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Il y a deux siècles à Waterloo, l'Angleterre fondait l'Europe moderne

Union européenne. Une cohésion mise à mal par des forces multiples.

8 min
À retrouver dans l'émission

Comment évaluer les fléaux de divers ordres qui se sont abattus sur l’Union européenne depuis près de dix ans. Les divisions entre pays membres se sont multipliées depuis des années.

Il y a deux siècles à Waterloo, l'Angleterre fondait l'Europe moderne
Il y a deux siècles à Waterloo, l'Angleterre fondait l'Europe moderne Crédits : Yves Herman - Reuters

D’abord, avec la survenue de la crise économique, surgie aux États-Unis en 2007, mais s’installant dès 2008 en Europe (crise de la dette souveraine, rôle de la Grèce, différends franco-allemands). Ensuite, les eurosceptiques et les europhobes, les mouvements et partis d’extrême droite, les populismes se sont développés, de même pour les régionalismes indépendantistes, le tout accusé par le déficit démocratique (vous pouvez écouter ici notre émission intitulée Quel avenir pour l'Union européenne ? ). Les événements ukrainiens de 2014 ont divisé aussi les Européens (un référendum consultatif aux Pays-Bas a rejeté, le 6 avril dernier, l’accord d’association entre Bruxelles et Kiev).

Plus récemment, l’Allemagne a de plus en plus agi d’une façon autonome, mais en engageant l’Union européenne : menace du Grexit ; construction de centrales à charbon très polluantes au lendemain de la tragédie de Fukushima ; porte ouverte à tous les réfugiés et imposition aux autres de quotas migratoires ; accord avec Ankara sur les migrants et la reprise des négociations d’adhésion (vous pouvez écouter ici notre émission intitulée : Allemagne, Berlin en Union européenne, Berlin et l’Union européenne). Signe des temps : la Hongrie vient d’annoncer la tenue d’un référendum contre les quotas obligatoires.

Bref, l’Europe se détricote-t-elle de plus en plus vite ?         Th. G.

Europe : non merci !
Europe : non merci ! Crédits : Phil Noble - Reuters

61% de non à la question : "Êtes-vous pour ou contre l'approbation par les Pays-Bas de l'accord d'association entre l'Union européenne et l'Ukraine ?". Le désaveu est profond pour le gouvernement néerlandais qui soutenait ouvertement le "oui" au référendum, contre l'extrême-droite et le parti socialiste qui avaient fait campagne pour le "non". Sa légitimité dépendra désormais de sa capacité à renégocier des causes exceptionnelles avec l'Union européenne pour maintenir l'existence de cet accord tout en prenant en compte l'avis de ce référendum d'initiative populaire. Quant à l'Union européenne, elle ressort également grande perdante de ce vote. Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, avait en janvier dernier annoncé une "crise à l'échelle continentale" en cas de victoire du non. Son discours, perçu comme une ingérence dans les affaires internes du pays, avait été mal perçu par la population. La réponse néerlandaise est donc une exigence adressée à l'Union européenne pour la construction d'un projet solide, démocratique et fédérateur capable de séduire et d'entrainer à nouveau ses citoyens.

Conscient de sa marginalisation par les deux nouvelles puissances mondiales (Etats-Unis et URSS), le Royaume-Uni décida, au début des années 1960, de se rallier à une construction européenne qu’il avait auparavant observée avec méfiance. Sa première candidature, en 1961, se heurta... au refus du général de Gaulle qui avait pourtant trouvé abri à Londres pendant l'invasion nazie de son pays ! Mais le Royaume-Uni finit par rejoindre la CEE en 1973, après que les Français eurent enfin accepté cette adhésion par référendum. Pendant cinquante ans, les Anglais auront eu le temps de faire savoir qu'ils n'accepteraient pas d'Union qui ne suive leurs propres objectifs et qui ne leur coûte rien. Ils n'ont cessé de menacer de la quitter si l'Union n'était pas le reflet de leur idée du libéralisme, si elle ne s'acceptait pas comme une simple union économique du laisser-faire et du laisser-passer et non pas l'instrument d'une convergence des nations via l'intégration de leurs économies. Du point de vue européen, le Brexit serait peut-être plus embêtant que catastrophique. A titre d'exemple, certains experts estiment que cela coûterait de l'ordre de 0,3% de son PIB à la France...

Intervenants
  • Docteur en science politique, enseignant-chercheur à l'École de Management Léonard de Vinci
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