expliquer la politique régionale d’Ankara ?

8 min
À retrouver dans l'émission

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*Le président Erdogan, ancien premier ministre, avait mal gagné les législatives de juin dernier (poussée des Kurdes). * *Or, toutes affaires cessantes, il vient de convoquer un scrutin fort anticipé pour le 1er novembre. * La personnalité du président et son comportement à la hussarde soulèvent de nombreuses questions. Pourquoi cette dérive particulièrement autoritaire ? Son parti, l’AKP, est-il homogène et totalement solidaire ? Quelles résistances peut-il rencontrer en interne ? La situation régionale, particulièrement dramatique (État islamique) et mouvante (contradictions de la coalition anti-État islamique), le dessert-il, sachant que la Turquie a été accusée d’être plus que laxiste avec l’État islamique et de combattre avec plus de détermination les Kurdes que les islamistes radicaux ? Quelles sont les grandes interrogations à court terme ?

U.S. President Barack Obama (R) shakes hands with Turkey's Prime Minister Recep Tayyip Erdogan after a bilateral meeting
U.S. President Barack Obama (R) shakes hands with Turkey's Prime Minister Recep Tayyip Erdogan after a bilateral meeting Crédits : Reuters

Au Liban , le premier pays touché par ces déplacements de population, on a pu constater que, afin d'éviter un afflux de réfugiés le long de sa frontière avec la Grèce, les autorités turques ont décidé de bloquer les migrants dans la gare routière d'Istanbul, distante de 250 km ! Des centaines de Syriens et d’Irakiens y font le siège des compagnies de transport dans l’espoir de finalement pouvoir monter dans un autocar, en direction de l’Allemagne.

Et on y décrypte aussi très précisément la complexité de la nouvelle problématique kurde depuis l’élection turque de cette année, qui a vu l’émergence de Selhatim Demirtas, un jeune kurde, avocat des droits de l’homme, libéral et laïc.

En Turquie , les équipes d’Amnesty poussent un terrible cri d’alarme. Car, si la Turquie applique une politique d'ouverture des frontières pour les Syriens, en pratique seuls deux postes sont entièrement ouverts sur une frontière longue de… 900 kilomètres ! Et même à ces deux postes, les personnes qui n'ont pas de passeport se voient régulièrement refuser le passage, à moins qu'elles n'aient besoin d'une aide médicale ou humanitaire d'urgence. Échapper à la Syrie est hélas un défi dangereux, si ce n’est mortel. Et de l’autre côté de la frontière, la protection offerte par la Turquie est finalement très précaire.

Du côté de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés , on dresse un bilan circonstancié et chiffré de l’année dernière, qui nous laisse largement inquiets de ce que pourra être le bilan pour 2015 à la fin de cette année.

Pourtant, la télévision publique turque met volontiers en avant l’extraordinaire prospérité économique du pays. Dans l’ensemble des pays du G20, la Turquie se retrouve le 3e pays ayant la plus forte croissance, juste après la Chine et l’Inde, mais loin devant tous les pays occidentaux !

Et *l’agence de presse gouvernementale * Anadolu Agency, diffuse un communiqué ministériel qui décrit ainsi sa vision de la situation dans la région : «Certains pays qui se disent nos amis cherchent à faire tomber la Turquie socialement et économiquement dans le cadre de leur projet visant à remodeler notre région, berceau des civilisations. Dans cette optique, ils ont revitalisé l’organisation terroriste, ils lui ont donné un nouveau souffle et un soutien logistique. Si vous regardez bien, les terroristes ne tuent pas nos soldats ou nos policiers dans des affrontements. Grâce aux renseignements qu’ils obtiennent de l’étranger sur les mouvements de nos troupes, ils réalisent des embuscades, comme ça été le cas à Daglica.»

Pendant ce temps,* au Kurdistan* , les voix qui s’élèvent sont bien évidemment discordantes. On pense que le conflit Syrien et la puissance de l’Etat islamique vont déboucher sur un siècle kurde, après une longue histoire de persécution.

On y montre aussi des images tournées dans la province kurde de Hakkari, qui dénoncent les tirs de l’armée turque contre ses propres citoyens.

Et puis, c’est surtout parmi la population kurde que se répand l’idée que l’Etat islamique serait une sorte d’armée secrète de l’OTAN, dont la Turquie est un des principaux acteurs et l’allié fidèle de Barack Obama.

En France, * le site « Les clés du Moyen Orient » propose un point très bien documenté sur la Turquie et la question kurde dans les conflits en Irak et en Syrie* . L’Etat islamique est « un virus destiné à diviser et à détruire l’Oumma [la communauté des musulmans] », avait bien déclaré le président turc Erdogan en avril 2015…

Mais, à peine un mois avant, il avait également proclamé qu’il n’y avait « pas de problème kurde » dans son pays.

Et cette semaine, il tire sa conclusion unilatérale, tout en rappelant que la Turquie avait déjà accueilli plus de deux millions de réfugiés venus de Syrie et d’Irak : « Assad le Cruel est responsable de la tragédie d’aujourd’hui »

Intervenants
  • directeur adjoint de l’IRIS, auteur notamment de « Géopolitique des mondes arabes », ed. Eyrolles.
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